Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) lance une offensive contre les atteintes à l’environnement. Dans un communiqué publié ce jeudi, il annonce l’ouverture d’une enquête préliminaire sur des faits présumés de destruction de mangroves, d’occupation illégale des domaines maritimes de l’État et de pollution, sur fond de soupçons de corruption et d’autres infractions économiques.
Cette procédure fait suite à une dénonciation enregistrée le 1er juillet 2026, renforcée par plusieurs autres signalements faisant état de graves dégradations environnementales. Selon le parquet spécial, les investigations portent notamment sur la destruction de mangroves, de bras de mer et de plaines cultivables, ainsi que sur le déversement de produits toxiques susceptibles de porter atteinte à la santé des populations.
Les faits présumés concernent plusieurs quartiers du Grand Conakry, notamment Yimbaya Faban, Matoto Centre, Sangoyah, Kissosso, Entag, Tombolia N’Tapan, Dabompa, Lansanayah, Kountia, Kobayah, Sonfonia et Kagbélén. L’enquête s’étend également aux préfectures de Dubréka, Coyah, Forécariah, Boké et Boffa.
D’après le communiqué, ces atteintes auraient été facilitées par des pratiques présumées de corruption impliquant certains agents des services chargés de l’environnement, de l’urbanisme et de l’habitat. Le parquet évoque également des faits susceptibles d’être qualifiés de concussion, d’enrichissement illicite, de faux et usage de faux, de blanchiment de capitaux, de prise illégale d’intérêts et de complicité.
La CRIEF rappelle que les atteintes graves à l’environnement et à la santé publique relèvent de sa compétence dès lors qu’elles sont de nature à compromettre l’ordre public économique. Elle souligne en outre que plusieurs personnes auraient contourné la réglementation relative aux lotissements afin d’occuper illégalement des zones protégées, en violation des dispositions encadrant l’urbanisme et l’aménagement du territoire.
Dans le cadre de cette procédure, le procureur spécial a instruit l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) et la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) de mener une vaste série d’auditions. Les enquêteurs devront notamment entendre les responsables communaux de l’urbanisme et de l’habitat, les chefs de quartiers concernés, les autorités ayant délivré des permis de construire litigieux, ainsi que toute personne impliquée dans l’occupation des mangroves, des bras de mer ou des domaines maritimes de l’État.
Les investigations porteront également sur les autorisations ayant permis l’implantation d’industries, d’usines, de carrières ou d’autres installations susceptibles de présenter des risques pour l’environnement et la santé publique. Elles s’intéresseront aussi aux cas présumés de pollution liés au déversement de substances dangereuses dans les zones concernées.
Pour mener à bien cette enquête, le parquet spécial indique avoir sollicité le concours de plusieurs institutions, notamment le parquet général près la Cour d’appel de Conakry, les parquets des tribunaux de Mafanco et de Dixinn, la Gendarmerie nationale, la Police nationale, les services de l’environnement, ceux de l’urbanisme ainsi que les autorités administratives locales.
Enfin, une mission de terrain dirigée par le procureur spécial et ses substituts est annoncée. Elle aura pour objectif de constater les dégradations dénoncées, d’en évaluer l’ampleur et d’établir les responsabilités des personnes susceptibles d’être poursuivies dans cette affaire.

