La Guinée a mobilisé 4 579 milliards de francs guinéens à l’issue de son dernier appel public à l’épargne, dépassant largement l’objectif initial de 2 500 milliards GNF. Avec un taux de souscription de 183 %, cette opération témoigne, selon le gouvernement et les acteurs du secteur bancaire, de l’intérêt des investisseurs pour les titres publics guinéens. Lors d’une conférence de presse, ce vendredi 30 octobre 2026, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, le gouverneur de la Banque centrale et les représentants du syndicat bancaire ont apporté des précisions sur les ressorts de cette mobilisation, son coût et l’utilisation des fonds.
L’objectif était fixé à 2 500 milliards de francs guinéens. Mais les souscriptions ont finalement atteint 4 579 milliards GNF, soit un dépassement de 2 079 milliards par rapport aux prévisions initiales. Un résultat que la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, considère comme un indicateur de la confiance des acteurs économiques envers l’État guinéen.
« Le montant obtenu représente un taux de souscription de 183 % par rapport à l’objectif initial », a-t-elle souligné, rappelant que les fonds mobilisés l’année précédente s’élevaient à 1 500 milliards GNF. Cette année, l’État a donc enregistré près de trois fois ce montant.
Pour la ministre, cette mobilisation traduit la confiance des banques, des entreprises et des citoyens dans la stabilité du pays, ses perspectives économiques et sa capacité à honorer ses engagements financiers.
Au-delà de la performance de l’opération, le gouvernement entend faire de l’épargne nationale un levier de financement du programme Simandou 2040, dont les besoins sont estimés à plus de 200 milliards de dollars. La ministre estime que la Guinée doit d’abord mobiliser ses propres ressources avant de solliciter davantage les investisseurs étrangers.
« C’est bien beau de demander à un étranger de croire en nous, d’investir en nous et de prendre des risques sur notre pays. Mais si nous ne le faisons pas nous-mêmes, il sera très difficile de convaincre les autres », a-t-elle déclaré.
Les banques mettent en avant la confiance et la complémentarité
Du côté du syndicat bancaire, plusieurs facteurs expliquent le niveau des souscriptions. Le représentant des banques, Guy Laurent Fondjo, a notamment évoqué la confiance dans la signature de l’État, la collaboration entre les établissements financiers, la disponibilité des ressources sur le marché et l’expérience acquise dans les opérations précédentes.
Selon lui, les ressources officiellement détenues par les banques guinéennes dépassent 90 000 milliards GNF. En intégrant les ressources du secteur informel, il estime que le potentiel global pourrait avoisiner 180 000 milliards GNF.
Dans ce contexte, la mobilisation de plus de 4 500 milliards GNF représente, selon son analyse, une part limitée des ressources disponibles.
Il a également insisté sur la complémentarité entre les établissements bancaires réunis au sein du syndicat de placement, soulignant que leur collaboration a facilité la commercialisation de l’emprunt. L’expérience acquise lors des précédentes émissions, notamment en matière de communication et de mobilisation des souscripteurs, a également contribué au résultat.
La rémunération proposée, fixée à 11 %, constitue par ailleurs un facteur d’attractivité pour les investisseurs.
Un emprunt en francs guinéens pour limiter le risque de change
Interrogé sur le choix de la monnaie nationale pour cette opération, le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Karamo Kaba, a expliqué que l’émission en francs guinéens permet notamment d’écarter le risque de change.
Dans une opération obligataire, a-t-il rappelé, le prêteur et l’emprunteur sont exposés à plusieurs risques, notamment le risque de défaut, le risque de liquidité, le risque d’inflation et le risque de change.
En empruntant dans sa propre monnaie, l’État évite d’avoir à supporter les fluctuations d’une devise étrangère au moment du remboursement. « Les intérêts restent également en Guinée, ce qui contribue au développement du marché des titres », a-t-il précisé.
Le gouvernement écarte un risque sur la soutenabilité de la dette
La question de l’endettement public a également été abordée. Sur ce point, Mariama Ciré Sylla a assuré que cette opération s’inscrit dans la programmation de la dette publique et ne compromet pas sa soutenabilité.
L’emprunt est contracté sur une maturité de cinq ans, plus longue que celle des bons du Trésor, ce qui permet, selon elle, d’étaler les remboursements.
La ministre a également rappelé que les ressources mobilisées ne serviront pas à financer les dépenses courantes de l’État, mais des investissements publics structurants dans les secteurs de la santé, de l’éducation, des infrastructures et de l’agriculture.
Elle a notamment cité la construction d’hôpitaux régionaux, le renforcement de l’accès à l’énergie à travers le projet énergétique Kamissaya, les infrastructures éducatives ainsi que les aménagements agricoles destinés à améliorer la productivité.
La ministre a par ailleurs évoqué la notation B+ de la Guinée, assortie d’une perspective positive, ainsi que l’accord conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) au titre de la facilité élargie de crédit. Ces dispositifs, selon elle, doivent contribuer au renforcement de la crédibilité financière du pays et à une meilleure gestion de l’endettement.
La BCRG écarte un risque de crise de liquidité
Face aux interrogations sur les conséquences de cette mobilisation pour le financement de l’économie, le gouverneur de la BCRG a tenu à distinguer la liquidité bancaire de la disponibilité des billets de banque.
Selon lui, les 4 579 milliards GNF mobilisés représentent environ 2,5 % de l’ensemble des ressources prises en compte dans son estimation. Il considère que cette proportion ne constitue pas une menace pour la stabilité du système bancaire.
Dr Karamo Kaba a également précisé que la Guinée n’avait pas connu une crise de liquidité, mais plutôt une pénurie de cash, liée notamment aux retards enregistrés dans les commandes et la réception des billets auprès des fournisseurs.
Il a expliqué que les paiements digitalisés, les chèques et les transactions électroniques avaient continué de fonctionner pendant cette période. Une situation qui, selon lui, ne doit pas être confondue avec une insuffisance globale de liquidités dans le système bancaire.
Un taux de 11 % défendu par les autorités monétaires
Le taux d’intérêt de 11 % appliqué à cet emprunt a également fait l’objet d’explications. Pour la ministre des Finances, ce niveau doit être apprécié en tenant compte des conditions monétaires du pays, des risques liés au franc guinéen et des taux pratiqués sur le marché.
Elle a notamment rappelé que le taux directeur de la BCRG se situe à 9,5 %, estimant que la rémunération proposée aux souscripteurs reste cohérente avec les conditions de financement de l’économie.
Le gouverneur de la Banque centrale a, pour sa part, comparé ce taux à ceux pratiqués lors des précédentes émissions obligataires guinéennes. Selon lui, le rendement est passé de 14 % en 2023 à 12,5 % en 2024, avant de s’établir à 11 % en 2026.
Il a également indiqué que, face à une inflation estimée à 6 %, le rendement de 11 % permettrait aux investisseurs de préserver leur pouvoir d’achat, avec un taux d’intérêt réel d’environ 5 %.
Un suivi annoncé pour garantir l’utilisation des fonds
Concernant la gestion des ressources mobilisées, la ministre a assuré que leur affectation s’appuiera sur les priorités déjà définies dans le programme Simandou 2040.
Elle a précisé que les projets bénéficiaires seront encadrés par la Loi de Finances adoptée par l’Assemblée nationale, les procédures de gestion des investissements publics et les règles budgétaires en vigueur.
Un dispositif de suivi renforcé sera également assuré par le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget. À ce titre, la ministre a annoncé le lancement d’un système digital de suivi des investissements publics, destiné à renforcer le contrôle de l’exécution des projets.

