De la Corniche Nord au pont de Bagbé, en passant par le transport des pèlerins du Hajj, les compteurs électriques, le numérique et plusieurs infrastructures publiques, l’analyse des données de l’ARMP fait ressortir d’importants contrats financés sur le Budget national de développement. Guinéenews passe en revue les principaux dossiers.
Qui gagne les marchés publics en Guinée ? Dans quelles conditions sont-ils attribués ? Et quelle place occupent les procédures de gré à gré et d’appel d’offres restreint dans la commande publique ?
Pour tenter d’apporter des éléments de réponse, Guinéenews a examiné les statistiques annuelles publiées par l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) au titre des exercices 2023 et 2024.
Notre enquête s’est volontairement concentrée sur un périmètre précis : les marchés financés sur le Budget national de développement (BND), attribués en gré à gré ou par appel d’offres restreint.
Les marchés passés par appel d’offres ouvert et ceux financés sur ressources extérieures ont été écartés.
Autre précaution essentielle : un marché de gré à gré ou un appel d’offres restreint n’est pas, en soi, synonyme d’irrégularité. Ces procédures sont prévues par la réglementation dans certaines circonstances. De même, le montant d’un contrat ou un coût kilométrique élevé ne suffit pas à établir une surfacturation.
Notre objectif est donc d’identifier les contrats qui, par leur montant, leur procédure, leur objet ou leurs caractéristiques, méritent d’être examinés plus attentivement.
2023 : la Corniche Nord à plus de 3 500 milliards
En 2023, les statistiques de l’ARMP recensent 1 760 marchés publics pour une valeur totale de 18 575 milliards de francs guinéens.
Les marchés de travaux représentent 394 contrats, pour 12 454,7 milliards GNF, soit environ 67 % de la valeur totale recensée.
Parmi les contrats qui ressortent de notre sélection figure celui de la construction de la Corniche Nord, entre Hamdallaye et Sonfonia, avec aménagement de l’échangeur de Hamdallaye.
Le marché porte sur environ 18,942 kilomètres et atteint 3 559 532 543 844 GNF, soit près de 3 560 milliards de francs guinéens.
Selon le tableau de l’ARMP, le titulaire du marché est Groupe ZADA Afrique. Le bénéficiaire est le ministère des Infrastructures et des Travaux publics (MIT). Le financement est indiqué comme provenant du BND et la procédure utilisée est l’appel d’offres restreint.
Rapporté à la longueur annoncée, le montant représente environ 187,9 milliards GNF par kilomètre.
Ce ratio doit toutefois être interprété avec prudence, puisque le projet comprend notamment un échangeur. Le coût d’une infrastructure routière dépend également de la structure de la chaussée, des terrassements, des ouvrages d’assainissement, des emprises, des ouvrages d’art et des autres prestations comprises dans le marché.
Il n’en demeure pas moins qu’un contrat de cette ampleur appelle une analyse détaillée du bordereau des prix, du détail quantitatif et estimatif et des éventuels avenants.
Boffa-Kalabouyi : 463 milliards pour 102,5 kilomètres
Autre dossier important identifié dans les statistiques 2023 : la réhabilitation de la route Boffa-Kalabouyi, longue de 102,5 kilomètres.
Le montant du contrat est de 463 211 001 941 GNF.
Le titulaire est le groupement HENAN-CHINE-BEGEC-TRAVAUX, tandis que le bénéficiaire est le ministère des Infrastructures et des Travaux publics.
L’ARMP indique une procédure de gré à gré, un financement BND et un titulaire classé comme entreprise étrangère.
Le ratio brut ressort à environ 4,52 milliards GNF par kilomètre.
Ce niveau est nettement inférieur à celui de certains autres projets routiers de notre sélection. La question porte donc moins sur le simple coût kilométrique que sur les conditions ayant conduit à l’utilisation du gré à gré pour un contrat de plus de 463 milliards GNF.
Siguiri : 149 milliards pour des voiries
À Siguiri, un marché portant sur la construction de voiries sur environ 11,183 kilomètres est enregistré pour 149 359 784 883 GNF.
Le marché a été attribué à SOGEFEL, avec pour bénéficiaire le ministère des Infrastructures et des Travaux publics.
La procédure est indiquée comme gré à gré, avec financement sur BND.
Le coût brut ressort à environ 13,36 milliards GNF par kilomètre.
Là encore, il serait imprudent de comparer mécaniquement ce montant avec une route classique : la nature des travaux, notamment la réalisation en béton armé, doit être prise en compte.
Le véritable examen devrait porter sur les prix unitaires, les quantités prévues et les prestations effectivement réalisées.
246 milliards pour 15 kilomètres de voiries à Dubréka
Toujours en 2023, le contrat relatif à la réalisation de 15 kilomètres de voiries à Dubréka s’élève à 246 585 086 520 GNF.
Le titulaire est IC-TRANSPORT BTP et le bénéficiaire est le ministère des Infrastructures et des Travaux publics.
Le contrat est passé par appel d’offres restreint et financé sur BND.
Le ratio brut atteint environ 16,44 milliards GNF par kilomètre.
Ce chiffre figure parmi les indicateurs qui justifient une comparaison plus poussée avec des projets présentant des caractéristiques techniques similaires.
GUITER SA : plus de 932 milliards sur deux marchés routiers
Le nom de GUITER SA apparaît également sur plusieurs contrats importants en 2023.
Le premier concerne le lot 3 de la construction et du bitumage de la voie express 2×2 voies Kagbelen-Kouria, y compris les transversales T12 et T13. Le montant est de 741 295 516 911 GNF. Le titulaire est GUITER SA et le bénéficiaire est le ministère des Infrastructures et des Travaux publics. La procédure est l’appel d’offres restreint, avec financement BND.
Un second marché concerne la construction et le bitumage de 12,33 kilomètres de voiries dans la ville de Kérouané. Son montant est de 191 136 106 878 GNF. Là encore, GUITER SA est le titulaire et le ministère des Infrastructures et des Travaux publics le bénéficiaire. La procédure est également l’appel d’offres restreint et le financement BND.
À eux deux, ces contrats représentent donc environ 932,4 milliards GNF.
Il convient cependant de préciser que ces montants ne signifient pas que la totalité a nécessairement été versée à l’entreprise : les statistiques de l’ARMP recensent les montants contractuels, et non les paiements effectivement exécutés.
Protection civile : 461 milliards pour sept infrastructures
Dans le domaine de la sécurité civile, deux contrats importants apparaissent en 2023.
Le premier concerne la construction du siège de la Direction générale de la Protection civile à Koloma. Le montant est de 137 689 474 147 GNF. Le titulaire est Entreprise EPIC SA et le bénéficiaire est le ministère de la Sécurité et de la Protection civile (MSPC).
Le marché est passé par appel d’offres restreint et financé sur BND.
Le second contrat porte sur la construction de six casernes de sapeurs-pompiers, à Tombo, Koloma, Matam, Sonfonia, Dapomba et Gomboyah. Son montant atteint 323 934 037 903 GNF. Le titulaire est à nouveau Entreprise EPIC SA, avec comme bénéficiaire le MSPC. La procédure est l’appel d’offres restreint, financé sur BND.
Les deux contrats représentent ainsi plus de 461,6 milliards GNF.
Village numérique de Kipé : près de 60 milliards en gré à gré
Le numérique apparaît également dans cette sélection.
Le marché relatif aux travaux de construction des blocs pédagogiques, blocs administratifs et résidence des étudiants du Village numérique de Kipé, lot 1, est enregistré pour 59 709 999 238 GNF. Le titulaire est DIMAR SARL et le bénéficiaire est le ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle (MET-FP). Le marché est passé en gré à gré, avec un financement BND.
Le nom de DIMAR SARL apparaît également dans d’autres contrats publics recensés par l’ARMP, ce qui ouvre une autre piste d’analyse : celle de la fréquence et de la concentration des marchés attribués à certains opérateurs.
Grande Mosquée Fayçal : 41,4 milliards pour un « nouveau lot »
Un autre contrat attire l’attention par son montant et son objet. Il concerne l’aménagement de la cour extérieure de la Grande Mosquée Fayçal de Conakry — esplanade, parking, coursives et différentes allées en marbre et granit — ainsi que la rénovation du logement des imams, dans le cadre d’un « nouveau lot ». Le montant est de 41 393 810 165 GNF. Le titulaire est YOULA et FRERES et le bénéficiaire est le Secrétariat général aux Affaires religieuses (SGAR).
L’ARMP indique une procédure de gré à gré et un financement BND.
La mention « nouveau lot » constitue un élément à examiner dans le cadre d’une analyse plus approfondie du projet global : montant des lots précédents, prestations couvertes, évolution du coût et éventuels avenants.
Dans un prochain numéro, nous allons revenir sur les marchés attribués en 2024

