Devant l’Assemblée nationale, ce samedi 24 octobre 2026, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a présenté le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026. Au cœur de cette révision budgétaire, la protection du pouvoir d’achat, la mobilisation des recettes publiques, la maîtrise du déficit et la réorientation des investissements liés au programme Simandou 2040. Des chiffres qui traduisent les arbitrages du gouvernement face aux tensions économiques internationales et aux besoins sociaux du pays.
C’est avec émotion et un sens affirmé du devoir que Mariama Ciré Sylla s’est exprimée pour la première fois devant les députés de la dixième législature. A la tribune de l’Assemblée nationale, la ministre a défendu un budget rectificatif qu’elle présente comme un instrument d’adaptation aux nouvelles réalités économiques, financières et sociales, mais aussi comme un levier pour rapprocher davantage l’État des citoyens.
Au-delà des ajustements comptables, le gouvernement entend préserver les priorités sociales tout en révisant certaines dépenses et prévisions initiales. Au 15 octobre 2026, les recettes mobilisées atteignaient 44 225 milliards de francs guinéens, soit 85 % des prévisions de recettes de la loi de finances initiale. A la même date, les engagements de dépenses s’élevaient à 29 982 milliards de francs guinéens, selon les chiffres communiqués par la ministre.
Ces données constituent le point de départ d’une révision budgétaire destinée à tenir compte de l’évolution de la conjoncture et des besoins de financement de l’État.
L’un des principaux enjeux de cette LFR concerne le maintien du prix des produits pétroliers à 12 000 francs guinéens le litre. Face à la volatilité des cours internationaux de l’énergie, aux tensions géopolitiques et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, la Guinée a choisi de limiter les répercussions de ces chocs sur les ménages et les activités économiques.
Pour soutenir cette politique, le gouvernement prévoit une enveloppe de 5 489 milliards de francs guinéens consacrée au mécanisme de subvention des produits pétroliers. Cette somme représente, selon la ministre, environ 10 % des recettes fiscales prévues dans le projet de budget rectificatif. A cela s’ajoute la prise en compte de pertes de recettes liées aux mesures consenties sur les produits pétroliers, évaluées à environ 4 576,7 milliards de francs guinéens.
L’effort financier est considérable. Il traduit la volonté affichée de protéger le pouvoir d’achat, mais soulève également la question de la soutenabilité du dispositif et de ses conséquences sur les marges budgétaires disponibles pour les autres secteurs prioritaires. La ministre a ainsi insisté sur la nécessité de renforcer la transparence, le suivi et la traçabilité de ce mécanisme afin de préserver les capacités de financement de la santé, de l’éducation et des investissements productifs.
Sur le plan macroéconomique, les prévisions sont également réajustées. La croissance économique, estimée à 7,1 % en 2025, est désormais projetée à 6,6 % en 2026, selon les données présentées dans le discours.
Le taux d’inflation moyen est, pour sa part, relevé à 5,2 %, contre 3,5 % initialement prévu. Ces révisions reflètent notamment les incertitudes internationales et leurs effets sur les prix, les importations et les équilibres économiques.
La ministre a également mis en avant les résultats attribués à la digitalisation des administrations fiscales et douanières. Selon les chiffres qu’elle a présentés, les recettes concernées ont doublé entre 2023 et 2024, puis progressé de 50 % entre 2024 et 2025. Le gouvernement entend poursuivre cette dynamique en limitant les pertes de recettes, en améliorant le recouvrement et en veillant à ce que les ressources collectées profitent davantage aux populations.
Du côté des dépenses, le projet de LFR prévoit une augmentation globale de 5,8 %, principalement portée par les dépenses courantes et les mesures de soutien aux ménages. En revanche, les dépenses d’investissement sont révisées à la baisse de 2 729 milliards de francs guinéens. Cette réduction est notamment liée à la revue des projets du programme Simandou 2040, avec l’objectif affiché de privilégier les projets suffisamment préparés et de reporter ceux qui nécessitent encore des études complémentaires.
Le déficit budgétaire est ainsi projeté à 2,01 % du PIB, contre 2,07 % initialement prévus. Le gouvernement affirme que ce déficit doit être couvert par des ressources de financement identifiées, afin de préserver l’équilibre du budget rectificatif.
Pour Mariama Ciré Sylla, ces mesures doivent permettre de traduire les ressources publiques en services concrets : des centres de santé fonctionnels, des écoles mieux accompagnées, des administrations plus accessibles et davantage de possibilités économiques pour les jeunes. L’enjeu consiste désormais à mesurer l’efficacité de ces allocations à travers les résultats obtenus sur le terrain.

