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Aviculture : une stratégie de 140 millions de dollars pour transformer la filière

Le ministère de l’Élevage a lancé, ce lundi 29 juin à Conakry, un atelier de deux jours consacré à la présentation et à la validation de la Stratégie nationale de développement de la filière avicole. Réunissant autorités gouvernementales, partenaires techniques et financiers, institutions bancaires ainsi que les professionnels du secteur, cette rencontre ambitionne de définir les leviers devant permettre à la Guinée de bâtir une filière avicole moderne, compétitive et capable de répondre à la demande nationale.

Dans son intervention, le chef de cabinet du ministère de l’Élevage, Mohamar Sanfang Cissé, a rappelé que la filière avicole constitue désormais un levier majeur de transformation économique, de création d’emplois, de souveraineté alimentaire et de lutte contre la pauvreté.

Selon lui, cet atelier s’inscrit dans la dynamique de transformation impulsée par le président Mamadi Doumbouya, à travers le programme Simandou 2040, qui entend accélérer l’industrialisation du pays et renforcer les chaînes de valeur nationales.

« Durant ces deux jours, nous aurons l’occasion d’échanger sur les enjeux, les défis, les opportunités d’investissement, les mécanismes de financement, les solutions assurantielles ainsi que les modèles de réussite capables d’inspirer notre action collective », a-t-il déclaré.

Une filière à fort potentiel mais encore dépendante des importations

Présentant les grandes lignes de la stratégie, la secrétaire générale du ministère de l’Élevage, Halimatou Sirandou Diallo, a dressé un état des lieux contrasté de la filière.

La Guinée compte aujourd’hui plus de 25,2 millions de volailles, mais seulement 7 % relèvent de l’élevage moderne semi-intensif. Malgré ce potentiel, le pays demeure fortement dépendant des importations de produits avicoles, notamment des poulets congelés.

Elle a précisé que la filière est présente sur toute l’étendue du territoire, avec une concentration de 30 % en Basse-Guinée, 28 % en Haute-Guinée, 25 % en Moyenne-Guinée et 17 % en Guinée forestière.

Le diagnostic réalisé dans le cadre de cette stratégie met en évidence plusieurs contraintes majeures : la dépendance aux intrants importés, l’accès difficile au financement, les maladies aviaires, la faible structuration des organisations professionnelles et la concurrence des produits importés.

Parmi les intrants importés figurent notamment les poussins d’un jour, les œufs à couver, les aliments concentrés, les prémix, les vaccins, mais aussi le maïs, qui représente à lui seul environ 60 % de l’alimentation des volailles.

Avec une production actuelle estimée à 28 000 tonnes de viande de poulet et 145 000 tonnes d’œufs de consommation, les besoins du secteur atteignent près de 210 000 tonnes de maïs, d’où la nécessité, selon elle, de développer fortement cette culture au niveau national.

Autre défi majeur : les importations de plus de 70 000 tonnes de poulets congelés par an, évaluées à plus de 88 millions d’euros, qui exercent une forte pression sur les producteurs locaux.

Objectif : l’autosuffisance à l’horizon 2030

Pour inverser cette tendance, la stratégie repose sur quatre axes prioritaires : l’amélioration de la productivité des chaînes de valeur, le renforcement des capacités des acteurs, la modernisation des fonctions régaliennes, notamment en matière de biosécurité et de santé animale, ainsi que la mobilisation des investissements.

À terme, les autorités ambitionnent d’atteindre l’autosuffisance en produits avicoles, de réduire les importations, d’améliorer les revenus des producteurs et de favoriser l’insertion économique des jeunes et des femmes.

Les retombées attendues sont importantes, avec la création de 250 000 emplois directs et 350 000 emplois indirects, tout en contribuant à la lutte contre la malnutrition infantile et à la valorisation des fientes en engrais organiques.

Les banques appelées à innover

Intervenant au nom de VISTAGUI, Alhassane Yattara a assuré que son institution souhaite accompagner cette transformation. Il a estimé que la filière avicole représente une véritable opportunité pour renforcer la souveraineté alimentaire et créer de la valeur tout au long de la chaîne, de la production jusqu’à la distribution.

Cependant, il a souligné que les producteurs ont besoin de financements adaptés, mais aussi d’un accompagnement technique permettant de rendre leurs projets bancables.

Face aux risques sanitaires, aux fluctuations du prix des intrants et aux difficultés d’accès au marché, VISTAGUI plaide pour une approche nouvelle du financement.

« Nous devons passer d’une logique de crédit isolé à un financement de toute une chaîne de valeur. Nous devons passer d’une logique de garantie à une logique de projet bancable », a-t-il déclaré.

Les professionnels réclament davantage d’accompagnement

Le président de la Fédération interprofessionnelle nationale avicole (FINA), Boubacar Dansoko, a salué les engagements annoncés tout en appelant les pouvoirs publics à poursuivre les réformes fiscales et commerciales en faveur des producteurs locaux.

Il a notamment plaidé pour un renforcement de l’organisation professionnelle jusqu’au niveau préfectoral, sous-préfectoral, voire dans les districts, afin de faciliter le déploiement des politiques publiques.

Selon lui, la structuration de la profession constitue un préalable indispensable au développement durable de la filière.

140 millions de dollars d’investissements sur dix ans

Le ministre de l’Élevage, Félix Lamah, a indiqué que la mise en œuvre de cette stratégie nécessitera 140 millions de dollars sur une période de dix ans, avec une contribution de l’État et du secteur privé.

Il s’est félicité des progrès déjà réalisés, notamment l’arrêt des importations d’œufs de consommation grâce aux investissements privés.

Concernant la production de viande de volaille, plusieurs projets industriels sont déjà engagés. Parmi eux figurent Fermav Industries, qui ambitionne de produire 15 millions de poulets de chair par an, GuiPoulet avec une capacité qui atteindra 2 millions de poulets, ainsi que Lella et TMD, chacune disposant d’une capacité annuelle d’environ un million de poulets.

Selon le ministre, ces investissements permettront à la Guinée d’atteindre une production nationale de 18 millions de poulets de chair d’ici décembre 2026.

« La filière avicole a amorcé son développement et la Guinée est prête », a-t-il affirmé.

« Nourrir la population est une question de sécurité nationale »

Présidant la cérémonie, le Premier ministre Amadou Oury Bah a insisté sur le caractère stratégique du secteur de l’élevage. Reconnaissant que ce département ministériel a longtemps été perçu comme peu attractif, il a estimé qu’il constitue pourtant un puissant moteur de croissance et de réduction de la pauvreté.

Pour le chef du gouvernement, la priorité n’est pas d’opposer protectionnisme et ouverture des marchés, mais de renforcer la résilience économique du pays.

« Nous devons développer toutes les activités qui nous permettent de satisfaire les besoins fondamentaux de notre population. C’est une question de sécurité nationale », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre a également insisté sur la nécessité d’un partenariat étroit entre l’État, les banques, les investisseurs privés et les organisations professionnelles.

Il a enfin rappelé que le développement de l’aviculture dépend aussi de celui de l’agriculture, notamment de la production nationale de maïs, indispensable à l’alimentation animale.

« Développons la culture du maïs, et le secteur avicole se développera lui aussi », a conclu Bah Oury.

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