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Une mission impossible pour Electricité de Guinée – EDG ? (Boubacar Caba Bah)

Les fameuses coupures d’électricité ont recommencé à Conakry, la capitale guinéenne, en pleine saison des pluies, ce qui relance les interrogations sur la capacité de la société d’État à remplir son mandat de fournir de l’électricité aux ménages, aux bureaux et surtout aux industries afin d’assurer un essor économique synonyme de stabilité sociale.

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Selon plusieurs observateurs, cette mission est difficile, voire impossible, pour des raisons que peu de Guinéens veulent accepter, mais qui méritent pourtant d’être corrigées si le gouvernement veut préserver la paix sociale et éviter les émeutes liées à l’électricité qui ont déjà déstabilisé plusieurs gouvernements. D’autant plus qu’aujourd’hui, le Fond Monétaire International (FMI) est venu scruter les finances publiques guinéennes.

La Société Électricité de Guinée (EDG) est née en 2001 à la suite de la fusion d’ENELGUI (société d’État propriétaire du patrimoine et des installations hydroélectriques et thermiques) et de SOGEL (société d’exploitation dont les deux tiers du capital étaient détenus par des privés et un tiers par l’État guinéen représenté par ENELGUI).

En 2019, EDG est devenue une société anonyme avec l’État comme seul actionnaire, sous la tutelle technique du ministère de l’Énergie et sous la tutelle financière du ministère de l’Économie et des Finances.

Le mandat d’EDG est simple : produire, transporter, distribuer et commercialiser l’énergie électrique aux consommateurs guinéens, qu’ils soient industriels ou domestiques.

Production : un potentiel hydraulique considérable

EDG a hérité d’une panoplie de barrages hydroélectriques :

À cela s’ajoutent d’autres projets en cours de réalisation ou de financement :

Selon la Banque mondiale, en 2024, la capacité installée totale du parc électrique guinéen était d’environ 1 310 MW, répartie approximativement entre 61 % d’hydraulique et 39 % de thermique.

Transport : le maillon faible du système

Des centrales thermiques ou hydroélectriques, des lignes de haute et moyenne tension acheminent l’électricité vers les centres de consommation. Cependant, leur entretien reste aléatoire, ce qui pose un sérieux problème d’évacuation de l’énergie produite vers les sous-stations.

Le cas de Kaléta est souvent cité comme un exemple de mauvaise planification : la ligne haute tension n’aurait pas été suffisamment adaptée et aurait été précipitée pour faire coincider le lancement du barrage au moment des élections “Coup KO” de 2015 ce qui fait que la production électrique ne peut être évacuée par les lignes existantes dans son entiérété.

Distribution : un monopole confronté à des contraintes structurelles

Ayant le monopole de la distribution, EDG dispose d’un vaste réseau de transport et de distribution en haute et moyenne tension.

L’entretien de ces infrastructures nécessite cependant un budget important, ce qui demeure un défi majeur compte tenu des moyens limités de contrôle et de gestion de la société d’État.

Une gouvernance fortement politisée

La gouvernance d’EDG, comme celle de nombreuses entreprises publiques, reste fortement politisée.

Le Directeur général est nommé par décret présidentiel — rarement à l’issue d’un appel à candidature organisé par des cabinets de recrutement spécialisés.

De plus, comme pour d’autres nominations publiques, les obligations de résultats chiffrés sont rarement rendues publiques.

En résumé, il n’existe aucune garantie que les meilleurs cadres disponibles soient toujours affectés à la gestion de l’entreprise.

Un déficit énergétique devenu structurel

Le déficit énergétique est aujourd’hui évident. La demande augmente tandis que l’offre stagne, voire se réduit à certaines périodes, malgré les importants investissements réalisés et les subventions accordées à EDG.

L’ancien président Alpha Condé (2010-2021), qui avait fait de l’électricité et des barrages hydroélectriques un axe majeur de sa politique, a réussi à faire construire par la Chine le barrage de Kaléta en 2015 sur le fleuve Konkouré, avec une capacité de 240 MW.

Ce barrage a permis d’augmenter significativement la production énergétique du pays. Le gouvernement de l’époque a ensuite lancé le projet Souapiti, presque deux fois plus puissant, avec une capacité de 450 MW, toujours réalisé avec la participation chinoise.

Cependant, les partenaires chinois se sont rapidement rendu compte que la Guinée n’était pas en mesure de rembourser les financements mobilisés pour ce projet : 526 millions de dollars US, financés à hauteur de 75 % par la China Exim Bank (soit environ 394,5 millions de dollars) et à 25 % par le budget de l’État guinéen.

La raison principale : pour éviter une hausse des prix de l’électricité auprès des ménages, EDG n’est pas autorisée à augmenter suffisamment ses tarifs. Cela entraîne un cycle infernal :

Les partenaires chinois ont donc exigé et obtenu la reprise de la gestion de Kaléta et Souapiti jusqu’au remboursement des crédits. Surtout que Souapiti représente un investissement estimé à 1,17 milliard de dollars, financé par la Chine, qui veut se faire rembourser.

La Société de Gestion de Souapiti (SOGES) devient ainsi le véhicule de gestion de la China International Water Corporation, qui facture l’électricité produite à EDG au prix coûtant.

 

L’appel aux privés pour le thermique

Pour combler le déficit, l’État guinéen fait appel aux opérateurs privés : le fameux bateau-centrale ainsi que des centrales thermiques gérées par des entreprises privées nationales ou étrangères qui, comme les Chinois, facturent leur production à la société EDG, laquelle assure ensuite la distribution et la vente aux consommateurs.

Comme pour les barrages Kaléta et Souapiti, EDG n’est pas responsable de ses coûts d’achat auprès des fournisseurs privés d’énergie, mais elle reste limitée dans ses recettes puisqu’elle ne contrôle pas librement son prix de vente. C’est un cercle vicieux qui réduit son autonomie financière et sa capacité à gérer efficacement son activité.

Les principaux producteurs thermiques comprennent notamment :

Le parc thermique total représente environ 500 MW installés, selon les données récentes du secteur.

Le paradoxe est que ces contrats avec les opérateurs privés sont négociés non pas directement par EDG, mais par des structures ou des responsables qui disposent souvent d’appuis au plus haut sommet de l’État. Plusieurs scandales étouffés de surfacturation ont été revelés par la presse locale concernant ces contrats.

Résultat : une succession de situations de surfacturation, de conflits d’intérêts et de guerres de clans pour des intérêts particuliers, tandis qu’EDG se retrouve à supporter les conséquences financières.

Avec la hausse récente des cours du pétrole, la facture des fournisseurs privés d’électricité thermique auprès d’EDG risque d’augmenter fortement.

L’interconnexion avec les pays voisins

L’interconnexion avec les pays voisins a apporté une véritable bouffée d’air, notamment pour les villes de l’intérieur du pays.

Avec son important potentiel hydraulique et la présence de sources d’énergie complémentaires dans les pays voisins, la Guinée s’inscrit progressivement dans un réseau électrique régional.

Les principales interconnexions sont :

La connexion avec le Mali, destinée notamment à relier la capitale régionale Kankan au réseau CLSG, est également en cours.

Un modèle économique déséquilibré

Le présent modèle de gouvernance d’EDG entraîne un cercle vicieux :

Cette subvention représente une charge budgétaire considérable et pèse lourdement sur les finances publiques, sans qu’une solution structurelle ne soit actuellement en vue.

Les causes profondes du déficit

Le problème ne concerne donc pas uniquement le prix de l’électricité. Il touche également :

Cette situation explique pourquoi, malgré le potentiel hydroélectrique exceptionnel de la Guinée (Kaléta, Souapiti et autres barrages), le secteur électrique continue de représenter une lourde charge pour le budget national.

Selon les données publiques, la subvention annuelle est de l’ordre de 3 000 milliards de francs guinéens par an (soit environ 300 à 350 millions de dollars US, selon le taux de change).

L’entreprise elle-même, dans son rapport annuel, ainsi que les ministères de tutelle et la Banque centrale de Guinée, indiquent que ces subventions ont fortement augmenté ces dernières années, avec les montants suivants :

Et vint le FMI…

Et vint le FMI, qui demandera de mettre fin à ces subventions…

Les temps difficiles sont au rendez-vous, a prévenu le Premier ministre guinéen aux Guinéens confrontés aux difficultés économiques quotidiennes.

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