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Protocole de Maputo : Conakry veut passer des engagements aux actes pour les droits des femmes

Conakry a accueilli, ce mercredi 7 octobre 2026, une Table ronde ministérielle de haut niveau consacrée à la ratification, à la domestication et surtout à la mise en œuvre effective du Protocole de Maputo. Une rencontre qui réunit à Conakry des représentants de plusieurs pays africains autour d’un même défi : transformer les engagements juridiques en résultats concrets pour les femmes et les filles.

La Guinée veut faire de Conakry un espace de dialogue et d’action en faveur des droits des femmes en Afrique francophone. C’est le message qui s’est dégagé de la cérémonie d’ouverture de la Table ronde ministérielle de haut niveau sur le Protocole de Maputo, tenue le 7 octobre 2026.

La rencontre rassemble des délégations et des acteurs institutionnels venus notamment du Bénin, du Burkina Faso, du Burundi, du Congo, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, de Madagascar, du Niger, de la République centrafricaine, de la République démocratique du Congo, du Sénégal, du Tchad et du Togo.

Au-delà de la ratification du texte adopté à Maputo le 11 juillet 2003, les participants entendent surtout s’attaquer à une question plus complexe : comment faire du Protocole un instrument réellement appliqué dans les législations, les politiques publiques et les mécanismes nationaux ?

« La ratification n’est qu’une étape »

Dans son discours d’ouverture, la ministre guinéenne de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Aminata Kaba, a insisté sur cette nécessité de passer du droit aux actes.

La Guinée a signé le Protocole de Maputo le 16 décembre 2003 avant de le ratifier le 12 avril 2012. Mais, selon la ministre, la ratification ne saurait constituer une fin en soi. Elle doit être suivie de réformes législatives, de politiques publiques ambitieuses, de mécanismes institutionnels efficaces et d’actions concrètes.

Le défi est d’autant plus important que plusieurs obstacles demeurent : inégalités structurelles, pesanteurs socioculturelles, accès limité des femmes aux opportunités économiques et persistance des violences basées sur le genre.

Pour la ministre, les travaux de Conakry doivent ainsi permettre d’identifier les blocages et de dégager des solutions dans des domaines aussi sensibles que l’élimination des mutilations génitales féminines, la santé sexuelle et reproductive, la participation des femmes à la prise de décision, leur autonomisation économique ou encore la protection sociale.

Un protocole africain au champ particulièrement large

Adopté en 2003 par l’Union africaine, le Protocole de Maputo constitue l’un des principaux instruments juridiques africains consacrés aux droits des femmes.

Dans son intervention, la directrice du Centre ODAS, Kadidiatou Sow, a rappelé que le texte comprend 32 articles couvrant notamment la dignité et l’intégrité des femmes, la lutte contre les discriminations et les violences, l’accès à la justice, la participation politique et sociale, les droits économiques et sociaux ainsi que les droits en matière de santé sexuelle et reproductive.

Vingt-trois ans après son adoption, l’enjeu est donc désormais de franchir une nouvelle étape : accélérer la ratification dans les pays qui ne l’ont pas encore accomplie, achever sa domestication là où elle demeure incomplète et assurer surtout son application effective.

De la ratification à la mise en œuvre

Les discussions de Conakry s’articulent autour de plusieurs interrogations centrales : comment lever les obstacles à la ratification ? Comment traduire les engagements du Protocole dans les législations nationales ? Quels mécanismes institutionnels, administratifs et judiciaires mettre en place ? Et surtout, quelles ressources humaines, techniques et financières mobiliser pour garantir leur application durable ?

La représentante de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples sur les droits des femmes en Afrique, Janet Ramatoulie Sallah-Njie, a également pris part aux travaux. Sa présence rappelle la dimension continentale de la rencontre et le rôle des institutions africaines dans le suivi des engagements pris par les États.

Morissanda Kouyaté revient sur les origines du Protocole

Autre temps fort de la cérémonie : l’intervention du ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Dr Morissanda Kouyaté.

Fort de son engagement de longue date sur les questions relatives aux pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants, le chef de la diplomatie guinéenne a été présenté comme l’un des acteurs ayant contribué aux dynamiques continentales ayant accompagné l’élaboration et l’adoption du Protocole de Maputo en 2003.

Le Centre ODAS veut accompagner les États

Le Centre ODAS, coorganisateur de la rencontre, entend également jouer un rôle dans l’accompagnement des États.

L’organisation indique travailler depuis 2024 avec les départements ministériels guinéens concernés sur la promotion et la protection des droits des femmes. Elle accompagne également des initiatives au Tchad, en République centrafricaine, à Madagascar et au Cameroun. En Côte d’Ivoire et au Bénin, le Centre ODAS affirme avoir mobilisé plus de 600 000 dollars pour soutenir les efforts de plaidoyer et les dynamiques nationales autour du Protocole.

Cette approche tient compte des différences entre les États. Il ne s’agit pas d’imposer un modèle unique, mais de favoriser une convergence autour d’un cadre continental commun, tout en respectant les ordres constitutionnels et les systèmes juridiques propres à chaque pays.

La « Déclaration de Conakry » attendue

La rencontre devrait déboucher sur une Déclaration de Conakry, élaborée à partir des recommandations issues des travaux.

Pour les organisateurs, ce document devra contribuer à prolonger le dialogue national et régional sur la mise en œuvre du Protocole de Maputo et à transformer les orientations retenues à Conakry en prochaines étapes concrètes.

La ministre Aminata Kaba souhaite, elle aussi, que cette déclaration traduise une ambition collective : faire des droits des femmes non plus seulement un engagement juridique, mais « une réalité vécue par chaque femme et chaque fille d’Afrique ».

Après les discours et les prestations artistiques qui ont ponctué la cérémonie d’ouverture, place donc aux travaux de fond. À Conakry, le véritable test de cette rencontre sera moins la qualité des engagements affichés que la capacité des États à les traduire en lois, en politiques publiques, en budgets et en mécanismes de protection effectivement accessibles aux femmes et aux filles.

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