Dans cet entretien exclusif, Dr Cé Avis Gamy, Procureur spécial près le tribunal pour enfants, aborde sans détour les responsabilités partagées face à la délinquance juvénile, l’absentéisme scolaire, l’utilisation des réseaux sociaux et la protection des mineurs en Guinée.
Guineenews : Monsieur le Procureur, on observe ces derniers temps des enfants qui se livrent à des pratiques regrettables et en marge de la loi. Comment votre institution accueille-t-elle cette situation
Dr Cé Avis Gamy : C’est une situation très regrettable qui interpelle toute la conscience de la nation. Lorsque des enfants s’adonnent à de telles pratiques, cela sape l’apaisement, la quiétude sociale et l’harmonie au sein de la société. En tant qu’institution et en tant qu’hommes, nous devons nous dresser contre ces enfants, leurs parents et les responsables de ces établissements. Ces déviations font de la réalité que les enfants se livrent à des pratiques qui n’honorent ni la société guinéenne ni l’État guinéen. C’est pourquoi ce mouvement a pris de l’ampleur à travers le pays.
Guineenews : Pourquoi rendre les parents responsables alors que nombre d’entre eux se battent au quotidien pour assurer la subsistance de leur famille et peinent à financer la scolarité de leurs enfants ?
Dr Cé Avis Gamy : Vous et moi, nous sommes ici au moment où nos enfants sont censés être à l’école. Mais avant de se lever, quel est le rôle que vous avez joué ? Vous êtes-vous assuré que votre enfant s’est levé à 5h ou 6h du matin pour se préparer ? L’article 956 du Code pénal est clair : le fait pour un parent de manquer à son obligation d’assiduité envers son enfant constitue une infraction de quatrième classe, punie par l’article 68 du même code, avec des amendes pouvant aller jusqu’à 400 000 francs guinéens, voire des peines de prison selon l’article 888 du Code de l’enfant.
Guineenews : Ne pensez-vous pas que le système éducatif lui-même manque d’attractivité et devrait évoluer pour être au même diapason que les apprenants ?
Dr Cé Avis Gamy : En tant qu’ancien enseignant ayant parcouru tous les cycles du primaire à l’université, je crois qu’il faut adapter nos systèmes d’éducation aux réalités du pays. C’est un travail qui est en train d’être fait par les autorités à travers des changements amorcés au niveau supérieur et secondaire. Cependant, l’encadrement doit être holistique : l’État, les encadreurs, les parents et les enfants eux-mêmes ont chacun un rôle à jouer pour garantir l’avenir de notre jeunesse.
Guineenews : Face aux dérives liées à l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs, quelles mesures concrètes sont prises pour endiguer ce phénomène ?
Dr Cé Avis Gamy : Dans un établissement où un élève serait appréhendé avec un smartphone, l’encadrement engagera des procédures pour faire répondre le propriétaire. L’utilisation des téléphones est interdite dans les enceintes scolaires. Dès qu’un mineur est interpellé avec un appareil non autorisé, des mesures d’avertissement et des poursuites disciplinaires ou pénales sont enclenchées, car il y va de la sécurité et de la moralité de nos établissements.
Guineenews : Comment concilier la fermeté de la loi répressive et la nécessité d’un accompagnement pédagogique et social des mineurs en situation de vulnérabilité ?
Dr Cé Avis Gamy : Nous ne cherchons pas à incarcérer systématiquement les enfants. Lorsqu’ils sont interpellés, des mesures de sensibilisation et d’intérêt général sont privilégiées en collaboration avec les services sociaux, l’OPROGEM et les structures partenaires. L’objectif est de trouver un équilibre entre la sanction disciplinaire et la réinsertion éducative, car l’enfant reste le futur de la nation.
Guineenews : Que dire de la présence persistante d’enfants dans les rues et sur les marchés pendant les heures de classe, malgré les interdictions officielles ?
Dr Cé Avis Gamy : C‘est une infraction flagrante à l’obligation scolaire. Des patrouilles diurnes et nocturnes menées conjointement par la police, la gendarmerie et les services de protection de l’enfance ciblent les marchés, les gare-routières et les lieux de loisirs. Les parents et les tuteurs pris en défaut s’exposent à des sanctions rigoureuses, car l’enfant a droit à l’éducation et non à l’exploitation économique.
Guineenews : Quel appel final lancez-vous à l’ensemble des acteurs de la société pour préserver la jeunesse guinéenne de ces dérives ?
Dr Cé Avis Gamy : Le combat pour la protection de l’enfance n’est pas l’affaire exclusive de la justice ou de l’État ; c’est un combat de tous les instants qui exige la synergie de tous les citoyens. Parents, enseignants, leaders communautaires et partenaires au développement doivent conjuguer leurs efforts pour encadrer, éduquer et orienter nos enfants vers l’excellence. Chacun doit jouer sa partition pour que la Guinée de demain demeure un havre de paix et de prospérité pour sa jeunesse.
