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Que sont-ils devenus ? : Les confessions du commandant Sékou Diabaté, légende du Super Lion

« J’ai de nombreux projets calés dans les tiroirs. J’ai besoin aujourd’hui d’un soutien financier afin de concrétiser mes toutes dernières inspirations artistiques. Si je trouvais une personne de bonne volonté pour m’accompagner dans la réalisation de ce projet, je puis vous assurer qu’elle ne le regretterait pas »

Ancien pilier de l’emblématique orchestre Super Lion de la gendarmerie nationale et officier supérieur à la retraite, Sékou Diabaté se livre sans détour. De ses débuts de guitariste autodidacte à Coyah jusqu’aux studios de la Voix de la Révolution, le septuagénaire retrace un parcours hors du commun, marqué par l’uniforme, la scène et une inébranlable passion pour la musique.

Guinéenews : Bonjour mon commandant, et d’entrée de jeu, peut-on savoir comment vous êtes venu à la musique, et relater votre parcours ?

Sékou Diabaté : Bonjour cher ami, et merci pour cette invitation. Dès l’enfance, ma mère m’avait offert un électrophone Pipo, un support sur lequel j’écoutais beaucoup de chansons d’Enrico Macias et de tant d’autres chanteurs de l’époque. Cette écoute régulière m’a poussé à aimer la musique et, dans mon for intérieur, j’ai décidé d’en faire mon métier, au détriment de l’école que j’ai très tôt abandonnée.

Arrivé dans ma ville natale de Coyah, j’ai découvert un petit orchestre local composé de quatre musiciens : Édouard Mazarin, Édouard Wright… C’est Édouard Mazarin qui fut mon premier maître à la guitare.

Après Coyah, je suis revenu à Conakry, où j’ai exercé un bon moment le métier d’imprimeur à l’Imprimerie nationale Patrice Lumumba. Plus tard, je suis entré à l’imprimerie de la CNTG (Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée), située sur la corniche, dans le quartier de Sandervalia. C’est là qu’évoluait l’orchestre de la CNTG, dénommé l’Atlantique Jazz, dirigé à l’époque par feu Pierre Lopis, ex-sociétaire du Kaloum de Conakry 1. J’ai joué de la guitare d’accompagnement avec cet ensemble.

Quelque temps après, je suis parti à Mamou chez mon oncle Djanka Kouyaté, alors directeur du Crédit national, qui m’a fait engager par l’entreprise Jean Lefebvre en qualité de commis d’administration. J’ai directement intégré le Bafing Jazz de Mamou comme guitariste accompagnateur, un orchestre au sein duquel évoluaient Hop Christian (chef d’orchestre), Barry comme guitariste soliste, feu Papa Fatia Kouyaté à la tumba, et Amadou Balakè au chant.

De Mamou, l’aventure m’a conduit au Mali, précisément à Bamako, où j’ai retrouvé Léon Keita de Kouroussa, qui était également musicien, guitariste et chef d’orchestre du Pionnier Jazz de Bamako Koura. À cette époque, d’autres artistes, tels que Mory Kanté, évoluaient au sein du Rail Band. J’ai joué à Bamako et dans plusieurs régions avant de revenir à Conakry.

Guinéenews : Parlons du Super Lion de la gendarmerie nationale, orchestre au sein duquel vous avez été chef d’orchestre, et où vous vous êtes réellement affirmé à la guitare et finalement au chant. Dites-nous comment vous avez intégré cette formation orchestrale ?

Sékou Diabaté : Je suis arrivé au moment où la gendarmerie nationale voulait créer un orchestre exclusivement masculin, puisque l’orchestre féminin, les Amazones, existait déjà.

Un jour, j’ai assisté à une manifestation au kilomètre 36, où le Kakilambé Jazz, l’orchestre fédéral de Conakry 2, assurait l’animation. Presque toute la jeunesse de Coyah était présente ce jour-là. J’ai demandé à l’orchestre de me permettre de jouer, ce qui fut accepté. À la guitare et au chant, j’ai interprété un titre qui a été réclamé quatre fois de suite par le public. J’avoue avoir mis une belle ambiance, et c’est à cette occasion que j’ai été repéré par des autorités de la gendarmerie nationale.

Quelque temps plus tard, un motard de la gendarmerie routière s’est présenté à mon domicile familial à Coyah. J’ai eu peur, mais il a annoncé à mes parents que j’étais convoqué à Conakry par la haute hiérarchie de la gendarmerie nationale. Sur sa moto BMW, nous avons fait le trajet Coyah-Conakry, et il m’a déposé à la gare routière de Bonfi. J’y ai été reçu par le capitaine Noumoukè et l’officier Kègbè, qui supervisait l’orchestre des Amazones et qui était chargé du recrutement des musiciens pour la nouvelle formation.

Deux jours plus tard, je fus présenté à l’état-major de la gendarmerie nationale, dirigé à l’époque par Zoumanigui Kékoura. Sans tarder, il ordonna que l’on m’habille immédiatement avec l’uniforme et que l’on me dote de tout l’équipement réglementaire du soldat. Étonné, j’ai failli protester, mais le pli était déjà pris. Pour la suite, les autorités m’ont fait retourner à Coyah dans mon uniforme afin de solliciter l’accord de mes parents, qui ne se sont pas opposés à cette opportunité.

Guinéenews : On peut donc affirmer que vous êtes membre fondateur de l’orchestre Super Lion de la gendarmerie nationale ?

Sékou Diabaté : Sans risque de me tromper, je suis l’un des membres fondateurs de cet orchestre. C’est par la suite qu’en compagnie de Charles Keita, nous avons recruté Diallo, Ismael Soumah dit « S », Ismael Kassé, Mongolvio, Ibrahima Kouyaté, et feu le lieutenant-colonel « député », entre autres. Au début, nous répétions avec les instruments de l’orchestre des Amazones.

Guinéenews : Avant d’appartenir à cette formation orchestrale relevant de la gendarmerie nationale, est-ce que la formation militaire était obligatoire ?

Sékou Diabaté : Oui, la formation militaire était obligatoire.

Guinéenews : Quelles ont été les différentes étapes de formation que vous avez suivies après votre recrutement en tant que musicien du Super Lion ?

Sékou Diabaté : À l’entame, avec le rythme des répétitions, tout le groupe était enthousiaste, sans deviner ce que la suite nous réservait. Un jour, on nous a informés qu’il était temps d’aller à l’école pour suivre la formation militaire à l’école de Sonfonia. Ce centre venait d’être créé en pleine brousse et ne comportait que des hangars. Une seule promotion y était passée, et nous avons formé la seconde.

Nous avons suivi le tronc commun et toutes les étapes d’un cursus s’étalant sur près de deux ans : l’instruction militaire de base durait six mois, suivie de la formation professionnelle. Avec beaucoup de courage, nous avons obtempéré pour sortir de cette école en qualité de stagiaires.

Guinéenews : Revenons à la musique : vous étiez auparavant guitariste accompagnateur au sein de cette formation. Comment vous êtes-vous retrouvé au chant ?

Sékou Diabaté : Cette mutation est intervenue lors de notre premier enregistrement au studio de la Voix de la Révolution, à Boulbinet. Dans le répertoire proposé, il y avait une chanson que je jouais et chantais, intitulée Révolution. Ce titre a émerveillé toutes les personnes présentes au studio. Malheureusement, notre chanteur titulaire, Ismael Kassé, n’avait pas pu enchaîner les morceaux suivants. C’est ainsi que j’ai directement repris sa place au micro pour terminer le reste du répertoire.

Après mes prestations, feu El Hadj Mangué Soumah, alors chef de studio, m’a suggéré de me consacrer au chant, estimant que je possedais de grandes qualités vocales. Depuis ce jour, je suis resté chanteur.

Guinéenews : Citez-nous quelques titres de vos compositions musicales au sein de cette formation

Sékou Diabaté : Il y en a beaucoup. Je peux citer, entre autres : Révolution, Kiti, Sinafakhè, Khanuya et Talassa.

Guinéenews : Quelles étaient vos sources d’inspiration ?

Sékou Diabaté : Mes sources d’inspiration sont diverses et variées. Je chante l’amour, le vécu…

Guinéenews : Le titre Kiti, littéralement traduit en français, signifie la justice. Pouvez-vous nous détailler la motivation et le contenu de cette chanson ?

Sékou Diabaté : Kiti est tiré d’un fait réel, un cas vécu. J’ai passé six mois à composer ce titre, et j’avoue que je ne donnerai aucune explication quant à sa motivation profonde, si ce n’est peut-être dans l’au-delà. C’est un secret absolu, et j’ai préféré chanter plutôt que de commettre un crime.

Guinéenews : Quels étaient vos principaux atouts au chant, ceux qui vous distinguaient des autres ?

Sékou Diabaté : Je n’ai pas eu la chance d’avoir une voix exceptionnelle comme tant d’autres. Simplement, et c’est reconnu partout où je passe, j’ai toujours chanté avec méthode et rigueur.

Guinéenews : Combien de disques avez-vous produits avec le Super Lion ?

Sékou Diabaté : Sans parler d’albums pour commencer, et si je ne me trompe pas, le Super Lion a produit plus d’une cinquantaine de titres dans les studios de la Voix de la Révolution. Malheureusement, un bon nombre d’entre eux est parti en fumée lors des événements que nous avons tous vécus en 1985.

Nous avons tout de même réalisé près de six albums, chacun comportant une dizaine de titres, voire plus.

Guinéenews : Après plus de cinquante ans de carrière musicale, quel bilan tirez-vous, et quelles sont actuellement vos sources de revenus ?

Sékou Diabaté : La musique m’a apporté énormément de choses. Grâce à elle, j’ai intégré la gendarmerie nationale et je suis aujourd’hui un officier supérieur de l’armée guinéenne à la retraite. J’ai servi de longues années en qualité de commandant de brigade dans plusieurs zones. Je suis père de famille, entouré de grands enfants, et cela m’a également permis de nouer de solides relations humaines.

À la retraite, je bénéficie d’une pension de la gendarmerie nationale et du versement des droits d’auteur, bien que modestes, de la part du BGDA.

Guinéenews : Du haut de vos 78 ans, comment se porte votre santé ?

Sékou Diabaté : Depuis un certain temps, je souffre d’un mal de cœur. C’est l’occasion pour moi de remercier le Président de la République et, à travers lui, le ministre de la Culture, pour avoir fait preuve de compassion envers les artistes en instaurant un système de prise en charge médicale. Grâce à Dieu, je vis encore, et il faut saluer l’appui précieux que m’accordent les autorités en charge de la culture.

Guinéenews : Avez-vous définitivement raccroché, ou nourrissez-vous encore des projets musicaux ?

Sékou Diabaté : J’ai de nombreux projets calés dans les tiroirs. J’ai besoin aujourd’hui d’un soutien financier afin de concrétiser mes toutes dernières inspirations artistiques. Si je trouvais une personne de bonne volonté pour m’accompagner dans la réalisation de ce projet, je puis vous assurer qu’elle ne le regretterait pas.

Guinéenews : Pour nos nombreux lecteurs, dites-nous enfin,  qu’est devenu le commandant Sékou Diabaté ?

Sékou Diabaté : Je suis devenu ce que vous voyez. Je vis encore, je suis bien entouré par ma famille et mes amis, et je me sens à merveille. Par la grâce de Dieu, je suis toujours là.

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guinéenews

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