La ville de Kunshan, située à proximité de Shanghai, ambitionne de consolider sa place dans l’industrie chinoise du café. Torréfaction, transformation, équipements, logistique et développement de nouveaux produits : la filière locale s’organise autour d’une chaîne de valeur de plus en plus diversifiée, avec en ligne de mire le marché chinois et les partenariats internationaux, notamment avec l’Afrique.
Cette dynamique a été présentée à une délégation de journalistes africains lors d’une visite du centre d’exposition consacré à l’industrie du café à Kunshan.
Selon Yang Huihan, présentatrice du centre d’exposition, le développement de cette filière dans la ville ne se limite pas à la simple commercialisation des grains de café.
« Il ne s’agit pas seulement du café. Toute une chaîne industrielle s’est développée autour de ce produit, notamment les machines, les équipements, les ustensiles, la transformation ainsi que les produits culturels et créatifs liés au café », a-t-elle expliqué.
Le centre reçoit régulièrement des touristes, des responsables gouvernementaux, des professionnels du secteur ainsi que des délégations étrangères. À travers les espaces d’exposition, les visiteurs découvrent l’histoire du café, les différentes étapes de son développement à Kunshan et le rôle joué par la ville dans la structuration de cette industrie.
Une filière développée depuis 2020
D’après Yang Huihan, l’essor de l’industrie du café à Kunshan a véritablement commencé autour de l’année 2020. « Comme vous avez pu le voir dans le hall d’exposition, le développement de cette filière a commencé vers 2020. Depuis cette période, Kunshan a connu une évolution rapide dans le secteur du café », a-t-elle indiqué.
L’installation d’entreprises importantes, parmi lesquelles Starbucks et Luckin Coffee, aurait accéléré cette dynamique. Certaines unités sont spécialisées dans la torréfaction des grains, avant leur distribution vers les magasins et autres points de vente.
D’autres entreprises interviennent dans la sous-traitance et fabriquent des produits pour de grandes enseignes de distribution. Certaines disposent également de leurs propres marques, commercialisées dans les magasins physiques et sur les plateformes de vente en ligne.
Une partie importante des matières premières transformées à Kunshan est importée. Selon les informations présentées dans le centre d’exposition, les grains de café proviennent notamment du Brésil et d’Éthiopie.
« Les cafés de ces pays correspondent relativement bien aux préférences des consommateurs chinois. Leur production est également suffisamment importante pour répondre à une partie de la demande du marché », a expliqué la présentatrice.
La proximité de Kunshan avec Shanghai constitue aussi un avantage stratégique. La ville sert à la fois de plateforme de regroupement, de transformation et de distribution des produits vers plusieurs régions de Chine.
Un journaliste libérien appelle à renforcer la présence africaine
Présent lors de la visite, Emmanuel Kollie, journaliste à la Liberia Broadcasting System, s’est dit impressionné par la place occupée par le café dans l’économie locale.
« Nous avons pu observer les capacités de production des entreprises installées ici. L’un des éléments qui m’a le plus marqué est le fait que le café est utilisé comme un important moteur de l’économie locale, notamment grâce à la création de milliers d’emplois », a-t-il déclaré.
Emmanuel Kollie a rappelé que plusieurs pays africains, dont le Liberia, produisent à la fois du café et du cacao. Selon lui, un rapprochement entre les entreprises chinoises et les producteurs africains permettrait de créer de nouvelles opportunités commerciales.
« Si les entreprises installées ici commencent à exploiter davantage les possibilités offertes par les pays africains, cela pourrait leur permettre d’élargir leurs activités, tout en contribuant au développement économique de nos pays », a-t-il estimé.
Cafebreak mise sur la transformation et le potentiel du café africain
Lors de la dernière étape de la visite, Yinghao Tang, responsable e-commerce de Cafebreak, a présenté les activités de l’entreprise, ses capacités de transformation ainsi que ses ambitions sur un marché chinois du café en pleine expansion.
Positionnée sur le marché du café et du thé, Cafebreak intervient sur plusieurs maillons de la chaîne de valeur, notamment dans la torréfaction et la transformation. L’entreprise mise notamment sur des technologies avancées pour traiter les grains et développer différents produits destinés à la consommation.
Selon les informations fournies lors de la visite, l’usine dispose de trois torréfacteurs d’une capacité de 640 kg chacun. Ses installations peuvent atteindre une capacité de traitement de 8 tonnes par heure, avec un taux d’élimination des impuretés annoncé à 95 %.
Le groupe dispose également de plusieurs unités spécialisées dans la transformation approfondie des grains. Après la torréfaction, le café peut être commercialisé sous différentes formes : grains torréfiés, sachets de café filtre individuel, café liquide, poudre soluble ou encore boissons prêtes à consommer.
L’entreprise affirme également maîtriser les technologies liées aux arômes et à la fabrication de différents produits finis destinés aussi bien au marché chinois qu’à l’international.
Cafebreak s’approvisionne dans plusieurs grands pays producteurs. En dehors du Brésil, l’entreprise achète notamment des grains de café en Éthiopie, en Ouganda, en Tanzanie et au Kenya. Elle entend renforcer davantage ses relations commerciales avec les producteurs africains afin d’accroître la présence des cafés du continent sur le marché chinois.
Cette orientation intervient alors que l’Afrique occupe une place croissante dans les approvisionnements de Kunshan. Entre janvier et mai 2026, la ville s’est notamment approvisionnée en Éthiopie, au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et au Rwanda. Les importations provenant de ces cinq pays représentaient 18 % de la valeur des importations de café vert de Kunshan sur cette période.
Pour Yinghao Tang, les perspectives sont importantes, compte tenu de l’évolution de la consommation de café en Chine. Lors de sa présentation, il a notamment établi une comparaison avec le Japon qui, avec une population d’environ 120 millions d’habitants, importe près de 480 000 tonnes de grains de café par an.
« Compte tenu de la taille de la population chinoise, le marché pourrait à l’avenir atteindre entre deux millions et 2,5 millions de tonnes. La Chine pourrait devenir le premier pays consommateur de café au monde », a-t-il affirmé.
Dans cette perspective, le responsable a exprimé le souhait de voir se renforcer les relations avec les pays producteurs africains. « Nous espérons pouvoir travailler avec nos partenaires africains afin d’accompagner ce développement », a-t-il déclaré.
L’ambition de Cafebreak ne se limite toutefois pas à la torréfaction ou à l’importation de matières premières. À travers sa marque, l’entreprise entend participer à l’émergence d’une culture du café adaptée aux habitudes des consommateurs chinois, tout en développant des produits capables de conquérir les marchés extérieurs.
« Nous voulons continuer à innover, développer de nouveaux produits et les commercialiser à travers le monde », a souligné le responsable.
Cette dynamique s’inscrit dans le développement plus large de Kunshan comme pôle majeur de l’industrie chinoise du café. En 2025, la capacité annuelle de torréfaction de la ville a dépassé 180 000 tonnes, soit environ 60 % de la capacité nationale. Kunshan entretient désormais des relations commerciales avec 33 pays producteurs de café à travers le monde.

