30ème sommet de l’Union Africaine : Ce qui n’a pas été accompli en 2017

30 janvier 2018 16:16:09
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Quand, en janvier dernier, Alpha Condé a été élu à la présidence tournante de l’UA, quelques rares médias guinéens avaient été enthousiastes à juste titre ; et pour cause, depuis le sommet manqué de Sékou Touré, en 1984, aucun chef d’Etat guinéen n’a osé prétendre briguer cete présidence. Lansana a été ostracisé, Dadis a été ignoré, El Tigre ne l’a jamais rêvé. Alpha Condé, l’opposant historique depuis 40 ans, quand il a « grimpé » en 2010, avait dit : « Guinée is back ». C’est le cas, il a représenté le pays et le continent aux grands sommets du monde. A ce 30ème sommet, on a vu que Alpha est plus acclamé au niveau africain qu’en Guinée. C’est vrai, personne n’est prophète en son pays.

Hormis ces quelques avancées, on ne peut pas trop s’enthousiasmer de ce bilan d’un an à la tête de l’Union Africaine (UA). Force est de reconnaitre que une partie de ses pairs reste quelque peu néophobes. Ses conseillers devraient lui faire comprendre cela pour ne pas ternir son image en voulant penser rien qu’au troisième mandat. Il y a une autre vie plus glorieuse après 2020 que d’être invectivé à longueur de journée par les respectueux de la constitution…

Justement, au sujet du troisième mandat en débat partout, rien n’a été dit à Addis-Abeba. Kagame peut briguer tant qu’il pourra et Nkurunziza s’apprête pour un quatrième, pis encore, le syndicat des chefs d’Etat a désigné les Al-Sarraj, Sassou Nguesso, Jacob Zuma et quel autre pas trop fréquentables dans leur pays pour accompagner Paul Kagame pendant cette mandature ; en plus, la particularité de cette Union Africaine est qu’elle élit par anticipation le prochain président tournant. Kagame a été désigné bien avant son élection dans son pays, El-Sissi n’attendra pas d’être élu en mars prochain pour être président en 2019, sa place est déjà réservée. Et s’il se faisait battre par le vent ? Y a-t-il un autre syndicat de chefs d’Etat plus actif et plus protecteur ?

Le NEPAD est resté trop longtemps au garage, l’on lui a trouvé un autre nom pour exorciser le mauvais sort et l’on a créé un nouveau libre échange aérien. Seulement, l’on a oublié comment Air-Afrique a fait capot ? Il n’y a pas de libre circulation des hommes et des biens en Afrique, quelles que soient les conventions sur papier entre Etats ; sans passeports homologués avec le trafic intense dans ce domaine, avec les différences dans les taxes et les tractations douanières, il y a des problèmes insolubles en vue.

Aucun bilan explicite n’a été encore fait de l’exercice de la présidence du sortant sur l’environnement, sur l’énergie solaire, sur l’emploi jeune. Rien que les 0,2%, cette fois, le chiffre semble se stabiliser, puisque le président de la commission de l’UA et l’ex-ministre des AE (affaires étrangères) de Guinée parlaient de 0,02%, de contribution pour le fonctionnement de l’UA, il n’y a que 20 pays qui ont commencé à mettre la main à la poche, à quelle hauteur, black-out. Quant aux 10 autres qui seraient toujours dans l’expectative, un autre écran de fumée.

Les pays qui ne sont pas pour le prélèvement de ce fonds dépassent le tiers pour casser le quorum d’adoption, et l’UA ne peut se permettre qu’une partie de ses membres reste à l’écart de cette contribution générale et commune. Cela y va de la dignité, il est impératif que l’Afrique se lève d’elle-même. Comment le faire comprendre aux réticents ? Rien n’a été dit à ce sujet, l’on s’est contenté de laisser couler la situation.

Sur le G-5 du Sahel, où les violences se multiplient, cela n’est pas du ressort de l’UA, mais de l’ONU, des Français et Américains. Aucune disposition de l’UA n’est prise pour secourir le Mali, le Burkina, le Niger et aussi le Nigeria, qui n’arrive plus à en finir avec Boko Haram qui s’emmanche et se répand vers d’autres pays.

Dans de telles conditions, il ne faut pas renvoyer les soldats bangladeshis des Casques Bleus sans s’assurer que les pays africains arriveront à fournir les contingents nécessaires et suffisants pour les remplacer de pied levé.

Ce problème des Casques Bleus est un vrai casse-tête. Les troupes ont tendance à se sédentariser dans un cantonnement pour des intérêts sordides, trafic de drogue, prostitution et pédophilie dans les camps. Un exemple parlant : les hommes de l’ECOMOG en Sierra Leone et au Libéria avaient, en revenant chez eux, pillé les populations qu’ils étaient censés protéger avec leurs biens. Les Casqus Bleus des autres continents ne pourront pas faire autant.

Tous les conflits armés sont causés par les confiscations politiques, la solution n’est pas de renforcer les troupes d’interposition, mais plutôt renforcer la démocratie.

Un autre mandat plus musclé des Casques Bleus que celui d’une simple interposition est indispensable, mais avec quels garde-fous pour éviter des accrochages accidentels ou exprès, par exaspération ? Les Casques Bleus du Mali ne sont à l’abri de rien.

Sur le climat et la protection de l’environnement, y a-t-il eu progrès ou avancée dans quel domaine ?

Voici en ramassé quelques inachevés relevés à la hâte. Comme on le voit, la marche de l’Afrique se fera comme celle de l’écrevisse, un pas en avant, deux pas en arrière, les néophobes sont plus nombreux que les néophiles.