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Patrimoine culturel : la Guinée lance un vaste programme national de recensement, de documentation et de numérisation

La Guinée a officiellement lancé le Programme national de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine culturel, une initiative ambitieuse destinée à doter le pays de sa première base scientifique et numérique consacrée à son héritage culturel.

La cérémonie, riche en symboles, a été présidée par le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat en présence des représentants du corps diplomatique, des chercheurs, des universitaires, des partenaires techniques et financiers ainsi que des acteurs culturels venus des quatre régions naturelles.

L’événement a débuté par la signature d’une convention de partenariat entre le Centre d’innovation et de recherche pour le développement (CIRD) et l’Académie des sciences de Guinée, marquant la volonté de placer la recherche scientifique au cœur de la préservation du patrimoine national.

Les interventions des représentants des quatre coordinations régionales, accompagnées des prestations artistiques des troupes culturelles de la Basse Guinée, de la Moyenne Guinée, de la Haute Guinée et de la Guinée forestière, ont illustré la richesse et la diversité du patrimoine guinéen que ce programme entend inventorier, documenter et transmettre aux générations futures.

Dans son allocution de bienvenue, la présidente du Conseil d’administration du CIRD, Dr Saffiatou Diallo, a souligné que cette initiative répond à une nécessité historique : celle de doter la Guinée d’une véritable politique culturelle fondée sur des données fiables.

Selon elle, il est impossible de protéger, de valoriser ou de transmettre un patrimoine qui n’est ni identifié ni documenté. Elle a présenté l’ambition du programme comme la construction de « la première mémoire scientifique et numérique du patrimoine guinéen », élaborée avec les communautés et destinée à servir aussi bien les décideurs publics que les chercheurs, les enseignants, les étudiants, les collectivités locales et les acteurs culturels.

Plus loin, dans le 2e pilier du projet, Dr Safiatou a indiqué qu’il y a de nombreux éléments du patrimoine qui sont menacés : « On ne dira jamais assez que la Guinée possède un patrimoine culturel exceptionnel mais une grande partie demeure insuffisamment documentée. De nombreux sites, monuments, objets, traditions orales, savoir-faire et expressions culturelles sont aujourd’hui menacés par le temps, les mutations sociales et la disparition progressive des détenteurs de ces connaissances. »

Prenant la parole au nom de l’Académie des sciences de Guinée, le Pr Mamadou Aliou Baldé, président de l’institution, a rappelé les efforts consentis après l’indépendance pour promouvoir la culture guinéenne, avant d’évoquer les périodes de recul qui ont suivi. Saluant l’engagement de la jeune génération, il s’est dit convaincu que cette initiative constituera un héritage durable pour la Guinée de 2040 et du centenaire de l’indépendance en 2058. Il a rassuré de l’implication totale de l’Académie des sciences, notamment à travers son collège des sciences humaines, sociales, des arts et de la culture, afin d’accompagner scientifiquement ce vaste chantier national.

Clôturant la cérémonie, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a qualifié ce programme d’étape majeure dans la mise en œuvre de la vision de développement portée par les autorités guinéennes. Inscrit dans le programme Simandou 2040, notamment en son pilier 2, le projet vise à faire de la culture un levier de souveraineté, d’éducation, de cohésion sociale et de développement économique.

Pour le ministre, un patrimoine non documenté est un patrimoine condamné à disparaître. Il a insisté sur l’urgence de recueillir les savoirs détenus par les anciens, avant que ceux-ci ne s’éteignent, tout en soulignant que les technologies numériques et l’intelligence artificielle ne remplaceront jamais la mémoire vivante, mais contribueront à sa préservation.

Évoquant la coopération culturelle avec la France, Moussa Moïse Sylla a également rappelé les démarches entreprises en faveur de la restitution des biens culturels guinéens conservés à l’étranger. Il a insisté sur la nécessité de produire des recherches scientifiques solides afin de favoriser l’inscription de plusieurs expressions culturelles guinéennes, notamment la Mamaya et le Kania Soli, sur les listes du patrimoine immatériel de l’UNESCO.

À travers ce programme, la Guinée entend désormais constituer une véritable cartographie de son patrimoine matériel et immatériel, documenter ses traditions, ses sites historiques, ses œuvres et ses savoirs, afin de préserver son identité, renforcer son rayonnement culturel et transformer ce patrimoine en un véritable moteur de développement économique et touristique.

Au-delà d’un simple projet de sauvegarde, ce lancement marque ainsi le début d’un chantier national destiné à transmettre aux générations futures la mémoire collective d’un peuple dont la richesse culturelle constitue l’un des fondements essentiels de son identité.

 

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