Dans ce nouveau numéro de votre rubrique « Que sont-ils devenus ? », Guineenews part à la rencontre d’un artiste accompli : Amadou Mouctar Bah. Musicien polyvalent, guitariste, chanteur, auteur-compositeur et interprète, il a su marquer son époque.
Ancien sociétaire du groupe « African Groove » du regretté maître Barry, Amadou Mouctar Bah poursuit aujourd’hui sa passion en tant que fondateur du groupe « SEEFAN », une formation composée de jeunes talents aux horizons variés, mêlant chant et maîtrise instrumentale.
Dans cette interview exclusive, découvrez le parcours inspirant d’Amadou Mouctar Bah : ses débuts dans la musique, les défis qu’il a dû relever et les ambitions qui animent son nouveau projet, SEEFAN.
Une plongée passionnante dans l’univers d’un artiste en constante évolution.
Bonne lecture !
Guineenews : Bonjour M. Bah ! Nous sommes ravis de vous recevoir dans cette rubrique. Pourriez-vous nous raconter comment vous avez fait vos débuts dans le monde musical ?
Amadou Mouctar Bah : Bonjour et merci pour cette invitation. Je suis venu dans la musique très jeune J’avais 7 et 8 ans. Au village, quand j’effectuais mes études coraniques auprès de mon grand-père (paix à son âme), qui m’a apprit le coran, j’ai jugé aussi nécessaire de faire un tour au niveau des Niamakala (musiciens troubadours). J’ai commencé la musique auprès d’eux, pour ensuite atterrir à Dakar, où j’ai commencé la pratique de la musique moderne.
Guinéenews : Après chez les Niamakala, vous êtes parti à Dakar pour la pratique de la musique moderne. Situez-nous sur la suite de votre parcours musical ?
Amadou Mouctar Bah : Arrivé à Dakar, j’ai intégré l’école des Beaux-arts. J’ai joué en compagnie du ‘’Star Band Kassé’’ de Dakar avec Ibro Kassé. J’ai également évolué avec plusieurs artistes ‘’requins de studio’’, notamment Seydina Issa Wade, Oumar Sow, Idrissa Diop.
C’est au Sénégal, que j’ai aiguisé mes armes. J’ai aussi joué dans les orchestres ‘’Damels de Dakar’’, ‘’Kolobane Express’’, un groupe de jazz, avec Cheick Tidane Tall, qui était un chevronné musicien (paix à son âme). J’ai appartenu un moment au ‘’Super Etoile 2’’ de Youssou N’Dour. J’ai eu des contacts très serrés avec ces artistes de grandes renommées tels Youssou N’Dour, feu Thone Balago Seck, Baba Maal et autres.
L’aventure a continué. A Abidjan, j’ai joué avec l’orchestre de la RTI (Radiotélévision Ivoirienne), et avec pas mal d’orchestres dans le continent. J’ai joué dans plusieurs clubs de jazz.
Au Sénégal, j’ai gagné un prix lors d’un concours de musique organisé par des structures de la place, et c’est après l’obtention de ce prix, que mon père s’est trouvé les moyens de m’offrir ce tour mondial, cette aventure musicale en Afrique, en Europe, aux Etats-Unis…
J’ai été un requin de studio, partout où, je suis passé, et en somme, je comptabilise aujourd’hui 40 ans de musique.
Guinéenews : Vous êtes issu d’une famille reconnue dans le monde des affaires, pourtant vous avez choisi une voie différente en vous lançant dans la musique. Qu’est-ce qui a motivé ce choix de carrière plutôt que de suivre les traces de votre père ?
Amadou Mouctar Bah : Pour être bref, je dirais que lorsqu’un père est maçon, il est souhaitable que le fils soit menuisier ou exerce un autre métier complémentaire. Ainsi, ils se complètent dans le travail. Mais la musique a été mon choix.
Guinéenews : Vos parents se sont-ils opposés à votre vocation musicale ?
Amadou Mouctar Bah : Oui, surtout ma mère. Aujourd’hui, avec l’âge, elle n’a plus vraiment le choix. C’est d’ailleurs à cause de ses réticences que je n’ai pas encore produit d’album jusqu’ici. Maintenant, je suis prêt à le faire, ne serait-ce que pour la postérité.
Guinéenews : Vous êtes aujourd’hui considéré comme l’un des interprètes les plus talentueux de la scène guinéenne et internationale. Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Amadou Mouctar Bah : Très tôt, j’ai puisé mon inspiration dans le folk, le gospel, le jazz et la country. Mais je m’appuie surtout sur la musique traditionnelle et pastorale du Fouta Djallon, qui constitue le socle de mon apprentissage. Actuellement, je travaille sur un métissage musical guinéen, axé sur le Pular, avec l’intention de m’ouvrir au monde. Je pense qu’un bon chanteur doit avant tout être un excellent interprète.
Guinéenews : Maîtriser à la fois la guitare et le chant n’est pas donné à tout le monde. Comment avez-vous acquis cette double compétence ?
Amadou Mouctar Bah : Écoutez, j’ai commencé par l’harmonica, puis l’accordéon, le clavier, la batterie, et ainsi de suite. Ce n’est qu’après que je suis revenu à la guitare. J’ai jugé utile de m’y mettre, car je m’étais rendu compte que, lorsque je chantais, mes accompagnateurs ne jouaient pas toujours les accords conformes à ma voix ou à l’interprétation que je voulais donner. J’ai donc préféré m’accompagner moi-même. Cela simplifie les choses, tant pour moi que pour les autres musiciens : quand je joue et chante, ils comprennent immédiatement où je veux aller.
Guinéenews : Au-delà du groupe African Groove, avez-vous collaboré avec d’autres formations guinéennes ?
Amadou Mouctar Bah : Oui, j’ai évolué au sein du ‘’Télé Jazz’’, l’orchestre fédéral de Télémélé. C’était à l’époque du regretté Talibè Traoré, d’Abdoulaye Breveté, ainsi que des défunts Lamarana Tumba et Aly ‘’Kania’’ Bangoura. C’était la belle époque de cette formation.
Guinéenews : Avez-vous également travaillé avec d’autres artistes de la place ?
Amadou Mouctar Bah : J’ai accompagné de nombreux jeunes artistes et j’ai participé à la conception de plusieurs de leurs maquettes et albums en studio. Depuis mon retour à Conakry, j’ai travaillé avec près d’une cinquantaine d’artistes, et je continue de collaborer avec tous ceux qui me sollicitent.
Guinéenews : Ancien membre du groupe African Groove, vous dirigez désormais l’orchestre ‘’SEEFAN’’. Que signifie ce nom et quel est l’historique de ce groupe composé d’artistes polyvalents ?
Amadou Mouctar Bah : ‘’SEEFAN’’, en langue soussou, signifie ce qu’il y a de meilleur, la crème de la crème. C’est la chose parfaite, le beau et le bon.
L’historique remonte au temps du regretté Maître Barry Mamadou. À mon arrivée, je jouais dans un coin avec quelques musiciens lorsque Maître Barry m’a découvert et sollicité pour rejoindre son groupe. L’embryon du groupe SEEFAN existait déjà. Je suis donc entré chez African Groove où il m’a demandé de rester pour assurer les arpèges, le groupe n’ayant pas de pianiste.
Après le décès de Maître Barry, j’ai choisi de créer ma propre structure pour contribuer à l’évolution de la musique guinéenne. Je ne dis pas que la scène actuelle n’avance pas –les jeunes se débrouillent tant bien que mal-mais je souhaite proposer une musique différente, plus élaborée. Avec mon expérience et mes outils de travail, tant que ma santé me le permet, je compte transmettre mon savoir à travers ce groupe. Un adage wolof dit : ‘’Si tu as beaucoup appris et que tu ne transmets rien, le jour de ta mort, tout disparaît avec toi’’. Il faut donc transmettre ce que l’on a appris pour que cela serve aux autres, même après notre passage sur terre.
Guinéenews : Quels sont les projets à venir pour le groupe SEEFAN ?
Amadou Mouctar Bah : Nous avons de nombreux projets. Nous venons d’obtenir un espace culturel appelé ‘’La Forêt Chez Nous’’, en collaboration avec Ousmane Diakité, mon coproducteur.
Notre ambition est d’aider les nouveaux talents à émerger. De l’accompagnement musical à la production, nous souhaitons inculquer à la jeunesse cette culture du métissage. Nous maîtrisons nos rythmes locaux ; le mariage avec d’autres cultures est donc tout indiqué. Je revisite des titres célèbres comme ‘’Djéré lélé’’, ‘’56’’ ou ‘’Maouloudou’’ dans des versions teintées de jazz. Pourquoi pas ‘’Balakè’’ ou ‘’Toubaka’’ également ? Un auditeur américain qui m’écouterait, par exemple, y retrouverait des résonances qui lui sont familières.
Guinéenews : Vous aspirez donc à une carrière sur la scène internationale ?
Amadou Mouctar Bah : C’est effectivement l’un des objectifs majeurs de SEEFAN. J’invite la nouvelle génération à s’approprier cette structure, dédiée à redynamiser les valeurs théoriques et musicales de notre pays.
Guinéenews : Quelles sont vos relations aujourd’hui avec les anciennes gloires de la musique guinéenne ?
Amadou Mouctar Bah : Je garde d’excellentes relations avec les anciennes gloires, notamment Sékou Diabaté ‘’Bembeya’’, Sékouba Diabaté (le chanteur du Super Lion de la Gendarmerie nationale qui nous a d’ailleurs gratifiés d’un live sur son célèbre titre ‘’Kiti’’), Mamadou Camara ‘’MC’’, Rizo Bangoura et plusieurs artistes de la génération intermédiaire. Je salue au passage Yaya Bangoura ‘’El Bangou’’, qui n’hésite pas à nous faire un clin d’œil lors de nos soirées.
Guinéenews : Pour conclure cet entretien, quel message souhaiteriez-vous adresser aux jeunes talents en devenir ?
Amadou Mouctar Bah : Aux jeunes artistes, je dirais de se mettre au travail, de choisir la bonne voie et de véhiculer des messages instructifs. Je les encourage vivement à jouer en live, à répéter sans relâche et à ne pas se reposer uniquement sur les nouvelles technologies en studio. Seul le travail rigoureux leur permettra d’atteindre les sommets.
Entretien réalisé par LY Abdoul

