Foxy « sérieux » Camara est né à Kindia. Il est le fils de feu Gadirou Camara — ancien chef d’orchestre du Dirou Band de Kindia — et de M’Mah Kanté. Marié et père de deux enfants, il a effectué ses études primaires et son collège technique dans sa ville natale. Très tôt, Foxy s’est adonné à la musique, baigné dans cet univers par son père, avant de s’y plonger corps et âme pour marcher sur ses traces. Ex-sociétaire du Dirou Band et guitariste soliste de talent pendant de longues années, il a multiplié les tournées en Afrique et en Europe entre 1973 et 1991. Désormais établi dans la région parisienne, il officie en tant que chef d’orchestre et dirige sa propre formation. À travers ce portrait, découvrez le riche parcours de l’héritier de feu Maître Gadirou Camara, fondateur et figure historique du Dirou Band de Kindia. Lisez
Guinéenews : Héritier certain de votre père en matière de musique, peut-on savoir comment êtes-vous venu à la musique ?
Foxy « sérieux » Camara : Oui, je suis l’héritier de mon père, maître Gadirou, en matière de musique. Il possédait un orchestre complet qu’il avait acheté en France avec ses économies, ainsi qu’une boîte de nuit avant l’indépendance de la Guinée. Je précise qu’il était également directeur d’école et formateur d’instituteurs, sans oublier qu’il a été arbitre de football. Il disait qu’il fallait avoir plusieurs cordes à son arc. J’ai donc totalement baigné dans cette atmosphère.
Guinéenews : Pouvez-vous nous relater votre parcours musical de Conakry à la France ?
Foxy « sérieux » Camara : Dès l’âge de 13 ans, j’étais entouré de musiciens, car mon papa recevait tout ce monde à domicile. Les musiciens laissaient leurs instruments sur mon lit.
Au départ, j’étais attiré par le saxophone. Comme ces précieux instruments n’étaient pas laissés à la portée des enfants, je me suis rabattu sur la guitare. J’ai commencé par la basse, puis la guitare rythmique, avant de devenir guitariste soliste dans l’orchestre du Dirou Band pendant quelques années.
Entre 1973 et 1991, j’ai effectué de nombreuses tournées en Afrique et en Europe. Finalement installé dans la région parisienne depuis 1991, j’y officie en tant que chef d’orchestre et responsable de ma propre formation. Je participe musicalement à plusieurs événements où je partage ma guitare avec de grands artistes du monde entier. Il va sans dire : je suis chef d’orchestre.
Guinéenews : Quels sont les motifs qui vous ont poussé à quitter le pays ?
Foxy « sérieux » Camara : J’ai quitté la Guinée parce que je n’étais plus libre d’écouter une autre musique que la guinéenne, alors que j’étais attiré par la musique internationale. De plus, je n’avais pas la liberté de jouer des partitions mondiales. J’écoutais en cachette dans ma chambre, sur le vieux poste de radio Philips que mon père m’avait offert.
Dès que j’entendais un morceau qui m’intéressait, je courais le mémoriser, car je n’avais aucun moyen d’enregistrement. C’est ainsi que j’ai développé mon oreille absolue.
Guinéenews : Guitariste soliste, dites-nous comment vous avez appris la guitare.
Foxy « sérieux » Camara : J’ai d’abord appris la guitare avec Jean Tamégnéon, et la rythmique avec Michel Pezé. Ensuite, j’ai beaucoup travaillé mon instrument en solo, tout en me cachant de mon père qui était très exigeant sur les études, d’autant plus que j’étais élève dans sa classe.
Je suis devenu guitariste soliste lorsque deux grands musiciens, Tomy Steel et Sékou Kora, ont quitté l’orchestre de mon père (Sékou Kora a ensuite rejoint l’orchestre de Myriam Makeba). J’ai dû redoubler d’efforts pour les remplacer, ce qui a permis à mon père de découvrir enfin que je jouais de la guitare.
Cette rigueur m’a beaucoup servi : lorsque je jouais au Buffet de la Gare à Bamako, j’ai su me défendre face à la concurrence. Plus tard, arrivé à Dakar, je me suis frotté à de grands guitaristes tels que Patrick Rippert et Cheick Thiane Tall.
Guinéenews : Sur le plan intérieur, pouvez-vous nous rappeler quelques œuvres auxquelles vous avez participé avec le Dirou Band de Kindia et d’autres formations guinéennes ?
Foxy « sérieux » Camara : J’ai participé à toutes les œuvres de l’orchestre du Dirou Band de Kindia composées par mon père.
Je peux citer entre autres le grand concert couronné de succès L’Arbre éternel d’Afrique, chanté par feu Petit Sény. Deux ans après le festival de 1970, nous avons sorti La Route infinie de l’histoire, chantée par feue M’Mah Sylla. Mon père était allé la chercher dans sa famille à Tafori pour assurer sa formation, afin qu’elle devienne la chanteuse principale des Amazones de Guinée.
J’ai également participé à la réalisation de nombreux titres à succès tels que Mari Fakha, Di La Angara, Kania Soli… À tel point que Baba Laho était très surpris de mon style et de mon efficacité lorsqu’il s’agissait de remplacer des guitaristes au sein du Dirou Band.
Guinéenews : Peut-on connaître le nom de votre groupe actuel ?
Foxy « sérieux » Camara : Sur le plan musical, mon groupe s’appelle le Foxy’s Band. Il est composé de cinq musiciens de base, mais cet effectif varie selon les soirées : nous pouvons faire appel à deux, trois musiciens ou plus.
Guinéenews : Parlez-nous de votre discographie.
Foxy « sérieux » Camara : J’ai sorti l’album L’Incontournable (15 titres), Destinée (13 titres), et un troisième album intitulé Absolument (également composé de 13 titres).
Guinéenews : Quels sont les plus beaux souvenirs que vous gardez de la musique guinéenne de votre époque ?
Foxy « sérieux » Camara : À l’époque, j’écoutais beaucoup Kèlètigui et ses Tambourinis pour la qualité de leurs arrangements, ainsi que leur guitariste soliste, feu Lènkè Condé, qui maîtrisait à la perfection la structure des solos.
J’écoutais aussi le Bembeya Jazz National, dont le duo m’inspirait beaucoup, surtout le doyen Sékou Bembeya qui glissait quelques notes de jazz. Feu Sékou Docteur, le guitariste soliste de l’orchestre Balla et ses Baladins, n’était pas mal non plus ; il est d’ailleurs venu faire un bœuf avec moi à Fria.
Tous ces musiciens m’étaient familiers, car mon père logeait chez le doyen Kèlètigui à La Paillote lors de ses séjours à Conakry, et inversement, il recevait tous ces artistes chez nous à Kindia. J’ai également eu le plaisir d’accueillir de nombreux artistes chez moi en France lors de leurs tournées. Ces souvenirs resteront à jamais gravés.
Guinéenews : Avez-vous des contacts avec les musiciens guinéens vivant à l’étranger ou en Guinée ?
Foxy « sérieux » Camara : J’ai gardé contact un moment avec feu Sékou Kèlètigui, par l’intermédiaire de qui j’ai fait la connaissance d’Ousmane Kouyaté, ancien guitariste de Salif Keita. Je suis également toujours en contact avec Moh Kouyaté, qui m’a invité récemment sur scène aux côtés de Sékouba Bambino Diabaté.
Guinéenews : Quel genre de musique développez-vous avec votre groupe ?
Foxy « sérieux » Camara : Je travaille beaucoup sur la musique guinéenne en l’associant à un métissage de variétés internationales.
Guinéenews : Loin du pays, qu’apportez-vous comme contribution au développement de la culture guinéenne ?
Foxy « sérieux » Camara : Mes albums sont diffusés sur les chaînes internationales et sur RFI, ce qui contribue inévitablement à faire connaître la musique guinéenne. À l’époque, sur Africa N°1, feu Manu Dibango — paix à son âme — avait fait un brillant éloge de mon album Destinée.
Guinéenews : Quels sont vos projets actuels ?
Foxy « sérieux » Camara : Je continue de travailler sans relâche, que ce soit dans mon studio ou lors de mes concerts. J’ai eu l’occasion de me frotter à de nombreux artistes et de collaborer avec eux à Dakar, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne.
Guinéenews : À quand remonte votre dernière visite en Guinée ? Une prochaine est-elle programmée, et dans quel cadre ?
Foxy « sérieux » Camara : Cela fait un certain temps que je ne suis pas rentré en Guinée. J’ai eu plusieurs propositions qui n’ont malheureusement pas abouti. Je le déplore, et j’avoue que mon plus grand souhait est d’être reconnu dans mon pays natal.
Guinéenews : Êtes-vous affilié à une société de gestion des droits d’auteur ?
Foxy « sérieux » Camara : Je suis affilié à la SACEM à Paris.
Guinéenews : Quelles sont vos sources de revenus ?
Foxy « sérieux » Camara : Je vis de mes prestations artistiques. Cela demande beaucoup de démarchage : on ne peut pas se croiser les bras et attendre, il faut constamment rester dans le coup.
Guinéenews : Si l’opportunité se présentait, accepteriez-vous de revenir au pays pour occuper un poste dans l’administration au service de la culture guinéenne ?
Foxy « sérieux » Camara : Tout dépendra de la proposition, mais je reste ouvert à tout. Un agent pourrait m’accompagner dans cette démarche.
Guinéenews : Quel message souhaitez-vous transmettre à la nouvelle génération de musiciens ?
Foxy « sérieux » Camara : Écouter les conseils des anciens ! Mon père nous donnait des cours de musique chaque semaine dans notre salon. Il nous apprenait aussi le savoir-vivre au quotidien : comment se comporter sur scène, comment respecter son public et comment éviter les pièges, notamment l’alcool et la drogue.
Guinéenews : Dans le cadre d’une compilation en projet avec la jeune génération, quels thèmes et rythmes guinéens mettriez-vous à l’honneur ?
Foxy « sérieux » Camara : À Kindia, c’est le Soli, mais mon père nous a préparés à jouer tous les styles, car la Guinée regorge de mélodies et de rythmes riches. J’aime aussi beaucoup le Yankadi.
L’adjoint de mon père, Aly « Casquette », m’avait poussé à travailler la musique zaïroise que je jouais avec aisance, ce qui m’a ouvert des portes à Dakar. C’est également grâce à la maîtrise de la musique classique espagnole et des standards internationaux que j’ai pu m’imposer à Munich, en Allemagne, aux côtés de grands artistes tels qu’Udo Lindenberg et Roberto Blanco, qui faisaient du rock et même du hard rock.
Guinéenews : Un dernier mot pour vos fans, les acteurs du secteur et les autorités culturelles ?
Foxy « sérieux » Camara : Je suis un musicien libre, capable de jouer n’importe où et dans n’importe quel style. Fort de mes années d’expérience et des grands musiciens que j’ai côtoyés, je sais exactement comment mener à bien un concert ou un festival. Mon plus grand bonheur serait de me produire enfin avec mon groupe dans mon pays natal. C’est mon rêve le plus cher.
Entretien réalisé par Ly Abdoul pour Guinéenews.

