Site icon Guinéenews©

Guinée–FMI : 425 millions de dollars pour encadrer la manne de Simandou

Guinée–FMI : 425 millions de dollars et un pacte de discipline pour transformer l’essai de Simandou

La Guinée vient d’obtenir un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) même si un accord n’est jamais un simple transfert de devises. Mais plutôt mjun brevet de crédibilité décerné à une politique économique, assorti d’un cahier des charges rigoureux.

La signature à Conakry d’un accord ce lundi 10 août au niveau des services (Staff-Level Agreement) pour un programme de 41 mois soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC) s’inscrit exactement dans cette tradition. Sous réserve de la validation par le Conseil d’administration du FMI prévue en septembre prochain, la Guinée obtiendra un tirage d’environ 425 millions de dollars américains.

Mais le véritable enjeu de cet accord ne se chiffre pas en millions de dollars. Il se mesure à la capacité de Conakry à gérer un choc d’abondance imminent.

Sur le papier, les indicateurs macroéconomiques guinéens affichent une bonne santé. Après une expansion de 7,1 % en 2025, le Produit intérieur brut (PIB) devrait bondir de 8,6 % en 2026.

Une accélération directement tirée par l’extraction minière et la montée en puissance du mégaprojet de fer de Simandou et de ses infrastructures connexes.

Pourtant, c’est précisément lorsque les voyants sont au vert que les risques d’asphyxie structurelle sont les plus élevés. L’histoire économique continentale regorge d’exemples où des boom miniers se sont traduits par le « syndrome hollandais » : appréciation réelle de la monnaie, perte de compétitivité des secteurs agricoles et industriels, et creusement des inégalités.

En s’inscrivant dans un programme de 41 mois avec le FMI, les autorités guinéennes cherchent un ancrage de discipline. L’objectif avoué est d’éviter les dérapages budgétaires, d’accumuler des réserves de change protectrices face aux volatilités des cours des matières premières et de garantir la soutenabilité de la dette publique.

Le programme négocié entre le 16 juin et début août s’articule autour de axes fondamentaux :

La capture de la rente minière : Mobiliser durablement les recettes publiques en renforçant la transparence fiscale sur les ressources naturelles. L’enjeu est de s’assurer que l’État perçoive sa juste part de la valeur ajoutée générée par les géants miniers.

La rigueur de l’investissement public : Améliorer le cadrage, la sélection et l’exécution des projets d’infrastructures pour éliminer les déperditions financières et maximiser l’impact économique.

La résilience financière : Consolider les réserves internationales de la Banque Centrale pour armer le pays contre les chocs exogènes.

La gouvernance institutionnelle : Renforcer les mécanismes de redevabilité et la lutte contre les lourdeurs bureaucratiques.

La diversification hors-mine : Transformer la manne extractive en capital humain, en appui au secteur privé local et en créations d’emplois pérennes.

« L’accord au niveau des services constitue une étape majeure, mais non une fin en soi. »

Un accord avec le FMI débloque rarement les problèmes d’un pays par la seule magie de sa signature. Il agit comme un catalyseur. L’ancrage macroéconomique fourni par la FEC doit servir d’effet de levier pour rassurer les bailleurs de fonds internationaux et le secteur privé international, dont les capitaux seront indispensables pour financer la diversification économique.

La réussite de ce plan de 41 mois ne se jugera pas au volume de devises engrangées dans les caisses de la Banque Centrale à Conakry, mais à la concrétisation sur le terrain : des routes praticables, une alimentation électrique stable pour les PME, des écoles formées aux métiers de demain et une économie capable de respirer le jour où le cycle des matières premières se retournera. La Guinée dispose aujourd’hui du cadre ; il lui reste à démontrer sa capacité d’exécution.

Quitter la version mobile