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Nimba Mining Company: Vision, preformances et défis, les confidences du DG Patrice L’Huillier

Nous en savons un peu plus sur la société minière Nimba Mining Company (NMC), anciennement GAC. Longtemps enveloppée dans les mystères des grandes tractations, la société 100 % étatique lève le voile sur ses ambitions et les nouvelles pratiques en son sein.

Entre volonté affichée d’incarner un levier de souveraineté économique et réalités du terrain, l’entretien accordé par son Directeur Général, Patrice L’Huillier, au Substack Podcast de Bouba, nous entraîne de découverte en découverte. Une plongée fascinante qui met aussi en lumière un défi important, celui la transparence, qui reste à relever malgré les premiers jalons posés.

Première découverte, un pilotage ministériel au millimètre près et la fin des privilèges

Oubliez l’opacité qui a trop souvent plombé les fleurons publics par le passé. Première révélation de taille, Nimba Mining Compagny avance sous haute surveillance institutionnelle. Pour Patrice L’Huillier, la redevabilité se traduit par un reporting millimétré adressé directement à la tutelle.

«Nous sommes une société anonyme avec un capital, comme vous l’avez dit, qui dépend à 100% du ministère des Mines et de la Géologie de la République de Guinée. Nous avons un conseil d’administration… Nous faisons un reporting à nos ministres de tutelle qui sont à la fois le ministre des Mines et de la Géologie, le ministre directeur de cabinet de la présidence de la République et la ministre de l’économie, des Finances et du Budget, auxquels nous présentons nos résultats de manière mensuelle, que ce soit nos résultats financiers ou nos résultats opérationnels. »

Une pression politique et managériale intense qui porte ses fruits sur les volumes d’exportation, à en croire au DG. « Si on a réussi à fin août à exporter 5 millions de tonnes et on est en position pour faire les 10 millions de tonnes cette année, c’est grâce non seulement à un suivi, mais surtout grâce à un soutien très très important, mais vraiment très important, et je le souligne, du ministère des Mines, du ministre Directeur de cabinet de la Présidence, et de la ministre de l’Économie, des Finances et des Budgets. Donc, il y a vraiment un soutien et je profite de l’occasion pour les remercier parce que c’est eux qui portent Nimba Mining Compagny. Et c’est eux qui font grandir Nimba Mining Compagny.»

Evoquant le modèle économique de l’entreprise, le Directeur Général a accepté de lever le voile sur la rentabilité de la bauxite. Répondant à la question sur cet aspect, « ah oui, bien sûr que je le sais… c’est des informations commerciales, un peu confidentielles. Mais pour vous en donner une fourchette, le bénéfice, il est entre 5 et 10 dollars la tonne. »

Concernant l’affectation de ces marges, la compagnie renonce aux anciens privilèges de GAC. « D’abord, (les bénéfices ndlr) c’est pour payer l’ensemble des taxes d’extraction et d’exportation, parce que dans la nouvelle convention minière de Nimba Mining Compagny, on revient au taux de taxe prévus au code minier, c’est-à-dire qu’on ne bénéficie plus des avantages dont GAG bénéficiait alors. Donc on revient au taux standard de taxe d’exportation et de taxe d’extraction à payer à l’État guinéen. La différence, le reste pour utiliser un langage plus accessible, il y a une partie qui sera investi. On a parlé des projets aurifères. Il faut financer ces projets.»

Deuxième découverte, la stratégie offensive de diversification et l’alliance avec Resolute Mining

On aurait pu croire NMC cantonnée à son héritage bauxitique. Mais la compagnie voit beaucoup plus grand et lorgne déjà les métaux de la transition énergétique. Selon M. L’Huillier, « Nimba Mining n’a pas du tout été conçu seulement pour faire de la bauxite. On a bien l’intention de se diversifier parce que notre objectif c’est de développer l’ensemble du portefeuille de métaux ou de matériaux disponibles en République de Guinée… Il y a de très beaux gisements, par exemple, de graphite en Guinée, il y a d’autres métaux qui sont disponibles. Je pense qu’il y a beaucoup d’exploration à faire. Évidemment, il faut viser les métaux qui ont du potentiel, ce qu’on appelle les métaux de la transition énergétique», confie-t-il.

Cette vision s’est concrétisée par un coup d’éclat dans le secteur aurifère, financé directement par les excédents de la bauxite. A titre illustratif, « nous venons de signer la semaine dernière la création d’une joint venture, donc une co-entreprise dans le domaine de l’exploration aurifère avec la société Resolute Mining, une société australienne qui est très développée en Afrique de l’Ouest… C’est vraiment, pour nous, une victoire de s’associer avec des gens reconnus pour faire l’exploration et pour, si possible, démarrer l’exploitation de gisements aurifères le plus rapidement possible», déclare-t-il.

Dans la même logique, le reliquat de ces bénéfices suit une stricte trajectoire budgétaire. «Donc c’est grâce à l’argent de Nimba Mining Compagny qu’on va financer l’exploration que ce soit dans l’or ou dans les autres métaux. Et le solde sera versé sous forme de dividendes à l’Etat», informe-t-il.

Troisième découverte, un contenu local revendiquée et la négation d’une « autonomie » de gestion

Troisième motif d’étonnement, et non des moindres, le Directeur Général de l’entreprise brandit des indicateurs sociaux avec des performances remarquables en matière de nationalisation des compétences et d’investissements communautaires, bien loin de la quête d’une prétendue indépendance managériale.

Interrogé sur son autonomie vis-à-vis de l’Etat actionnaire, Patrice L’Huillier coupe court. «Nous, on n’a pas d’autonomie. J’ai envie de dire, l’objectif, ce n’est pas qu’on soit autonome. Notre objectif, c’est que le ministère des mines et de la géologie nous fixe une direction, nous fixe des objectifs en volume et d’un point de vue social, d’un point de vue environnemental, d’un point de vue opérationnel, et même d’un point de vue OPEX, ce qu’on appelle les coûts de production. Nous recevons les instructions du ministère des mines et de la géologie. »

Le DG de Nimba Mining, assumant pleinement ce statut d’exécutant dans le cadre du contrat de résultats impulsé par le gouvernement explique que « c’est ce que le ministre Djiba Diakité appelle le contrat de résultats ». Et d’ajouter, « moi personnellement, en tant que DG de Nimba Mining Compagny, j’ai un contrat de résultats que je dois fournir pour l’année 2026. Donc on ne parle pas d’autonomie. Sur le coup, c’est vraiment le mot qui ne correspond pas du tout à la situation de Nimba Mining Compagny.»

Et sur le terrain, cette discipline s’articule avec un fort respect des communautés. « Les activités minières se font sur le même territoire que les communautés. On est en coactivité avec les communautés et depuis le premier jour que Nimba Mining Compagny a été créée, on essaie vraiment de garder les standards internationaux les plus élevés en termes de respect des communautés, projets communautaires, tout ce qui est compensation des terres, tout l’aspect social…»

Entre la participation à hauteur de plus de 4 milliards de francs guinéens pour le nouvel hôpital de l’ANAIM à Kamsar, la création de la Nimba Mining Academy et l’intégration des anciens salariés, NMC lésine sur les moyens. Et son Directeur Général le fait savoir. «98% des employés de Nimba sont des Guinéens. Sur 432 employés, il y a 7 expatriés. Du temps de la société d’avant, il y avait à peu près 110 expatriés. Et vous savez, ça c’est une demande très forte du gouvernement. J’ai même envie de dire que c’est une injonction. Notre objectif c’est que 99% de nos employés soient des citoyens guinéens et on demande la même chose à nos sous-traitants. »

La transparence, un défi encore en chantier

Malgré ce tableau séduisant et les efforts consentis, une ombre persiste et mérite d’être soulignée. La question de l’accès effectif du public à l’information financière et aux audits. Si la direction brandit le recours à un cabinet de premier plan international et l’application des normes IFC pour les rapports de développement durable, l’accès concret pour le citoyen lambda reste pour l’instant limité. « Nous avons déjà signé un contrat pour définir les commissaires aux comptes et pour définir les auditeurs, avec une des quatre plus grandes sociétés d’audit. La filiale guinéenne de cette société a été choisie. Les choses se feront suivant les standards internationaux et les rapports seront disponibles… »

A la question de savoir sur le public guinéen a accès à ces informations, Patrice L’Huillier répond que «pour le moment, on n’est pas encore arrivé dans cette phase-là, parce qu’on vient juste de démarrer. Mais on a actuellement un site internet sur lequel on publie un maximum d’informations et je ne vois pas de raison pourquoi on ne pourrait pas les publier. »

Un aveu qui montre que si le schéma technique et managérial est bien enclenché, la culture de la transparence totale et immédiate reste un défi à relever pour que la mue de Nimba Mining Compagny soit pleinement couronnée de succès aux yeux de tous les Guinéens.

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