La disparition de Sidya Touré à Paris, dans la nuit du vendredi 25 septembre 2026, ouvre une nouvelle page de l’histoire politique guinéenne. À 81 ans, l’ancien Premier ministre, président de l’Union des forces républicaines (UFR) et ancien Haut représentant du chef de l’État s’en est allé, laissant derrière lui un parcours politique marqué par les responsabilités d’État, les combats partisans et plusieurs décennies de présence dans le débat public guinéen.
Au lendemain de cette disparition, les hommages se multiplient. Parmi eux, celui de Baidy Aribot, ancien député uninominal de Kaloum sous les couleurs de l’UFR, se distingue par son caractère profondément personnel.
Pour l’ancien parlementaire, Sidya Touré n’était pas seulement un responsable politique ou un ancien Premier ministre. Il était aussi un « grand frère », un allié et un compagnon de route dont les liens plongeaient leurs racines dans leur Boffa natal.
« Pour moi, cette disparition revêt une dimension humaine plus intime : Sidya Touré était mon grand frère et un allié politique », témoigne Baidy Aribot.
Une relation fraternelle qui, reconnaît-il, n’a pas toujours été linéaire. « Une relation personnelle qui a connu des hauts et des bas », admet-il, avant de revenir sur ce qu’il souhaite désormais retenir de celui qu’il a côtoyé dans les arcanes du pouvoir et de l’opposition.
« Je veux surtout retenir la vision de l’homme »
Dans son hommage, Baidy Aribot revendique une parole débarrassée des calculs politiques. Il dit avoir connu et respecté Sidya Touré, notamment pour ses qualités humaines, son expérience d’homme d’État et son parcours en Côte d’Ivoire comme en Guinée.
L’ancien député insiste également sur leur collaboration au sein de l’UFR, une période qu’il considère comme une partie importante de l’histoire politique récente du pays.
Pour lui, évoquer aujourd’hui cette collaboration ne signifie ni effacer les divergences ni réécrire le passé. Il s’agit plutôt de rendre hommage à un homme avec lequel il a partagé des combats, des victoires, mais aussi les controverses inhérentes à toute aventure politique.
« L’histoire retiendra les combats que nous avons menés ensemble au sein de l’UFR, leurs réussites et les controverses inhérentes à toute vie politique », écrit-il sur sa page Facebook.
Témoin de certains épisodes politiques aux côtés de Sidya Touré, Baidy Aribot dit vouloir dépasser, dans cette heure de deuil, les querelles et les clivages pour retenir « la vision de l’homme et une haute idée de la Guinée ».
« La Guinée a perdu un grand Guinéen »
Cette phrase résume peut-être le mieux l’esprit de son témoignage. « Ce soir, il faut l’admettre, la Guinée a perdu un grand Guinéen », affirme Baidy Aribot.
Une reconnaissance qui intervient alors que disparaît l’un des acteurs majeurs de la vie politique guinéenne contemporaine. Nommé Premier ministre en 1996 sous le régime de Lansana Conté, Sidya Touré avait ensuite dirigé l’UFR pendant plusieurs décennies et participé à de nombreuses séquences politiques majeures du pays. Il avait également été Haut représentant du président Alpha Condé entre 2016 et 2018.
Au-delà de l’homme politique, Baidy Aribot appelle ainsi à préserver la mémoire de celui qui fut son frère aîné et son compagnon de lutte.
« La Guinée, notre pays, se doit la responsabilité de préserver la mémoire de ceux qui l’ont servie », rappelle-t-il.
Puis vient une ultime adresse, sobre et chargée d’émotion : « Va en paix grand frère, la mort efface tout. Repose en paix Monsieur le Premier ministre. Que Dieu te pardonne. Qu’il t’accorde le Firdaws. »
Dans le silence du deuil, Baidy Aribot choisit donc de retenir l’homme derrière l’homme politique, le frère derrière l’allié, et la mémoire derrière les controverses.
Sidya Touré s’en est allé. Ses combats, ses positions et son empreinte dans l’histoire politique guinéenne, eux, continueront de faire débat.

