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𝗙𝗼𝗻𝗱𝘀 𝗱𝗲 𝗚𝗮𝗿𝗮𝗻𝘁𝗶𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗣𝗿ê𝘁𝘀 𝗮𝘂𝘅 𝗘𝗻𝘁𝗿𝗲𝗽𝗿𝗶𝘀𝗲𝘀 : 𝗰𝗲 𝗾𝘂’𝗶𝗹 𝗳𝗮𝘂𝘁 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗿𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲…

Dès qu’il est question d’argent public, la même exigence s’impose : transparence, redevabilité et résultats. Le Fonds de Garantie des Prêts aux Entreprises (FGPE) n’échappe pas à cette règle. Mais pour juger son efficacité avec sérieux, encore faut-il comprendre ce qu’est un fonds de garantie, comment fonctionne la Garantie Partielle de Portefeuille (GPP), le mécanisme au cœur de son intervention.

𝗨𝗻 𝗳𝗼𝗻𝗱𝘀 𝗱𝗲 𝗴𝗮𝗿𝗮𝗻𝘁𝗶𝗲 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝘂𝗻𝗲 𝗯𝗮𝗻𝗾𝘂𝗲. C’est un outil de politique publique conçu pour faciliter l’accès au financement, en prenant en charge une partie du risque que les institutions financières hésitent parfois à assumer seules.

Créé par décret présidentiel, le Gouvernement guinéen à travers le FGPE reçoit en 2021 l’appui de la Banque mondiale pour rendre le fonds opérationnel et le doter d’un mécanisme de GPP avec une dotation initiale de 5,5 millions de dollars et une assistance technique financée dans le cadre du projet PRECOP.

L’objectif est simple : aider les institutions financières à prêter davantage aux PME, en partageant avec elles une partie du risque de non-remboursement. Autrement dit, 𝗹𝗲 𝗙𝗚𝗣𝗘 𝗻𝗲 𝘀𝗲 𝘀𝘂𝗯𝘀𝘁𝗶𝘁𝘂𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝗮𝘂𝘅 𝗶𝗻𝘀𝘁𝗶𝘁𝘂𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗶𝗲̀𝗿𝗲𝘀 ; il cherche à les encourager à financer des entreprises qu’elles auraient parfois jugées trop risquées.

C’est dans cette logique qu’intervient la GPP. Derrière ce terme technique se trouve un mécanisme désormais largement utilisé dans plusieurs pays : il permet de garantir non pas un prêt isolé, mais un ensemble de crédits accordés selon des critères définis à l’avance. Son intérêt est de combiner rapidité, discipline financière et maîtrise des risques.

Concrètement, 𝗹𝗲 𝗙𝗚𝗣𝗘 𝗲𝗻 𝘁𝗮𝗻𝘁 𝗾𝘂’é𝘁𝗮𝗯𝗹𝗶𝘀𝘀𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗶𝗲𝗿 𝘀𝗽é𝗰𝗶𝗮𝗹𝗶𝘀é 𝗮𝗴𝗿éé 𝗽𝗮𝗿 𝗹𝗮 𝗕𝗖𝗥𝗚, 𝗻𝗲 𝗽𝗿𝗲̂𝘁𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝗱𝗶𝗿𝗲𝗰𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗮𝘂𝘅 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲𝗽𝗿𝗶𝘀𝗲𝘀. Il couvre une partie des pertes éventuelles si certains emprunteurs ne remboursent pas leur crédit.

𝗣𝗼𝘂𝗿𝗾𝘂𝗼𝗶 𝗮𝘃𝗼𝗶𝗿 𝗰𝗵𝗼𝗶𝘀𝗶 𝗰𝗲𝘁𝘁𝗲 𝗳𝗼𝗿𝗺𝘂𝗹𝗲 𝗽𝗹𝘂𝘁ô𝘁 𝗾𝘂’𝘂𝗻𝗲 𝗴𝗮𝗿𝗮𝗻𝘁𝗶𝗲 𝗶𝗻𝗱𝗶𝘃𝗶𝗱𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲, 𝗱𝗼𝘀𝘀𝗶𝗲𝗿 𝗽𝗮𝗿 𝗱𝗼𝘀𝘀𝗶𝗲𝗿 ?

Parce qu’elle va plus vite et qu’elle responsabilise les banques. Dans une GPP, les prêts qui respectent les critères fixés dans la convention entre le fonds et l’établissement financier entrent automatiquement dans le portefeuille garanti, on parle alors du principe d’automaticité. 𝗟𝗲 𝗙𝗚𝗣𝗘 𝗻𝗲 𝘀é𝗹𝗲𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲 𝗱𝗼𝗻𝗰 𝗽𝗮𝘀 𝗹𝗲𝘀 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲𝗽𝗿𝗶𝘀𝗲𝘀 à 𝗹𝗮 𝗽𝗹𝗮𝗰𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗯𝗮𝗻𝗾𝘂𝗲𝘀. Celles-ci restent responsables de l’analyse des dossiers, de l’octroi des crédits, du suivi des clients et du recouvrement.

Un autre principe est déterminant : la garantie silencieuse. L’entreprise n’est pas nécessairement informée que son prêt bénéficie d’une couverture partielle du fonds. Ce choix n’est pas anodin. Il vise à éviter l’aléa moral, c’est-à-dire le risque qu’un emprunteur se sente moins obligé de rembourser parce qu’il pense que l’État ou un fonds public assumera les conséquences. Pour l’entreprise, le crédit demeure donc un engagement ferme envers sa banque.

L’expérience guinéenne montre pourquoi ces précautions sont nécessaires. Les difficultés observées dans certains mécanismes publics de financement, notamment le FAGIEE, rappelle qu’une confusion entre crédit remboursable et aide publique peut affaiblir la culture du remboursement. C’est précisément pour éviter cette dérive que les dispositifs modernes de garantie maintiennent les banques au centre de la relation avec les emprunteurs.

Le partage du risque reste toutefois encadré. La quotité de garantie détermine la part du crédit couverte par le fonds en cas de défaut. Selon les guichets, les paramètres initiaux prévoyaient un partage de 50/50 ou de 70/30

Autre notion clé : l’effet de levier. L’idée est qu’un montant limité de ressources publiques peut permettre de mobiliser un volume beaucoup plus important de crédits bancaires. La GPP a été conçue avec un multiplicateur initial de x2, pouvant évoluer jusqu’à x3 selon la performance du portefeuille. Avec une garantie couvrant 50 % du risque, 1 GNF immobilisé dans le fonds peut soutenir jusqu’à 4 GNF de crédits accordés par les banques.

Le système prévoit également un garde-fou : le stop-loss. Il s’agit d’un plafond de pertes que le fondsp accepte de couvrir sur un portefeuille donné. Si ce seuil est atteint, les nouvelles inscriptions peuvent être suspendues et les conditions de couverture revues. Le but est clair : protéger la viabilité financière du fonds et éviter une accumulation incontrôlée des pertes.

La confiance ne suffit pas. Pour qu’une GPP fonctionne, il faut des contrôles. Des audits financiers et techniques doivent vérifier le respect des procédures, des critères d’éligibilité et la qualité de gestion du portefeuille. Ces exigences correspondent aux standards internationaux de bonne gouvernance et devraient, chaque fois que possible, donner lieu à des résultats accessibles au public.

Dès lors, la bonne question n’est pas seulement de savoir combien d’entreprises disent avoir reçu un financement. Dans un système de garantie silencieuse, cet indicateur peut même être trompeur. Les vraies questions sont ailleurs : Quel volume de financement les banques ont-elles mobilisé ? Combien d’entreprises ont effectivement accédé au crédit grâce au mécanisme ? Combien d’appels en garantie ont été enregistrés ? Quel est le taux de défaut ?

Ces indicateurs sont décisifs. Ils permettent de mesurer la qualité des portefeuilles garantis, mais aussi la performance des institutions financières participantes dans la sélection, le suivi et le recouvrement des crédits. Un faible niveau d’appels en garantie, combiné à un volume important de crédits mobilisés, peut signaler un mécanisme performant. À l’inverse, une hausse des défauts peut révéler des faiblesses dans l’analyse des risques ou dans le suivi des emprunteurs.

Au regard des enjeux du projet Simandou, le véritable débat devrait porter sur le renforcement du FGPE, notamment à travers l’augmentation de ses dotations et le développement de ses capacités opérationnelles afin d’assurer un meilleur accompagnement des institutions financières. Bien structuré et efficacement mobilisé, un fonds de garantie constitue un levier puissant pour faciliter l’accès au financement et soutenir durablement le secteur privé.

Mamadou Saliou Diao Baldé

Expert en financement des PME

Email : baldemamsal@gmail.com

Whatsapp : +33 6 88 91 88 90

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