Site icon Guinéenews©

Patrimoine : la Guinée mobilise les historiens pour documenter et préparer le retour des biens de Samory et des restes de Bokar Biromady

Le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat a réuni des historiens, chercheurs et acteurs du patrimoine autour d’un enjeu majeur : la documentation et la restitution du patrimoine historique guinéen détenu à l’étranger, notamment les biens liés à l’Almamy Samory Touré et les restes de l’Almamy Bokar Biro et de certains de ses compagnons.

 

Cette rencontre marque une nouvelle étape dans la mise en œuvre du programme national de recensement, de documentation et de valorisation du patrimoine culturel guinéen, conduit avec l’appui du Centre international de recherche et de documentation (CIRD).

 

Une démarche scientifique avant la restitution

 

Dans son intervention, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a insisté sur la nécessité de s’appuyer sur l’expertise des historiens et des chercheurs pour établir une documentation rigoureuse.

 

« Nous sommes dans une lancée de revisiter tout notre patrimoine, mais de le faire de façon méthodique », a-t-il expliqué, estimant que la connaissance du patrimoine constitue une étape essentielle pour mieux comprendre l’histoire et l’identité du pays.

 

Le ministre a rappelé que le programme national repose sur plusieurs piliers : la formation et le renforcement des capacités, le recensement et la documentation, la numérisation et l’archivage, la restitution du patrimoine détenu à l’étranger, la transmission et la valorisation, ainsi que l’inscription du patrimoine guinéen sur les listes de l’UNESCO.

 

Une instruction présidentielle

 

Moussa Moïse Sylla a également précisé que la démarche concernant les restes de Bokar Biro et de ses compagnons découle d’une instruction du président de la République, Mamadi Doumbouya.

 

Selon le ministre, cette orientation a été donnée lors d’une rencontre au Palais du Peuple, à l’occasion des 72 Heures du Livre. Le chef de l’État aurait alors demandé que tout soit entrepris afin de permettre le retour en Guinée des restes de l’Almamy Bokar Biro.

À la suite de cette instruction, le ministère de la Culture a saisi l’ambassadeur de France en Guinée. Les recherches ont permis d’identifier la présence, en France, de restes attribués à Bokar Biro, ainsi qu’à son fils, son frère et certains de ses compagnons.

 

Le ministre a toutefois insisté sur la nécessité d’éviter toute démarche fondée sur la rancœur.

 

« Nous ne voulons pas agir avec rancœur », a-t-il déclaré, plaidant pour une démarche permettant de « cicatriser » un passé douloureux et de réhabiliter la mémoire des figures historiques concernées.

 

Six piliers pour reconstruire la mémoire

 

Pour Sansy Kaba Diakité, cette dynamique doit dépasser la seule question de la restitution.

 

Il a rappelé que le programme national vise d’abord à constituer une masse critique d’experts capables de travailler sur le patrimoine guinéen. Le deuxième volet concerne le recensement et la documentation, suivi de la numérisation et de l’archivage.

 

La restitution constitue le quatrième pilier, tandis que la transmission et la valorisation doivent permettre de rendre le patrimoine plus accessible aux nouvelles générations, notamment grâce aux technologies numériques et à l’intelligence artificielle.

 

Le sixième pilier porte enfin sur l’inscription du patrimoine guinéen à l’UNESCO, un processus que Sansy Kaba Diakité reconnaît comme long et exigeant.

 

Deux comités scientifiques

 

La démarche est appelée à s’appuyer sur deux comités scientifiques distincts, conformément aux procédures évoquées dans le cadre des échanges avec la partie française. L’un doit travailler sur les biens de Samory Touré, tandis que l’autre sera consacré aux restes de Bokar Biro et de ses compagnons.

 

Les historiens retenus ont notamment été choisis en raison de leurs travaux antérieurs sur Samory Touré, le centenaire de l’Almamy et l’histoire de la période concernée.

 

Les trois départements d’histoire de Conakry, Kindia et Kankan ont également été associés à la réflexion afin de contribuer à la documentation et à la consolidation des données historiques.

 

Pour les participants, l’enjeu dépasse donc la récupération physique d’objets ou de restes humains. Il s’agit de reconstruire le parcours historique de ces patrimoines, d’en établir la traçabilité et de restituer aux générations futures une mémoire documentée.

 

À travers cette démarche, la Guinée entend transformer la restitution en un acte de mémoire, de connaissance et de réconciliation avec son histoire.

 

Quitter la version mobile