Huit mois après avoir été délogées des artères publiques et de l’ancien marché d’Enco-5, dans la commune de Matoto, des étalagistes ont manifesté ce mardi 18 août 2026 pour réclamer des espaces de vente accessibles dans leur nouveau site de recasement. Si les autorités locales affirment avoir trouvé un nouvel emplacement pour ces commerçantes, celles-ci dénoncent le coût jugé excessif des boutiques et des tables proposées dans ce marché, ainsi que des conditions d’attribution qu’elles estiment peu équitables.
« Nous nous sommes pliées à la décision du président »
Présente sur les lieux, Alamako Kourouma, vendeuse au marché d’Enco-5, a expliqué les raisons de leur mobilisation :
« Nous nous sommes pliées à la décision du président Mamadi Doumbouya, quand il a dit vouloir débarrasser des encombrants physiques le long des routes. C’est ainsi que nous avons décidé de libérer la route afin d’entrer dans la cour que Balla Samoura nous a montrée l’autrefois. Nous n’avons pas été les seules à suivre ces instructions, ce fut le cas à Entag, Sonfonia, Bambeto et autres », a-t-elle expliqué.
Selon elle, les commerçantes avaient accepté une solution provisoire en attendant la finalisation du nouveau marché.
« Cependant, tous les étalagistes qui ont été déplacés ont été par la suite recasés. Ici à la cité, Balla Samoura est venu nous voir et nous a dit d’accepter d’être dans la cour où nous sommes actuellement, ne serait-ce que pour un petit temps. Chose que nous avons acceptée. Il nous a montré aussi l’espace situé en face qui doit nous abriter une fois la construction des magasins terminée », a-t-elle dite.
Des accusations de favoritisme
Les commerçantes dénoncent toutefois les modalités d’attribution des boutiques dans le nouveau marché. Elles estiment que certaines places seraient attribuées à des commerçants disposant de moyens financiers plus importants.
« Une partie de ce marché est disponible. Mais, nous constatons l’occupation des lieux par favoritisme. On donne les magasins aux commerçants de Madina, dont certains sont prêts à débloquer des millions. Nous, nous n’avons pas de moyens. C’est grâce à nos petits commerces là que nous arrivons à nourrir nos familles », a-t-elle déploré.
Alamako Kourouma dénonce également des tarifs qu’elle juge hors de portée pour de nombreuses petites commerçantes :
« Une boutique dans ce nouveau marché varie entre 2 millions 500, 3 millions jusqu’à 7 millions de francs guinéens. Les tables sont louées 150 mille. Utiliser la douche coûte 5 mille francs et moi je n’ai pas ce montant », a-t-elle martelé
Face à cette situation, elle lance un appel au chef de l’État :
« Nous demandons au président Mamadi Doumbouya de nous venir en aide. Qu’il trouve un endroit pour mener nos petits commerces. »
La mairie appelle au déménagement et à la patience
Pour tenter de calmer la situation, le deuxième vice-maire de la commune urbaine de Matoto, Mohamed Tahir Souaré, s’est rendu sur place. Il explique que la démarche des autorités consiste d’abord à encourager les commerçantes à rejoindre le nouveau site, tout en poursuivant les discussions pour améliorer les conditions de leur installation.
« Nous étions venus ce matin pour sensibiliser les femmes, nos sœurs, afin qu’elles acceptent de déménager dans le nouveau local que l’État a pu trouver pour elles », a-t-il expliqué.
Reconnaissant que les travaux du nouveau marché ne sont pas encore totalement achevés, le responsable communal estime néanmoins que certains espaces sont déjà exploitables.
« Nous comprenons leurs préoccupations lorsqu’elles disent que le chantier n’est pas terminé. C’est une réalité. Mais beaucoup de travaux ont déjà été réalisés et il y a aujourd’hui des espaces qui peuvent être occupés. Comparativement aux lieux où elles sont actuellement installées, nous pensons que le nouveau site offre de meilleures conditions », a-t-il soutenu.
Pour Mohamed Tahir Souaré, le maintien des commerçantes dans leurs emplacements actuels ne peut toutefois constituer qu’une solution temporaire.
« Il faut se dire la vérité : les endroits où elles sont actuellement installées sont des résidences privées et des locations à usage domestique. Ils ne sont pas destinés à abriter des marchés », a-t-il rappelé.
Il précise que l’État avait initialement accordé un délai de dix jours pour cette installation provisoire, mais que les commerçantes y sont finalement restées plusieurs mois, le temps de trouver une solution de recasement.
« Aujourd’hui, nous avons trouvé un site. Il faut donc qu’elles viennent d’abord s’y installer. Si nous constatons que toutes les commerçantes ne peuvent pas être accueillies, l’État devra trouver une solution pour celles qui n’auront pas de place. Mais il faut commencer par déménager et occuper les espaces disponibles », a-t-il indiqué.
Des boutiques plus petites pour réduire les coûts
Sur la question du prix des boutiques, le deuxième vice-maire affirme que des démarches sont engagées auprès de l’investisseur afin de rendre les espaces commerciaux plus accessibles aux petites commerçantes.
« Monsieur le Maire a écrit aux plus hautes autorités pour demander à l’investisseur de diviser les grands magasins, dont les prix sont élevés, en petites unités. L’objectif est de permettre à nos sœurs d’obtenir des boutiques à moindre coût », a-t-il expliqué.
Selon lui, cette opération de subdivision est déjà en cours :
« Nous sommes en train de diviser ces grandes boutiques en petites boutiques afin de permettre aux femmes d’obtenir des espaces à des coûts plus abordables », a-t-il expliqué.
En guise de conclusion, Mohamed Tahir Souaré a appelé les commerçantes à l’apaisement et assuré que les autorités ne comptent pas les abandonner.
« Le message est très simple : qu’elles comprennent que jamais le président de la République, Mamadi Doumbouya, ne va les abandonner. Le Premier ministre, chef du gouvernement, ne va pas non plus les abandonner. Le gouvernorat et la mairie de Matoto seront à leurs côtés jusqu’à la fin du processus », a-t-il assuré.
La manifestation s’est déroulée sous la surveillance des forces de sécurité, notamment des éléments de la gendarmerie et de la police.


