Au cœur de cette affaire se trouve Moussa Kanté, candidat de l’Union pour la Défense des Intérêts Républicains (UDIR), qui accuse ouvertement plusieurs responsables du GMD (Guinée pour la Modernité et le Développement) d’avoir tenté d’influencer le déroulement de l’élection du maire.
Dans un entretien accordé à Guinéenews, il affirme que le processus électoral a été marqué, selon lui, par des tentatives d’ingérence, des pressions politiques, des propositions qu’il assimile à une tentative de corruption, ainsi que des actes d’intimidation ayant, à ses yeux, compromis le bon déroulement de la session.
Un scrutin qui n’a jamais véritablement commencé
Selon Moussa Kanté, les premiers désaccords sont apparus dès l’ouverture de la session du 3 juillet.
Le candidat de l’UDIR explique que les débats ont rapidement porté sur la participation de certains conseillers au vote. Il soutient que plusieurs responsables voulaient permettre à certains élus de voter selon une interprétation des textes qu’il considère contraire aux dispositions légales.
Face à ce qu’il qualifie de violation de la loi, son camp affirme avoir refusé de cautionner le processus, provoquant une suspension de fait de la séance.
Le lendemain, poursuit-il, 22 des 23 conseillers communaux étaient présents, ce qui constituait, selon lui, un quorum largement suffisant pour organiser l’élection. Mais, une nouvelle fois, aucun vote n’a pu intervenir.
« Ils voulaient que je renonce »
Le candidat de l’UDIR affirme ensuite avoir fait l’objet de plusieurs démarches destinées à le convaincre de retirer sa candidature.
Selon son récit, des interlocuteurs lui auraient demandé de « laisser la place », en lui promettant qu’une solution lui serait proposée ultérieurement.
« Je n’ai pas été choisi par moi-même. Ce sont les conseillers qui m’ont porté candidat. Je ne pouvais pas abandonner ceux qui m’ont accordé leur confiance », explique-t-il.
Il affirme également que le nom du président de la République ainsi que celui de sa sœur auraient été évoqués afin de le persuader de revenir sur sa décision.
Le nouveau maire de Kankan et un député mis en cause
Moussa Kanté affirme avoir aperçu sur les lieux plusieurs personnalités politiques, parmi lesquelles Lamine Labo Kourouma, récemment élu maire de la commune urbaine de Kankan, ainsi que le député Salimou Kisma Fofana.
Selon lui, leur présence dans une élection relevant des seuls conseillers communaux de Tintioulén constitue une ingérence dans un processus qui devait demeurer exclusivement local.
Il estime que cette implication aurait contribué à accroître les tensions plutôt qu’à favoriser un dénouement.
Une erreur administrative devenue un nouveau point de discorde
Autre épisode dénoncé par le candidat : l’erreur figurant sur sa carte d’électeur.
Son document porterait le nom de « Moussa Konaté » au lieu de « Moussa Kanté », alors que sa photographie, sa date de naissance et les autres éléments d’identification correspondent à son identité.
Selon lui, cette simple erreur matérielle a servi de motif pour lui interdire l’accès à la salle de vote.
Des accusations de violences
Le récit de Moussa Kanté prend ensuite une tournure plus grave.
Il affirme qu’après avoir quitté Tintioulén pour informer les autorités à Kankan, il aurait été poursuivi sur la route, intercepté puis immobilisé.
Selon ses déclarations, un militaire aurait braqué son arme dans sa direction avant qu’il ne soit conduit de force dans un véhicule.
Il affirme également avoir été frappé, ses vêtements déchirés, tandis que son téléphone portable lui aurait été retiré.
Toujours selon son témoignage, les vidéos qu’il avait enregistrées auraient été supprimées avant qu’il ne retrouve sa liberté.
À ce stade, ces allégations n’ont fait l’objet d’aucune confirmation officielle.
Les responsables rejettent les accusations
Sollicité par Guinéenews, Lamine Labo Kourouma réfute catégoriquement les accusations portées contre lui.
Le nouveau maire de Kankan estime que ceux qui le mettent en cause doivent désormais produire des preuves.
« Que ceux qui m’accusent apportent les preuves de ce qu’ils avancent », peste_t_il.
Même position du côté du député Salimou Kisma Fofana, qui balaie d’un revers de main les accusations formulées contre lui.
Selon lui, sa présence à Tintioulén relevait uniquement de son rôle d’élu de la préfecture de Kankan.
« J’ai été élu pour protéger les citoyens de Kankan, pas pour leur porter préjudice. Les habitants de Tintioulén sont, au même titre que ceux des autres localités de la préfecture, des citoyens que je représente. Il est de mon devoir de m’intéresser à leurs préoccupations lorsque des difficultés surviennent. »
Le parlementaire rejette toute accusation d’intimidation, de pression ou de tentative de corruption.
Une crise qui dépasse désormais le simple choix d’un maire.
Au-delà des accusations et des démentis, une réalité demeure : Tintioulén est toujours sans maire.
Ce qui apparaissait au départ comme un simple différend politique est progressivement devenu une affaire mêlant accusations d’ingérence, contestation de procédures, allégations de violences et appels au respect de la légalité.
À ce jour, aucune autorité administrative ou judiciaire ne s’est officiellement prononcée sur les faits dénoncés par le candidat de l’UDIR.
Dans l’attente d’éventuelles suites, les populations de Tintioulén restent suspendues à l’issue d’un processus qui, loin de se limiter au choix d’un maire, pose désormais la question de la sérénité et de la transparence des élections communales.

