Il est des métiers auxquels l’on s’agrippe simplement par amour et par passion, et qui, progressivement dans la pratique, avec le temps et le dévouement, dépassent cet entendement pour s’apparenter à une évidence et devenir un ultime devoir à accomplir.
La rubrique « Que sont-ils devenus ? » est, par conception, celle consacrée à la vie, aux parcours, aux œuvres et au bien-être de nos figures artistiques, culturelles et sportives qui ont marqué leur époque dans leurs secteurs respectifs.
Pour plus d’une cinquantaine de reportages réalisés depuis 2019 à ce jour, le bilan révèle la résolution de nombreux problèmes soulevés par les intervenants : prises en charge sanitaires à l’intérieur du pays et à l’étranger, appuis financiers, soutien à la scolarisation des enfants, facilités d’hébergement, et bien d’autres acquis.
Malgré ces nombreux avantages obtenus par certains acteurs à la suite des cris du cœur lancés au fil des entretiens, il demeure des préoccupations majeures qui pénalisent une frange vulnérable, notamment les artistes les plus âgés. Ceux-ci ne parviennent toujours pas à jouir de leurs droits d’auteur ni à bénéficier de la couverture sanitaire instaurée par le département de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat.
Parmi les causes de cette exclusion figurent le manque d’information, le niveau de compréhension et l’éloignement géographique de leur domicile en dehors de la capitale.
Les orchestres nationaux, fédéraux, ceux des armées, des universités et d’autres ensembles (ballets nationaux, troupes fédérales) ont produit des œuvres qui demeurent répertoriées et continuent d’être diffusées à travers des émissions spécialisées, dans les bars, les boîtes de nuit, lors de festivals, et sur les ondes de nombreuses radios de Conakry et de l’intérieur.
Tous ces exploitants, dans le cadre des conditions prédéfinies (exécution publique, radiodiffusion et télévision, reproduction mécanique, copie privée, pré-écoute téléphonique, catalogue Syliphone), se doivent de verser des redevances au Bureau Guinéen du Droit d’Auteur (BGDA).
La législation guinéenne, qui accorde une durée de protection de 80 ans post-mortem, met aujourd’hui à rude épreuve certains ayants droit qui avoisinent eux-mêmes cet âge vénérable sans pour autant percevoir le moindre fruit de ces créations.
Faute d’être reconnus par cette structure, il est urgent de se pencher sur leur cas afin de leur rétablir leurs droits de leur vivant, ou à défaut, d’en faire bénéficier leurs ayants droit légitimes.
À l’issue de notre sondage mené auprès des personnalités reçues dans « Que sont-ils devenus ? », on retrouve sur cette longue liste Maître Sékou Kouroumah (Gbassikolo Jazz, né en 1934), le lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé (Super Lion de la gendarmerie nationale, né en 1947), Moussa Moïse Konaté (Syliphone, né en 1944), Mayeni Doumbouya (Troupe fédérale de Boffa, né en 1955), et tant d’autres.
Certes, le BGDA a récemment initié une campagne de sensibilisation de six jours à Conakry, placée sous le thème : « Droit d’auteur : un droit à connaître et un droit à respecter ».
Il reste cependant beaucoup à faire. Au-delà de la sensibilisation des usagers sur l’importance du paiement des redevances, c’est un travail minutieux de recherche sur le terrain qui s’impose, particulièrement auprès des artistes de l’intérieur du pays qui ignorent encore tout de leurs prérogatives.
Il faut saluer les progrès notables enregistrés ces derniers temps au sein de cet Établissement Public Administratif (EPA). Toutefois, l’on ne saurait attendre passivement que ces artistes fassent spontanément la démarche vers l’institution ou ses antennes décentralisées. C’est bien la démarche inverse, proactive, qui permettra de cartographier et de recenser tous les ayants droit concernés.
Penser à ces artistes, c’est éviter les frustrations et permettre à chacun de vivre dignement de son art. Aujourd’hui plus que jamais, venir au secours de ces « fiertés oubliées » relève d’un devoir suprême.

