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Patrimoine et restitution : la Guinée sur la voie de la souveraineté culturelle 

​À l’occasion d’une rencontre scientifique et institutionnelle, la Docteure Safiatou Diallo, Administratrice générale du Centre International de Recherche et de Documentation (CIRD), a présenté les contours et l’avancement du Programme National de Recensement, de Documentation et de Numérisation du patrimoine guinéen. Entre rigueur scientifique, enjeux de restitution et devoir de mémoire, retour sur un projet ambitieux.

«Quand on oublie les richesses du passé, on se condamne à revivre le pire. » C’est par cette citation attribuée à Victor Hugo que la Docteure Safiatou Diallo a introduit sa plaidoirie en faveur de la sauvegarde de la mémoire collective guinéenne. Devant un parterre de personnalités, dont le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, et les représentants diplomatiques français, l’Administratrice générale du CIRD a réaffirmé la détermination des chercheurs à restituer à la Guinée son patrimoine matériel et immatériel.

​Un programme structuré autour de six piliers majeurs

​Porté par le ministère de la Culture et mis en œuvre en étroite collaboration avec le milieu universitaire, ce programme national — en gestation depuis plus d’une décennie au sein du CIRD — repose sur six axes stratégiques :

​La formation et le renforcement des capacités : Création d’un Master en Gestion et Conservation du Patrimoine en partenariat avec l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, visant à former une nouvelle génération d’experts guinéens.

​Le recensement exhaustif : Mobilisation des universitaires, étudiants et médiateurs culturels pour mener de vastes enquêtes de terrain à travers toutes les régions du pays.

​La transformation numérique : Numérisation systématique des archives, objets de musées, manuscrits et traditions orales selon les standards internationaux.

​La restitution des biens culturels et restes humains : Identification et constitution de dossiers scientifiques et juridiques pour le retour des œuvres et vestiges conservés à l’étranger.

​La transmission et la valorisation : Traduction des contenus documentés dans les langues nationales, utilisation de l’intelligence artificielle et création de supports pédagogiques pour l’appropriation citoyenne.

​Le rayonnement international : Préparation de dossiers de candidature pour inscrire plusieurs sites et biens guinéens sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

​Au cœur des enjeux : la restitution des figures d’Almamy Samory Touré et Bocar Biro

​L’un des volets les plus attendus concerne le travail des comités scientifiques dédiés aux figures historiques de l’Almamy Samory Touré et de l’Almamy Bocar Biro. Sur instruction du ministère de la Culture, ces deux comités s’attellent à tracer l’itinéraire précis des objets et des restes humains confisqués pendant l’ère coloniale.

​« Nos équipes de chercheurs travaillent au rythme hebdomadaire pour documenter le parcours de ces biens : comment ont-ils quitté la Guinée ? Dans quel contexte ? Et par quel chemin sont-ils arrivés dans les institutions étrangères ? », a expliqué le Dr Safiatou Diallo, soulignant l’exigence d’objectivité scientifique qui guide la démarche.

​Cette entreprise bénéficie de la coopération des autorités françaises, dont la représentation diplomatique à Conakry facilite l’accès aux cadres législatifs récents permettant ces retours. L’Administratrice du CIRD a profité de l’occasion pour solliciter une facilitation accrue des voyages d’études pour les chercheurs guinéens vers les centres d’archives internationaux.

​Une « justice historique » pour les générations futures

​Au-delà de la collecte de données, cette initiative est perçue par ses acteurs comme un acte de souveraineté et de réparation. Pour le Dr Diallo, accorder à l’Almamy Bocar Biro la place qui lui revient aux côtés de Samory Touré relève d’une exigence de justice historique.

​En associant les institutions académiques, les autorités locales, les conseils de sages et les familles descendantes des propriétaires de biens, la Guinée pose les fondations d’une réappropriation culturelle inclusive. L’objectif ultime demeure clair : offrir aux jeunes générations des repères solides ancrés dans la réalité de leur histoire.

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