Considéré comme l’un des plus importants piliers de l’économie rurale, l’élevage est aujourd’hui à la croisée des chemins. Le secteur traverse une période de profonde mutation. Dans plusieurs zones réputées pastorales, les troupeaux sont de plus en plus rares. Dans les marchés à bétail, l’ambiance n’est plus la même. La jeune génération quant à elle se détourne de l’activité. Et plus inquiétant, on assiste au recul progressif d’un secteur clé qui a longtemps nourri, employé et structuré même la vie économique et sociale des familles entières.
Analyse d’une situation aux multiples facettes et aux conséquences encore très mal évaluées.
Une activité autrefois au cœur de la vie socio-économique du monde rural
Pendant plusieurs décennies, l’élevage a été au centre de l’organisation de la vie économique et sociale dans les milieux ruraux.
Avoir un troupeau était synonyme de prestige et de sécurité.
L’activité permettait non seulement de financer les cérémonies de famille, la scolarisation des enfants, les soins médicaux mais elle assurait aussi et surtout les investissements agricole ou commercial.
L’on se rappelle encore qu’à l’occasion des mariages dans le Fouta, la mariée était dotée le plus souvent d’une vache dont elle avait la responsabilité de prendre soin et de perpétuer l’activité. Dans la plupart des cas la venue de son premier enfant coïncidait à la mise bas de l’animal. Et le lait permettait la prise en charge du nouveau-né.
A l’occasion aussi des grandes sacrifices, de certaines fêtes, ou lorsqu’on recevait des hôtes de marques, le visiteur repartait dans la plupart part du temps avec une vache, une chèvre ou un coq selon les moyens à bord ou de la personne hôte.
Une réalité qui s’estompe peu à peu dans le Fouta en général et particulièrement à Lélouma.
Des troupeaux de moins en moins nombreux
Dans plusieurs villages, les enclos autrefois remplis ne comptent plus qu’un nombre limité d’animaux. Les grands éleveurs ont disparus et n’ont pas laissé de relève véritable.
La conduite des troupeaux demande de la patience, de la disponibilité et une présence permanente sur le terrain.
Des contraintes qui séduisent de moins en moins une jeunesse en quête d’autres perspectives.
Aujourd’hui à Lélouma il est difficile de voir un éleveur avec une centaine de tête à son actif. Cette diminution est particulièrement visible sur les marchés à bétail.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que, dans la zone, la viande est devenue introuvable.
L’exode des jeunes, un élément n essentiel de fragilisation
Attirés par les centres urbains, la migration internationale, le commerce ou les activités minières, beaucoup abandonnent les métiers traditionnels.
Les éleveurs sont vieillissants et la relève qui subsiste encore peine à émerger.
D’autres part encore dans certaines localités, les espaces traditionnellement réservés au pâturage se réduisent. La cohabitation entre éleveurs et agriculteurs provoquent aussi des tensions parfois récurrentes.
Un impact économique encore sous-estimé
Examiner de très près, on comprend largement que la disparition progressive de ces troupeaux fait vaciller toute l’économie locale. Bien qu’au centre, les éleveurs ne sont pas les seuls victimes. C’est toute la chaîne économique locale qui est s’effrite.
Avec le recul de l’élevage, ce sont les vendeurs de bétail, les bouchers, les transporteurs d’un côté qui sont sans activité. De l’autre, ce sont les restaurateurs, les artisans travaillant le cuir qui sont privés de leur principale source de revenus.
A terme, c’est une partie très importante de l’économie locale qui s’affaiblit.
Une culture et identité en souffrance
Par ailleurs, au delà de l’économie, l’élevage constitue un héritage culturel. Dans plusieurs communautés l’élevage traditionnel est savoir-faire qui a longtemps façonné les traditions et les modes de vie. Les troupeaux occupent encore une place symbolique forte dans les cérémonies, les alliances familiales et la vie sociale.
Le recul de cette activité pose donc également la question de la préservation d’un patrimoine immatériel.
Malgré toutes ces difficultés, des éleveurs moins nombreux y tiennent encore et sont vents debout pour sauver ce savoir faire ancestral.
Mais à l’allure où vont les choses, si rien n’est entrepris pour accompagner cette mutation, certaines terres pastorales pourraient voir disparaître une activité qui a longtemps constitué leur identité et leur richesse.

