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Que sont-ils devenus ? : Guineenews à la rencontre d’Abdoulaye ‘’Breveté’’ Diallo, l’icône de Télé jazz de Télémélé

« La musique ne vieillit jamais, il faut simplement savoir s‘adapter. Nous sommes les musiciens de tous les temps, et on se confond à toutes les générations »

La rubrique ‘’Que sont-ils devenus’’ ?, de Guinéenews, reçoit dans ce présent numéro, le doyen Abdoulaye ‘’Breveté’’ Diallo, ancien sociétaire du groupe  Télé jazz de Télémélé. Chanteur, auteur, compositeur, dans  cet entretien, Abdoulaye Breveté Diallo, nous livre toutes ces précisions sur son parcours, ses projets, son état de santé… et le regard qu’il porte sur l’actuelle musique guinéenne.

Loin de raccrocher, il s’accroche et promet bientôt du lourd, sur le marché du disque guinéen. 

Lisez ! 

Guinéenews : Près de 50 ans de carrière musicale. Dites-nous comment vous êtes venu à la musique ?

Abdoulaye Breveté Diallo : La musique a été une simple passion pour moi depuis l’école. J’ai commencé la musique depuis le collège. Ce fut pour moi, une réelle volonté, une admiration, une passion en un mot.

Guinéenews : Aviez-vous eu des idoles avant de vous intéresser à la musique ?

Abdoulaye Breveté Diallo : Ah oui ! Les Congolais ont été des idoles pour moi, Rochereau Tabuley en est une illustration dans la pratique de la rumba. En Guinée, Aboubacar Demba Camara fut celui que j’ai adulé, et plusieurs m’ont dit que nos voix se ressemblaient. Demba Camara m’a beaucoup impressionné. J’ai toujours aimé son style sur scène. La seule différence d’après plusieurs, est que nous avions chanté dans de langues différentes.

Guinéenews : Vous aviez eu des difficultés avant de vous affirmer musicien. On peut  connaître lesquelles ?

Abdoulaye Breveté Diallo : Ah oui, dès le départ, mon père ne voulait pas que je chante. Il avait même voulu créer des problèmes à ma mère. Heureusement, il y a eu l’intervention du secrétaire fédéral qui l’avait convoqué, afin de lui intimer l’ordre de ne pas s’opposer en ces termes : « … C’est toi qui veux freiner l’élan de la Révolution à Télémélé ? ». Mon père a tout de suite désisté, ma mère a eu la paix, et finalement, j’ai continué mon ascension au sein du Télé jazz de Télémélé.    

Guinéenews : Votre parcours est intimement lié au Télé jazz de Télémélé. Comment aviez-vous intégré cette formation musicale ?

Abdoulaye Breveté Diallo : Le Télé jazz avait perdu un de ses chanteurs, et c’est parmi les élèves à la permanence fédérale, que l’orchestre avait initié des concours de chant pour le recrutement de nouveaux chanteurs. C’est ainsi que j’ai été repéré en compagnie d’un certain Boubacar Diallo qui était basketteur. Au fil du temps, l’unique choix fut porté sur ma personne à cause de ma voix. J’ai intégré le Télé jazz en 1968. 

Guinéenews : Combien d’albums compte votre discographie et parlez-nous de quelques titres qui ont dû avoir du succès ?

Abdoulaye Breveté Diallo : J’ai réalisé 4 albums notamment ‘’Super Etoile du Fouta’’, ‘’Notolan 2000’’, ‘’Falè mokoba’’, ‘’Compil stars’’. J’ai fait cette compilation en compagnie de feue Fatou Linsan Barry et la jeune sœur de sa coépouse, Lansana Diabaté, et un certain ivoirien dont je ne retiens pas le nom.

Il y a eu plusieurs titres qui ont du succès : Dyama, Djiba, sensenko…

Guinéenews : En compagnie du Télé jazz de Télémélé, peut-on connaitre quelques prouesses réalisées par cette formation à votre époque ?

Abdoulaye Breveté Diallo : Le Télé jazz a eu beaucoup de succès à notre époque. Nous avions occupé de très bon rang lors des quinzaines et des festivals. Nous avions toujours transité entre la deuxième et troisième places lors de ces compétitions artistiques. Je me rappelle de l’envoi de nos trophées à Télémélé par un membre du Bureau politique national d’alors. Le Télé jazz ce jour, avait réussi un spectacle, qui reste encore dans les annales de l’histoire de la musique pastorale. Ensuite, nous avions effectué plein de tournées dans la sous-région couronnées de succès. Il y avait un parfait accord entre les membres de cet orchestre. Il nous arrivait d’improviser des morceaux sur scène, sans même une répétition au préalable. Toutes les sections étaient bien fournies à l’époque. 

Guinéenews : Quelles étaient vos sources d’inspirations ?

Abdoulaye Breveté Diallo : Dans le temps, je me suis beaucoup inspiré des Congolais, de la musique rumba. C’est après, que je me suis réorienté vers les sources pastorales, les Niamakala ou troubadours pratiquant le folklore du Fouta, tels que Karim Soumbalako de Mamou et tant d’autres. Saviez-vous que j’ai tiré le morceau ‘’Dyama’’ de l’œuvre originale de Karim Soumbalako. J’ai capté cette mélodie à Mamou quand nous étions en tournée. J’ai écouté sa version, que j’ai travaillée, en replaçant de nouveaux textes, et j’ai complètement cachée la figure du morceau original.

Guinéenews : Dans votre version ‘’Dyama’’, vous faites un solo vocal, en ligne avec le style Niamakala ?

Abdoulaye Breveté Diallo : Effectivement, je dois aujourd’hui ma formation à notre défunt guitariste soliste feu Aly Kania Bangoura, qui m’a initié au solfège, et qui demeure mon maitre. Effectivement, c’est le style purement Niamakala, que j’ai adapté dans le solo vocal de ce titre Dyama.  

Guinéenews : Actuellement, à 74 ans, continuez-vous à jouer encore à la musique, et dans le tiroir avez-vous un projet de création d’autres albums ?

Abdoulaye Breveté Diallo : Mais pourquoi pas ? Je continue encore de jouer à la musique, la musique ne vieillit jamais, il faut simplement savoir s‘adapter. Nous sommes les musiciens de tous les temps, et on se confond à toutes les générations. Nous sommes là encore et bien vivants. Je suis actuellement en train de préparer un nouvel album, et quelques singles. Absolument et sous peu de temps, il faut s’attendre au doyen Breveté sur le marché du disque. Et ça va être du lourd, du tonnerre. 

Guinéenews : Parlons de votre état de santé qui était inquiétant. Comment vous vous portez aujourd’hui, et bénéficiez-vous du soutien de l’Etat ?

Abdoulaye Breveté Diallo : Je bénéficie d’une prise en charge médicale provenant de l’Etat. Je suis en train de suivre progressivement des traitements, et avec la grâce de Dieu, j’espère que tout ira bien.

Guinéenews : Les orchestres de l’intérieur du pays commencent à renaitre de leurs cendres. Pour ce qui est du Télé jazz de Télémélé, qu’en pensez-vous et êtes-vous imprégné du niveau d’évolution de cet orchestre ?

Abdoulaye Breveté Diallo : Vous savez que des instruments de musique, ont été offerts à plusieurs anciennes formations fédérales de l’époque, y compris le Télé jazz de Télémélé. Ce n’est pas facile aujourd’hui, de réunir un effectif de musiciens du terroir, pour combler toutes les sections de l’orchestre. Nous sommes obligés de chercher partout où besoin se manifestera, pour reconstituer cet ensemble orchestral. Je suis impliqué dans cette relance, et bientôt le Télé jazz va se relever.

Guinéenews : Quel regard portez-vous sur l’actuelle musique guinéenne ?

Abdoulaye Breveté Diallo : A mon avis, la musique guinéenne se porte bien, sauf qu’elle ne se ressemble pas du point de vue des époques. 

Quand quelqu’un se lève aujourd’hui, et se dit du coup être une ‘’vedette’’, comparer à celui qui a accepté, plusieurs années d’apprentissage, pour sa formation de base, je pense que cette différence est palpable dans le parcours. 

Cette génération actuelle, travaille le plus pour l’argent, le matériel… Nous avions travaillé à notre époque sans argent, sauf le patriotisme et l’honneur, que nous avions défendu sur toutes les scènes.

Guinéenews : Avez-vous des conseils à léguer à cette jeune génération de musiciens, qui porte actuellement le flambeau de la musique guinéenne ?

Abdoulaye Breveté Diallo : Les jeunes musiciens doivent revoir le type de message à véhiculer dans les chansons. Ils sont assez limités sur les sujets à aborder. Il y a beaucoup de choses sur quoi se référer pour chanter : la nature, le temps, l’environnement…

Les jeunes doivent se ressaisir, chanter et exploiter consciencieusement le folklore guinéen assez dense, et diversifié. Les chansons de louanges ne seront jamais universelles, les jeunes doivent se pencher sur des contenus aux messages éducatifs. Je regrette aujourd’hui la disparition de l’émission ‘’Un chant et son contenu’’ de la voix de la Révolution, qui apportait un plus aux artistes, et aux musiciens en général. 

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guinéenews.   

 

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