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Sachets interdits, bouteilles partout : Conakry face au même problème

Dans les rues de Conakry, le plastique n’a pas disparu. Il a simplement changé de forme. Depuis le 20 septembre 2026, plusieurs produits en plastique à usage unique sont interdits en Guinée, notamment les sachets destinés au conditionnement et à la vente d’eau. À travers cette mesure, les autorités entendent lutter contre la pollution et préserver les ouvrages d’assainissement.

Mais quelques semaines après son entrée en vigueur, le constat dans plusieurs quartiers de la capitale soulève des interrogations. Dans les caniveaux, sur les trottoirs et aux abords des commerces, les déchets continuent de s’accumuler. Parmi eux, les bouteilles en plastique restent particulièrement visibles.

Pour certains habitants, le changement se remarque surtout dans la nature des déchets qui jonchent les rues.

« Avant, on voyait beaucoup de sachets d’eau dans les caniveaux. Maintenant, ce sont surtout les bouteilles qu’on retrouve. La ville reste quand même sale », témoigne Mamadou Camara, riverain à Bambéto.

Un constat partagé par Aïssatou Bah, habitante de Cosa.

« L’interdiction des sachets peut être une bonne chose pour l’environnement. Mais si les bouteilles que les gens utilisent aujourd’hui sont jetées aux mêmes endroits, est-ce qu’on a vraiment réglé le problème ? », s’interroge-t-elle.

Les bouteilles, nouvelles vedettes des déchets urbains

Les bouteilles d’eau en plastique continuent de circuler dans la capitale. Lorsqu’elles sont composées de résine PET, elles font partie des produits exclus du champ de l’interdiction, selon les dispositions évoquées dans le cadre de cette réglementation. Pour les consommateurs, elles constituent désormais l’une des principales alternatives aux sachets d’eau.

« Aujourd’hui, si tu veux acheter de l’eau, tu prends une bouteille. Mais quand tu finis, il faut trouver où la jeter. Dans certains endroits, il n’y a pas de poubelle à proximité », explique Ibrahima Soumah, rencontré à Hamdallaye.

À quelques mètres d’une boutique, Fatoumata Condé, vendeuse, dit constater quotidiennement la présence de bouteilles abandonnées aux alentours.

« Les gens achètent, ils boivent et parfois ils laissent les bouteilles devant la boutique. Nous, on les ramasse, mais après, il faut encore savoir où les mettre. Quand les déchets restent plusieurs jours, ça devient un problème », raconte-t-elle.

Dans certains caniveaux, les bouteilles se mêlent aux autres détritus. Emportées par les eaux de pluie ou bloquées contre des amas de déchets, elles contribuent à l’encombrement des ouvrages d’assainissement.

Pour Abdoul Karim Diallo, riverain à Matoto, le problème dépasse donc la seule question des sachets.

« On peut interdire les sachets, mais si les déchets ne sont pas correctement collectés, la saleté va rester. Aujourd’hui, tu enlèves les sachets et tu retrouves les bouteilles. Demain, si on interdit les bouteilles, qu’est-ce qui va les remplacer ? », demande-t-il.

Le problème est-il le plastique ou sa gestion ?

Pour de nombreux citoyens, le débat ne se limite plus à la nature des emballages autorisés ou interdits. Il porte également sur la capacité des services compétents à assurer la collecte et le traitement des déchets produits quotidiennement dans la capitale.

Car une bouteille autorisée à la vente peut devenir, quelques minutes après sa consommation, un déchet susceptible de finir dans la rue, faute de dispositif adapté pour sa collecte.

« Le problème, ce n’est pas seulement ce qu’on utilise. C’est aussi ce qu’on en fait après. Si tu donnes une bouteille à quelqu’un et qu’il n’a aucun endroit où la déposer, elle peut finir dans la rue », estime Mariama Touré, habitante de Dixinn.

Pour elle, l’interdiction doit s’accompagner de mesures concrètes.

« Il faut des poubelles, il faut que les déchets soient ramassés régulièrement et il faut aussi apprendre aux gens à ne pas jeter partout. Sinon, on va toujours déplacer le problème », ajoute-t-elle.

La réglementation interdit également le rejet, le dépôt et l’abandon de déchets plastiques dans les rues, les réseaux d’assainissement et les cours d’eau. Toutefois, la présence persistante de détritus dans les caniveaux souligne l’importance de la collecte, de l’évacuation et du traitement des déchets.

« Ce qu’on veut voir, c’est une ville propre. Que ce soit un sachet ou une bouteille, si le déchet reste dans le caniveau, pour nous, le problème est toujours là », souligne Oumar Sylla, habitant de Koloma.

Kadiatou Diallo insiste, pour sa part, sur la responsabilité partagée entre les autorités et les citoyens.

« Les autorités doivent organiser la collecte, mais nous aussi, on doit arrêter de jeter les bouteilles dans les rues. Si chacun jette son déchet n’importe où, aucune politique ne peut fonctionner », estime-t-elle.

Au-delà de l’interdiction, le défi de la salubrité

L’interdiction de certains plastiques à usage unique a amorcé un changement dans les habitudes de consommation. Les sachets d’eau visés par la mesure ne sont désormais plus censés être utilisés. Mais sur le terrain, les déchets continuent de raconter une autre histoire.

Les bouteilles en plastique restent très présentes dans les rues et les caniveaux, relançant le débat sur leur collecte, leur recyclage et la gestion globale des déchets urbains.

Pour les citoyens rencontrés, l’enjeu consiste désormais à aller au-delà du simple remplacement d’un emballage par un autre. Il s’agit de faire en sorte que les déchets, quelle que soit leur forme, ne finissent plus dans les espaces publics.

À Conakry, les caniveaux restent ainsi le révélateur d’un défi majeur : faire de l’interdiction des plastiques à usage unique un véritable levier d’assainissement, plutôt qu’un simple changement dans la nature des déchets.

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