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Financer la digitalisation des hopitaux sans endetter l’État : le pari réussi d’une healthtech guinéenne devenue panafricaine

Et si la transformation numérique des hôpitaux africains pouvait se faire sans alourdir la dette publique ? Née en Guinée, la start-up Kouma Academy a fait de ce pari une réalité qui dépasse aujourd’hui les frontières nationales. Avec sa technologie « Visa Medical » — déployée dans 19 établissements publics guinéens avec le soutien du ministère de la Santé Guinéen — l’entreprise a signé un partenariat avec le ministère de la Santé du Tchad pour la digitalisation nationale de ses hôpitaux, amorcé son déploiement en République Démocratique du Congo aux côtés du groupe Sanofi, et ouvert sa filiale régionale au Maroc. Une trajectoire qui place le financement privé de l’infrastructure sanitaire au cœur de la souveraineté numérique africaine.

A l’hôpital de Dubréka, à une cinquantaine de kilomètres de Conakry. Fini les dossiers égarés, les informations médicales introuvables ou les examens réalisés plusieurs fois faute d’un historique accessible : la prise en charge des patients s’appuie désormais sur un dossier médical numérique.

Pour 30 000 francs guinéens, soit environ trois euros, le patient obtient un « Visa Medical », une carte permettant de centraliser son historique de santé : consultations, bilans, examens et autres informations médicales. Selon les données communiquées par la start-up, la solution est aujourd’hui présente dans une vingtaine d’hôpitaux et compte plus d’un million d’utilisateurs.

Derrière cette innovation se trouve Kouma Academy, fondée par Ibrahima Diallo. Mais au-delà de la simple digitalisation des dossiers médicaux, l’entreprise s’attaque à un problème structurel commun à tout le continent : comment moderniser les infrastructures sanitaires africaines sans faire reposer systématiquement la facture sur les États ?

« Notre ambition était de répondre au problème à sa racine. Beaucoup d’hôpitaux ne disposent ni d’ordinateurs, ni d’infrastructures numériques suffisantes. Avant même de remplacer le papier par des solutions intelligentes, il faut donc créer les conditions matérielles de cette transformation », explique Ibrahima Diallo.

C’est dans cette logique que Kouma Academy revendique un modèle de financement qu’elle présente comme « Zéro Dette » : investir sur fonds propres dans les équipements et les infrastructures nécessaires à la transformation numérique des établissements publics, plutôt que de solliciter directement l’endettement de l’État.

Le pari est aussi économique que stratégique. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu n’est plus seulement de disposer d’un logiciel médical, mais de construire progressivement une infrastructure numérique nationale capable de produire, sécuriser et exploiter les données de santé.

Sur le terrain, les premiers bénéfices sont visibles. Les soignants peuvent retrouver rapidement les informations d’un patient et éviter de reprendre manuellement les mêmes données à chaque consultation.

« Le numérique permet au médecin de gagner du temps, d’avoir les informations en temps réel et de faciliter la communication entre les différents services », souligne le fondateur.

Cette approche donne également une dimension nouvelle à la question de la souveraineté sanitaire. En développant localement les outils, les infrastructures et les compétences, la Guinée — et désormais les pays partenaires — peuvent réduire leur dépendance à des solutions entièrement importées et coûteuses.

C’est cette conviction qui porte l’expansion du groupe au-delà de la Guinée. Au Tchad, l’accord signé avec le ministère de la Santé publique et de la Prévention ouvre la voie à une digitalisation à l’échelle nationale. En République Démocratique du Congo, le déploiement s’appuie sur un partenariat avec Sanofi pour la prise en charge des maladies chroniques. Et l’ouverture d’un bureau régional au Maroc dote l’entreprise d’un point d’appui pour rayonner sur l’ensemble du continent.

L’objectif affiché par Kouma Academy dépasse ainsi largement les frontières guinéennes : atteindre 10 millions de personnes sur le continent africain d’ici 2030.

Pour Ibrahima Diallo, le défi est donc de changer d’échelle : « Nous voulons démontrer qu’une entreprise africaine peut participer directement à la modernisation des services publics, financer des infrastructures critiques et construire des solutions adaptées aux réalités locales. »

Le « Visa Medical » devient ainsi plus qu’une carte numérique. Il se présente comme l’illustration d’un nouveau modèle de partenariat entre entreprises technologiques locales et services publics : financer, équiper et moderniser sans nécessairement accroître la dette de l’État.

Une expérience née en Guinée qui, en confirmant ses promesses à grande échelle, ouvre déjà une nouvelle voie pour la transformation numérique des systèmes de santé africains — portée par une entreprise guinéenne devenue, en quelques années, une référence continentale.

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