À Dar-Es-Salam, l’histoire semble se répéter, avec une violence toujours plus grande. Ouverte dans les années 1980, la décharge devait pourtant n’être qu’une solution provisoire. Elle avait été dimensionnée pour une ville d’environ 500 000 habitants et sa durée de vie était fixée à vingt ans. Quatre décennies plus tard, elle continue d’engloutir les déchets d’une capitale qui compte désormais plusieurs millions d’habitants.
À l’origine, le site de Dar-es-salam 2, également associé à La Minière ou au Concasseur, n’était pas destiné à devenir l’immense réceptacle des ordures de Conakry. La zone abritait notamment une carrière d’argile, exploitée pour divers usages artisanaux. Des excavations de plusieurs dizaines de mètres témoignent encore de cette ancienne activité.
Le projet initial prévoyait la fermeture du site au bout de vingt ans et son transfert vers Kagbélén, dans la périphérie de Dubréka. Mais le calendrier n’a jamais été respecté. Le nouveau site n’a pas véritablement pris le relais et Dar-es-salam est resté en service, année après année, décennie après décennie.
Entre-temps, des habitations se sont développées autour de la décharge. Des familles ont construit, loué, grandi et vécu à quelques mètres des montagnes d’immondices. Certaines ont même été contraintes de quitter leurs maisons lors des opérations de déguerpissement engagées autour du site. Le logement est ainsi devenu l’autre visage de cette crise : comment protéger les populations installées à proximité d’une décharge devenue dangereuse, tout en garantissant leurs droits et leur indemnisation ?
Notre reportage grand format réalisé sur place en 2019 révélait déjà l’ampleur de cette fracture.
Des familles affirmaient avoir été recensées, sans avoir reçu leurs compensations. D’autres avaient vu leurs maisons disparaître sous les engins. Le site, réduit par l’occupation humaine et la pression foncière, était alors passé d’environ 25 à 15 hectares.
Et puis, il y a les drames.
Le 22 août 2017, l’effondrement d’une partie de la décharge avait déjà endeuillé Dar-es-salam. Neuf personnes avaient perdu la vie, rappelant brutalement qu’une montagne de déchets n’est jamais un simple amas d’ordures : elle peut devenir un piège mortel pour les riverains, les récupérateurs et tous ceux qui s’en approchent.
Mais, dimanche 23 août 2026, le cauchemar s’est reproduit à une tout autre échelle. Un nouvel éboulement a enseveli des personnes sous les déchets. Le bilan demeure encore évolutif, mais plus d’une cinquantaine de victimes sont concernées, entre morts, personnes ensevelies et disparus selon les informations disponibles, au moment de la rédaction de cet article. Les recherches se poursuivent, tandis que des familles attendent toujours des nouvelles de leurs proches.
Neuf ans après le drame de 2017, Dar-es-salam rappelle donc une vérité que les chiffres ne peuvent plus masquer : la décharge n’est plus seulement un problème d’assainissement, elle est devenue une question de sécurité publique, de logement et de dignité humaine.
Pendant des années, les autorités ont annoncé des projets de transfert, de modernisation et de traitement des déchets. Des financements ont été mobilisés, des opérateurs recrutés et des échéances annoncées. Mais Dar-es-salam est toujours là.
Jusqu’à quand faudra-t-il attendre pour que la promesse d’une nouvelle solution ne soit plus une échéance repoussée de trois ans en trois ans ?
Après 2017, fallait-il attendre 2026 pour comprendre que Dar-es-salam était une bombe à retardement ? Méditons-y !

