Le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, séjourne actuellement dans la préfecture de Kankan dans le cadre d’une mission consacrée au recensement des domaines de l’État.
Le 23 septembre, une rencontre s’est tenue dans la salle de la préfecture de Kankan en présence du procureur spécial, de conseillers communaux, des chefs des 57 quartiers de la commune, ainsi que de députés de Kankan et de leur collègue de Kissidougou.
Les échanges ont principalement porté sur la situation des domaines et équipements relevant du patrimoine de l’État dans la commune urbaine de Kankan. À cette occasion, les techniciens de l’Habitat et les chefs de quartiers ont été invités à établir, dans les meilleurs délais, un état des lieux des domaines concernés, en tenant compte notamment des démarches et recensements déjà effectués.
Dans la soirée du 23 septembre, certains chefs de quartier, contactés sous anonymat, ont indiqué avoir transmis la situation des domaines relevant de leur quartier. Selon leurs témoignages, certains espaces appartenant ou réservés à l’État auraient déjà été vendus, tandis que d’autres seraient encore disponibles.
Ces témoignages font écho aux préoccupations exprimées lors de la rencontre par Michel Pivi, conseiller communal et chargé de la communication de la commune urbaine de Kankan.
Selon lui, la mairie a accueilli favorablement l’arrivée de cette mission, notamment parce que la question des domaines de l’État avait déjà été soulevée au sein du conseil communal.
« Nous avions reçu le procureur spécial de la CRIEF. Il avait demandé aux chefs de quartier de faire, durant six heures, l’état de leur quartier, c’est-à-dire de présenter les domaines de l’État qui s’y trouvent », a expliqué Michel Pivi.
Le conseiller communal affirme que l’actuelle équipe municipale n’aurait pas reçu un inventaire précis des domaines de l’État lors de son installation.
« Nous, équipe de la mairie dirigée par Lamine Labo Kourouma, n’avons pas hérité des domaines de l’État. Nous avions posé cette question pendant la première session ordinaire, mais rien n’était sorti comme réponse », a-t-il déclaré.
Michel Pivi estime ainsi que la mission constitue une occasion de clarifier la situation foncière et de récupérer, le cas échéant, les espaces appartenant au patrimoine public.
Dans son intervention, le responsable de la communication de la mairie a également formulé de graves accusations à l’encontre des services de l’Habitat. Il affirme que certains documents relatifs aux domaines auraient été falsifiés et que des démarches foncières auraient été effectuées en dehors des procédures régulières.
« Le plus grand problème, c’est l’Habitat. C’est là-bas que les documents sont falsifiés », a-t-il notamment affirmé.
Il accuse également certains acteurs locaux d’avoir participé à la vente ou à l’appropriation de terrains destinés au patrimoine foncier public.
Selon lui, cette situation aurait des conséquences directes sur l’aménagement de la ville.
« On ne peut même pas trouver un patrimoine foncier de l’État où on peut construire une école, un marché ou un hôpital dans les quartiers périphériques», a-t-il soutenu.
Il cite notamment les quartiers Missira-Mobile et Bordeaux où, selon lui, des besoins en infrastructures publiques se poseraient alors que les espaces… seraient devenus difficiles à trouver.
Michel Pivi évoque également les anciens sites occupés à l’époque coloniale, dont certains seraient aujourd’hui appropriés par des particuliers.
Il estime enfin que les conflits domaniaux constituent une importante source de tension à Kankan.
Ces accusations visant les services de l’Habitat n’ont toutefois pas pu être vérifiées de manière indépendante au moment de la rédaction de cet article.
Pour confronter ces déclarations aux explications de l’administration concernée, nous avons tenté à plusieurs reprises de joindre Abdoulaye Sacko, directeur préfectoral par intérim de l’Habitat à Kankan.
Pour Alhassane Dialawassa Kanté, citoyen de Kankan, le recensement engagé par le procureur spécial de la CRIEF répond à une préoccupation réelle dans une ville où l’extension urbaine s’accompagne de nombreux litiges fonciers.
« Chaque jour, il y a le découpage partout et, à chaque découpage, il y a des domaines qui sont réservés à l’État pour la construction d’un lieu public, d’un marché ou d’un centre de santé », explique-t-il.
Selon lui, l’absence d’espaces réservés pourrait également compromettre l’implantation de futurs projets publics.
Il appelle ainsi les citoyens à contribuer à l’identification des terrains appartenant à l’État.
« Tout le monde doit signaler les domaines de l’État, que ce soit vendu ou pas, pour qu’on comprenne que c’est pour le pays et savoir qui a vendu et pourquoi », lance-t-il.
Contacté par téléphone afin de connaître les raisons précises de sa mission à Kankan et d’obtenir davantage de détails sur les prochaines étapes du recensement, le procureur spécial, Alphonse Charles Wright, a indiqué ne pas être disponible pour répondre aux questions de la presse.
La mission se poursuit donc dans un contexte où la question du foncier demeure particulièrement sensible à Kankan. L’établissement d’un inventaire précis des domaines de l’État pourrait permettre d’identifier et de distinguer les espaces encore disponibles de ceux déjà occupés ou cédés, mais également de déterminer, sur la base des documents officiels, les conditions dans lesquelles certaines opérations foncières ont été réalisées.
Pour l’heure, les accusations de vente et de falsification de documents formulées par le responsable de la communication de la mairie restent des déclarations à vérifier. La réponse des services de l’Habitat, ainsi que la publication éventuelle des résultats officiels de la mission, pourraient permettre d’apporter davantage de lumière sur la situation.

