Le procès de trois anciens responsables de la délégation spéciale de Boké s’est ouvert ce mardi 3 novembre 2026 devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). À la barre, l’ancien président de cette délégation spéciale, Aboubacar N’Diaye, a rejeté les accusations portées contre lui, notamment celles relatives aux irrégularités présumées dans la gestion financière de la commune.
Les trois anciens responsables communaux sont poursuivis dans cette affaire sont : Aboubacar Ndiaye, ancien président de la délégation spéciale, Mamadouba Yakha Camara, ancien secrétaire général de la commune, et M’Bemba Soumah, ancien receveur communal.
À l’ouverture des débats, Aboubacar N’Diaye a indiqué avoir pris fonction le 23 avril 2024 avant de quitter son poste le 12 avril 2026. Il a également précisé qu’il percevait une prime mensuelle d’un million de francs guinéens.
Interrogé sur les ressources financières de la commune durant son mandat, l’ancien responsable a affirmé que son équipe n’avait bénéficié d’aucune subvention de l’État. Il a expliqué que le fonctionnement de la collectivité reposait essentiellement sur les recettes propres, notamment les taxes, les patentes, la location de la gare routière et les recettes issues de l’état civil.
S’agissant de l’exercice budgétaire 2024, il a fait état de prévisions d’environ deux milliards de francs guinéens, pour des recettes effectivement recouvrées légèrement supérieures à un milliard. Les principales dépenses concernaient notamment la masse salariale et l’assainissement. Toutefois, il n’a pas été en mesure de préciser le montant affecté à ce dernier secteur, se contentant d’affirmer que l’ensemble des recettes mobilisées au cours de l’année avait été dépensé.
Pour l’exercice 2025, Aboubacar N’Diaye a reconnu ne plus se souvenir des montants des recettes encaissées ni de ceux des dépenses effectuées.
L’achat d’un véhicule de 131 millions de francs guinéens contesté
Les débats ont ensuite porté sur les conclusions du rapport de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), notamment concernant l’acquisition d’un véhicule de commandement destiné au président de la délégation spéciale. Selon ce rapport, cette opération serait dépourvue de base légale.
Une conclusion que l’ancien président de la délégation spéciale a fermement contestée. Il a soutenu que l’acquisition de ce véhicule, dont le coût est estimé à 131 millions de francs guinéens, était inscrite dans le plan annuel d’investissement et avait été approuvée par les conseillers communaux.
Sur la question des marchés publics, le rapport de l’ORDEF relève également des irrégularités dans les procédures de passation. En réponse, Aboubacar Ndiaye a affirmé n’avoir conclu qu’un seul marché avec les établissements Guinapress, portant sur la réalisation d’un forage électrique.
Il a expliqué que la procédure avait été conduite par la commission de passation des marchés, à travers un appel d’offres auquel quatre entreprises avaient pris part. À l’issue de cette mise en concurrence, les établissements Guinapress auraient été retenus.
Un écart financier de plus de 1,2 milliard GNF
Autre point soulevé par la Cour : un écart financier de 1 milliard 235 millions de francs guinéens relevé dans la gestion de la commune. Sur cette question, Aboubacar Ndiaye a rejeté toute responsabilité, affirmant n’avoir découvert l’existence de ce montant que lorsqu’il s’était présenté dans le bureau du procureur spécial.
À l’issue de cette première audience, la Cour a ordonné la mise en liberté des trois prévenus. Elle a, par ailleurs, demandé la production des relevés bancaires du compte courant de la commune de Boké, afin de poursuivre les vérifications sur la gestion financière de la collectivité.
La prochaine audience a été renvoyée au 24 novembre 2026.
Il convient de rappeler que les trois anciens responsables communaux sont poursuivis devant la CRIEF pour des faits présumés de « détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité ».

