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Restitution et mémoire : la Guinée ouvre une nouvelle page de son histoire avec le retour des trésors de Samory Touré et les restes de Bokar Biro

La Guinée s’apprête à écrire une page majeure de son histoire mémorielle. À travers deux opérations d’une portée symbolique exceptionnelle, le pays engage le retour de biens personnels de l’Almamy Samory Touré, grande figure de la résistance africaine, et le rapatriement des restes de l’Almamy Bokar Biro Barry et de ses compagnons, derniers témoins physiques d’une époque marquée par les bouleversements de la fin du XIXᵉ siècle.

Portée par le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat sous la conduite de Moussa Moïse Sylla, cette démarche s’inscrit dans une volonté de réappropriation du patrimoine national, de transmission de la mémoire collective et de restauration de la dignité historique.

Le Coran de Samory Touré, symbole d’un héritage retrouvé

Parmi les biens concernés figure le précieux Coran de l’Almamy Samory Touré, accompagné de son chasse-mouche, symbole de son autorité politique et spirituelle, ainsi que d’autres effets personnels. Plus qu’un objet ancien, ce manuscrit représente un fragment vivant de l’histoire du Wassoulou et du parcours d’un homme qui a marqué durablement la résistance africaine face à la conquête coloniale.

Son retour en Guinée trouve une résonance particulière dans le cadre du programme « Conakry, Ville créative de l’UNESCO en littérature », distinction accordée à la capitale guinéenne en 2025, après son prestigieux statut de Capitale mondiale du livre en 2017.

Avec l’appui de L’Harmattan Guinée, sous la coordination de Sansy Kaba Diakité, le ministère ambitionne de faire de ces biens des vecteurs de connaissance et de rayonnement. Le Coran de Samory Touré est appelé à devenir l’une des pièces maîtresses du futur Musée du livre et des écritures africaines de Conakry, un espace destiné à célébrer les langues, les savoirs et les grandes traditions intellectuelles du continent.

Bokar Biro et ses compagnons : le retour des âmes dispersées

L’autre opération concerne l’Almamy Bokar Biro Barry, dernier souverain indépendant de l’imamat du Fouta-Djalon. Figure de résistance face à la pénétration coloniale, il fut tué et décapité en 1896 par les forces françaises. Plus d’un siècle après sa disparition, ses restes et ceux de certains de ses compagnons ont été retrouvés dans les collections du Musée de l’Homme à Paris.

Les recherches ont permis d’identifier quatre crânes : celui de Bokar Biro (répertorié HA-19655 sous l’orthographe « Byro »), celui de son fils Mody Sory, celui de son frère Tierno-Siré et celui du chef de guerre Satigué Modou.

Cette découverte fait suite à une initiative des autorités guinéennes auprès de l’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Luc Briard. Les travaux ont été accompagnés par le Centre d’Innovation et de Recherche pour le Développement (CIRD), dirigé par la Dre Safiatou Diallo, dans le cadre d’un vaste programme de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine culturel guinéen.

Une restitution fondée sur l’honneur et la réconciliation

Conformément aux traditions guinéennes, les restes de l’Almamy Bokar Biro et de ses compagnons ne seront pas destinés à une exposition muséale. Ils regagneront la terre de leurs ancêtres avec les honneurs dus à leur rang. Des funérailles solennelles seront organisées, accompagnées d’hommages et d’oraisons funèbres, afin de célébrer leur mémoire.

Cette démarche ne se veut pas un acte de revanche sur l’histoire, mais un geste de réconciliation. Elle traduit la volonté de la Guinée de regarder son passé avec lucidité, de réparer les blessures de la mémoire et de transmettre aux générations futures l’héritage de celles et ceux qui ont façonné son destin.

Pour garantir la rigueur scientifique de ces opérations, deux comités ont été mis en place. Ils réunissent des descendants des familles concernées, des historiens, des chercheurs et des cadres du ministère chargés de l’authentification et de la documentation.

À travers ces restitutions, la Guinée affirme une conviction : le patrimoine n’est pas seulement une trace du passé. Il est une force pour comprendre l’histoire, construire l’identité collective et projeter la nation vers l’avenir. Une ambition pleinement inscrite dans la vision Simandou 2040, qui fait de la culture un pilier essentiel du développement et du rayonnement international du pays.

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