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Éducation en Guinée : des élèves menacés de redoublement, le patron des examens brise le silence

Des notes non renseignées et des élèves absents de la plateforme de gestion scolaire plongent plusieurs familles dans l’inquiétude. De Koundara à Conakry, en passant par Gaoual et Léro, des parents dénoncent des situations qui pourraient compromettre le parcours scolaire de leurs enfants. Face à ces préoccupations, Mamady 49 Keïta, directeur général des examens et contrôle scolaire, explique les objectifs de la réforme et indique la procédure à suivre pour régulariser les dossiers.

Alors que l’année scolaire 2026-2027 est en cours en Guinée, plusieurs élèves risquent de reprendre des classes qu’ils estiment avoir déjà validées. En cause, des difficultés liées à l’enregistrement des données scolaires sur la plateforme numérique de la Direction générale des examens et contrôle scolaire (DGECS). Entre notes non renseignées, élèves non enregistrés et matricules qui ne correspondent pas au niveau réellement fréquenté, les témoignages de parents d’élèves se multiplient.

Depuis 2024, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, à travers la DGECS, a engagé un processus de numérisation de la gestion des parcours scolaires. Cette réforme vise notamment à centraliser les données des apprenants, à renforcer la crédibilité des évaluations et à mieux encadrer le passage des élèves d’une classe à une autre.

Pour l’année scolaire 2024-2025, les établissements publics et privés ont été invités à inscrire les élèves de 7e et de 11e année sur la plateforme dgecsecoles.com. Un numéro matricule a ensuite été attribué à chaque élève, tandis que les notes des compositions étaient saisies dans le système. Les résultats ont été proclamés par préfecture.

L’année scolaire suivante, le dispositif a été étendu aux classes intermédiaires du primaire et du secondaire, à l’exception de la 9e année. Mais, dans plusieurs localités, des parents affirment que des omissions dans l’enregistrement des élèves ou la saisie de leurs notes compromettent aujourd’hui la poursuite normale de leur scolarité.

Dans le district de Kamabi, relevant de la préfecture de Koundara, plusieurs élèves ayant fréquenté les classes de 3e et de 4e année au cours de l’année scolaire précédente seraient concernés par cette situation. Selon les informations rapportées par les parents, leurs notes n’auraient pas été renseignées sur la plateforme, entraînant leur classement parmi les redoublants.

Moundjourou Baïlo, résident de Kamabi, exprime son découragement.

« Nous sommes très découragés lorsqu’on nous a dit que tous les enfants qui avaient fait la 3e et la 4e année l’année passée doivent reprendre ces classes cette année, parce que leurs notes n’ont pas été renseignées sur la plateforme », explique-t-il.

Le parent affirme que des démarches ont été entreprises auprès des responsables locaux de l’éducation.

« Nous avons informé le président de l’APEAE, qui, à son tour, a informé le DSEE. Ce dernier a répondu qu’il allait gérer la situation. Les enfants ont été installés dans les classes supérieures, mais notre inquiétude demeure : une solution sera-t-elle effectivement trouvée au niveau de la plateforme ? », s’interroge-t-il.

À Conakry, Alpha Saliou Diallo raconte les difficultés rencontrées par son jeune frère, dont le numéro matricule ne correspondrait plus au niveau scolaire atteint.

Selon son témoignage, son frère avait échoué à l’examen d’entrée en 7e année, lors de la session de 2024, en tant que candidat libre. Il avait néanmoins intégré la 7e année durant l’année scolaire 2024-2025, tout en se présentant de nouveau au Certificat d’études élémentaires (CEE), auquel il avait finalement été admis.

L’année scolaire 2025-2026, il a poursuivi ses études en 8e année et devait normalement accéder à la 9e année à la rentrée suivante.

Mais, en préparant son transfert vers un autre établissement, Alpha Saliou Diallo a découvert que le matricule de son frère était toujours associé à la 7e année.

« J’ai souhaité qu’il change d’école. Lorsque j’ai demandé les dossiers pour le transfert, j’ai découvert qu’il devait reprendre la 7e année, car, depuis son admission à l’examen du CEE, son numéro matricule est toujours au niveau de cette classe. Voilà la situation dans laquelle nous nous retrouvons », déplore-t-il.

À Malanta, dans la préfecture de Gaoual, des familles rencontrent des difficultés pour inscrire des enfants ayant effectué une partie de leur scolarité en Guinée-Bissau, où l’enseignement était dispensé en portugais.

Abdoulaye Diallo, résident de la localité, affirme que certains de ces enfants pourraient être orientés en première année dans les établissements guinéens.

« On a ici plusieurs enfants venant de la Guinée-Bissau, où ils suivaient des cours en portugais. On a voulu les inscrire ici, mais le directeur de l’école nous a dit qu’ils allaient être installés en première année », rapporte-t-il.

À Léro, Mamadou Sidibé affirme que son enfant, qui doit normalement accéder à la 6e année, risque de ne pas pouvoir intégrer un établissement privé.

En raison de l’absence d’enseignants dans l’école publique fréquentée par son enfant, le parent avait entrepris des démarches pour le transférer dans une école privée. Mais la demande de matricule a révélé une difficulté.

« L’école privée m’a demandé le numéro matricule de mon enfant. Je suis allé voir le directeur de l’école où il a fait la 5e année, mais ce dernier m’a dit qu’il n’avait pas inscrit les enfants sur la plateforme. L’école privée m’a alors fait comprendre que mon enfant ne pouvait pas être reçu dans son établissement », raconte-t-il.

Autre cas signalé : celui de Mamadou Saliou Bah, dont l’enfant, déclaré admis en deuxième année à l’issue de l’année scolaire précédente, aurait été rétrogradé en première année à la rentrée 2026-2027.

Le parent affirme pourtant disposer du bulletin de notes délivré par l’établissement privé que son enfant fréquente depuis la maternelle.

« Mon enfant a été rétrogradé cette année en première année, alors que l’année passée, il avait été déclaré admis en deuxième année. L’école privée m’avait remis son bulletin de notes. Cette année, lorsque je me suis présenté pour sa réinscription, les responsables de l’école m’ont dit qu’il devait reprendre la première année. Leur argument est que l’enfant ne dispose pas d’extrait de naissance », explique-t-il.

Pour ce père de famille, cette situation est difficile à comprendre, d’autant plus que son enfant est inscrit dans le même établissement depuis la petite section de maternelle.

« Nous demandons aux autorités de nous aider, car nous, les parents, n’avons pas été informés », lance-t-il.

Face aux inquiétudes exprimées par les parents, le directeur général des examens et contrôle scolaire, Mamady 49 Keïta, apporte des précisions sur les objectifs de la plateforme, les difficultés rencontrées par certains établissements et les démarches de régularisation.

Selon lui, la réforme vise avant tout à renforcer la crédibilité des évaluations des classes intermédiaires et des examens nationaux.

« Ce qui nous a motivés à mettre en œuvre la plateforme, c’est de crédibiliser les évaluations des classes intermédiaires et les examens nationaux. La plateforme empêche désormais le passage automatique que certains élèves faisaient », explique-t-il.

Le responsable souligne que le système doit permettre de mieux encadrer les parcours scolaires et de garantir une progression fondée sur les résultats obtenus.

« Pour être candidat au BEPC, il faut avoir réussi l’examen du CEE et, pour être candidat au baccalauréat, il faut avoir le BEPC. Nous demandons aux écoles les résultats des classes intermédiaires et nous proclamons les résultats à l’image des examens nationaux », précise-t-il.

Il estime également que le dispositif doit contribuer à lutter contre certaines pratiques consistant, pour des élèves, à abandonner les cours après leur admission à un examen, puis à reprendre leur scolarité dans un autre établissement sans que leur parcours soit correctement suivi.

« Maintenant, avec ce système, quand un enfant échoue dans une classe, il ne peut plus aller dans une autre école s’inscrire dans une classe supérieure », affirme le directeur général.

Reconnaissant les difficultés liées au démarrage de cette réforme, Mamady 49 Keïta indique que certains chefs d’établissement n’ont pas suffisamment utilisé la plateforme à ses débuts.

« Au départ, certains chefs d’établissement négligeaient l’utilisation de la plateforme, car la réforme est à ses débuts », reconnaît-il.

Pour les élèves dont les données n’ont pas été enregistrées ou dont les dossiers présentent des anomalies, le responsable invite les établissements concernés à se rapprocher des structures déconcentrées de l’éducation.

« Nous demandons à toutes les écoles qui n’ont pas pu inscrire les enfants dans le système ou qui rencontrent des difficultés de contacter les structures décentralisées au niveau des DPE ou DCE. Nous allons vérifier les dossiers. Si c’est conforme, nous allons intégrer les élèves dans le système », assure-t-il.

Cette démarche constitue une voie de recours pour les établissements confrontés à des difficultés d’enregistrement et pour les familles dont les enfants ne disposent pas d’un dossier scolaire correctement actualisé.

Concernant les élèves venus de l’étranger, notamment de Guinée-Bissau, le directeur général explique que leur intégration nécessite une vérification préalable des documents scolaires.

« Pour les enfants venant de l’étranger, on cherche à avoir l’équivalence à travers leurs dossiers. Leur pays d’origine confirme l’authenticité de ces documents. C’est ainsi que nous les intégrons dans le système et leur attribuons un numéro matricule », précise-t-il.

La mise en place d’un système numérique de gestion scolaire constitue une évolution importante dans le suivi des élèves en Guinée. Toutefois, les situations rapportées par les parents montrent que la fiabilité du dispositif dépend également de la qualité des données saisies par les établissements et de la capacité des services compétents à corriger les erreurs ou les omissions afin d’éviter que les élèves ne subissent les conséquences de manquements administratifs indépendants de leur volonté.

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