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Que sont-ils devenus ? : Hadja Madina Bah, la voix d’or de Radio-Guinée, se raconte (1ère partie)

Figure emblématique de la radiotélévision guinéenne, Hadja Madina Bah a marqué l’histoire de l’information nationale. Présentatrice légendaire du journal parlé à l’époque de la « Voix de la Révolution », elle incarne une génération de journalistes pour qui le micro était un sacerdoce.

Née il y a 80 ans à Dinguiraye, la ville sainte, elle est la fille aînée de feu Mamadou Bailo et de feue Hadja Fadima Gadjigo. Son parcours, riche et atypique, commence sur les bancs de l’Institut Polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry, où elle décroche son diplôme en sciences sociales.

Si sa carrière débute au Secrétariat d’État à la Recherche Scientifique, c’est vers le journalisme qu’elle se tourne par passion, après un passage au ministère de l’Éducation nationale, puis un détachement au ministère de l’Information en 1974, après son expérience au lycée Boulbinet.

De directrice du Centre de formation de la RTG à conseillère de plusieurs ministres de la Communication, Hadja Madina Bah a gravi tous les échelons avec rigueur, jusqu’à son ultime fonction de Directrice générale du quotidien national Horoya, avant de faire valoir ses droits à la retraite.

Engagée sur tous les fronts, elle a également mené un combat acharné pour l’autonomisation des femmes, en créant et dirigeant plusieurs associations à l’échelle nationale et internationale.

Dans le cadre de sa rubrique « Que sont-ils devenus ? », Guinéenews est allé à la rencontre de cette grande dame. Entre confidences et réminiscences, partez à la découverte du parcours exceptionnel d’une voix qui a résonné dans tous les foyers guinéens.

Guinéenews : Merci Hadja, d’accepter notre invitation. Dites-nous comment vous êtes venu dans ce métier de journaliste et parlez-nous de votre parcours ?

Hadja Madina Bah : C’est une longue histoire, le parcours qui m’a menéé vers le journalisme. Je vous dirais avant tout, que c’est après la soutenance de ma thèse sans aucun consultant, que j’ai été affectée en qualité de géographe au secrétariat d’Etat à la recherche scientifique.

Avant cette soutenance de ma thèse, mon mari a été arrêté en 1971, et incarcéré au camp Boiro, puis au camp de Kindia, avant la fin de mon cycle universitaire. C’est dans cette atmosphère, que j’ai préparé et soutenu mon mémoire de fin d’etudes, qui a eu pour thème ‘’Monographie de Conakry’’. J’ai moi-même été arrêtée et incarcérée au camp Boiro pour une courte durée certes, mais quand même.

A ma sortie de ces geôles, perturbée, rejetée, affaiblie, j’ai préparé et soutenu mon mémoire, sans l’aide de consultants, personne n’osant approcher un membre de la 5ème colonne, comme on nous appelait. C’est légitime, et Dieu sait, je n’en veux à personne, pas même à mes professeurs, qui le faisait par instinct de survie.

Je suis restée un moment au secrétariat d’Etat à la recherche scientifique où, je ne me suis pas sentie bien, car on ne faisait que se tourner les pouces.

A l’époque, j’étais une grande amie à feu Mamady Kéita, qui fut un de nos professeurs au lycée. Devenu plus tard ministre de l’Education nationale, et moi agacée de cette situation que je traversais, je suis allée rencontrer Mamady Keita, et lui dire que je souhaiterais enseigner. Surpris par mon choix, puisqu’à l’époque, tout le monde voulait être bureaucrate, il acceptera ma proposition, et j’ai été affectée en qualité de professeur d’Histoire-Géographie au lycée Boulbinet d’alors, dirigée par madame Mariame Traoré Sultan.

C’est à partir de ce lycée de Boulbinet, et par le biais de l’ex-ministre de l’Information feu Sénainon Béhanzin, que j’ai embrassé le métier de journaliste. Son épouse Joseph Yolande Noel, qui a été mon professeur d’Histoire et Géographie, et qui avait beaucoup d’amitiés pour moi, m’y a encouragée et rassurée.

Après plusieurs mois de réflexion et d’hésitation, j’ai finalement accepté, avec le choix d’exercer à cheval et l’enseignement, et le journalisme. Pendant 4 années, j’ai exercé dans ces 2 domaines.

Guinéenews : Parlez-nous de vos débuts à la voix de la Révolution ?

Hadja Madina Bah : J’ai commencé à la voix de la Révolution, comme tout le monde, en passant par une première formation à suivre au niveau du studio école, pour une initiation aux techniques du journalisme : la recherche, la vérification, l’analyse et la diffusion des informations au grand public. On y apprenait aussi, la diction, l’intonation… Donc ce fut la première formation professionnelle, que nous avons eue à la voix de la Révolution. Après le studio école, nous avons commencé le travail de rédaction, qui consistait à aller recueillir les dépêches, qui provenaient de l’extérieur, et des grandes agences internationales, telles que la Deutsche Welle, l’Agence France Presse (AFP), l’Agence de presse soviétique (Novosti), etc.

Le rédacteur en chef, distribuait les dépêches pour traitements, et on faisait ce qu’on appelait  à l’époque ‘’nos papiers’’, qui étaient déposés à son niveau. Et il avait pour tâche, de les relire, et de les classer en fonction de plusieurs critères : d’intérêt, de proximité, d’ordre… C’est ensuite au secrétaire de rédaction de composer le journal, et les présentateurs se préparaient pour la présentation du journal de l’édition retenue du jour. Donc, nous étions à la fois à la rédaction, et à la présentation du journal.

Guinéenews : A la voix de la Révolution, quels sont les journalistes que vous aviez trouvés en place ?

Hadja Madina Bah : A la voix de la Révolution, nous étions assez nombreux, pas tant qu’aujourd’hui. Nous avions trouvé des ainés : feu Emile Tom papa, feu Emmanuel Katy, Ansoumane Bangoura, feue Hadja Koumba N’Diagne, Fatoumata Kébé, Angéline Daffé, feue Adama Conté et plusieurs autres. 

Guinéenews : Peut-on connaitre à l’époque, avec qui vous présentiez le journal ?

Hadja Madina Bah : En général, nous avions toujours présenté le journal parlé en duo. J’ai souvent présenté le journal parlé avec feu Abass Chérif, feu Mohamed Tondon Camara, Saran Camara, Ibrahima Barry et plusieurs autres jeunes journalistes, qui sont venus nous trouver à la voix de la Révolution.

Guinéenews : Du journal parlé, comment vous vous êtes retrouvée à la télévision ?

Hadja Madina Bah : J’ai appartenue tout d’abord au service des programmes télévisés. Au sein de ce service, j’ai créé, réalisée animé et présenté des émissions. L’émission ‘’Paroles aux femmes’’, a été mon émission phare, qui passait aussi bien en français, que dans 3 langues nationales à la radio et à la télé. C’était une émission qui mettait en lumière, le rôle des femmes dans la société.

Guinéenews : A part l’émission ‘’Paroles aux femmes’’, en aviez-vous eu d’autres émissions à la télévision nationale ?

Hadja Madina Bah : Je suis aussi, l’initiatrice de l’émission ‘’Petit à petit’’, qui finalement, vu les multiples occupations, a été récupéré par Tantie Pouponne, et qui avait injecté sa propre marque.

A la télévision nationale, j’ai réalisé beaucoup de reportages, j’ai couvert les missions de hautes personnalités, dont le président de la République feu Ahmed Sékou Touré lui-même, ainsi que plusieurs manifestations, et grands évènements à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Guinéenews : Pouvez-vous nous énumérez, les difficultés que vous aviez rencontrées en début d’exercice de cette fonction de journaliste ?

Hadja Madina Bah : Un début est toujours difficile, bien que j’ai eu par la suite. Par exemple, lorsque le gouvernement du président feu Lansana Conté, a demandé à tous les Guinéens de contribuer pour la réalisation du projet du barrage de Garafiri, au cours d’une réunion organisée au musée national, différentes propositions de pourcentages de prélèvements sur salaires, ont été proposées. De 10, 15 et voir même 20%, de ponctions sur salaires ont été proposées. Ce jour, j’ai demandé la parole, et vu mon statut de mère célibataire, j’ai opté pour un prélèvement de 5% sur mon salaire, et à défaut, je ne serais pas partante, bien que c’est une contribution pour épauler le développement du pays, sur le plan de l’énergie.

J’avais mes 2 enfants orphelins à soutenir, à nourrir et à éduquer. Je ne pouvais sacrifier que 5% de mon maigre salaire. Cette proposition m’a couté beaucoup de problèmes par la suite.  

Guinéenews : Quels impacts cette proposition a eu sur vous ?

Hadja Madina Bah : C’était comme si je tenais tête au pouvoir, ou comme si je ne soutenais pas suffisamment le pouvoir. J’aime bien le développement de la Guinée, seulement, je ne peux pas contribuer au détriment de mes enfants. J’ai été privée de beaucoup de choses, j’ai été finalement étiquetée.

Guinéenews : Classée ou étiquetée comme vous le dites, y’a-t-il des faits réels que vous pourrez nous relatez ?

Hadja Madina Bah : J’ai été sollicitée par un ministre, pour une mission de sensibilisation, autour de la question du multipartisme engagé à l’époque. Nous avions commencé cette mission en Guinée forestière. Arrivée à Dabola, j’ai eu le premier grand choc au niveau de mon ministère de tutelle. Pendant la mission, j’ai rencontré des connaissances, des relations qui étaient parait-il, membres de l’opposition d’alors, que j’ai connue avant, depuis l’école et dans la vie pratique. Le fait de m’intéresser à tout ce monde, et sans le savoir m’a causé du tort.

C’est à Dabola, que le ministre m’a dit de rentrer à Conakry, puisque j’ai été nommée Directrice du centre de formation. J’ai demandé de me laisser continuer la mission, puisque ce centre venait d’être créé, et ma prise de fonction pouvait attendre. Il a rétorqué en me disant, que la personne qui doit me remplacer est déjà arrivée à Dabola.

Un véhicule pickup a été mis à ma disposition pour me faire revenir à Conakry. J’ai été considérée comme une rebelle suite à tous ce que je viens de relater.

Je peux encore vous énumérez un second choc que j’ai essuyé, quand je fus choisie parmi quatre représentants de différents départements (justice, de l’entreprenariat, de la santé et de la communication)  pour représenter la Guinée à la conférence de Beijing, lors de l’année internationale ou décennie des femmes. L’UNFPA de Conakry, a bien voulu constituer une équipe de jeunes femmes, sur lesquelles cette institution devrait s’appuyer, pour assurer de la sensibilisation au niveau national. Une forte délégation, a été constituée au niveau national avec les ONGs, pour se rendre à Beijing à la conférence internationale des femmes.

A Beijing, le même ministre qui m’avait renvoyée de Dabola, s’est vu frustré par ma présence. Il ordonna de bloquer mes éléments de reportages depuis Beijing, qui ne sont donc pas passés sur les antennes ni de la télé, ni de la radio. A partir de Conakry, dès après la première journée, je fus informée de cette situation. C’est un autre coup, un choc, en somme, quelques réelles difficultés que j’ai rencontrées dans l’exercice de mes fonctions de journaliste.

Guinéenews : Nommée Directrice du centre de formation, pouvez-vous nous dire où se situait ce centre de formation ?

Hadja Madina Bah : Il n’existait pas, je l’ai créé, et il y avait un soubassement quelque part à l’intérieur du ministère, qui a servi de socle pour bâtir et abriter ce service. C’était un financement provenant du Budget National de Développement (BND). En compagnie des cadres du bureau d’études et de stratégie du département, nous avions procédé à l’élaboration du projet de construction, que j’ai défendu au ministère des finances et qui a été approuvé. Il a été prévu un bâtiment à 3 niveaux, et pour un départ nous avions occupé le rez-de-chaussée, et j’ai été affectée là. Mohamed Condé, conseiller principal à l’époque, a été affecté en qualité de directeur chargé de la formation, et Monsieur Bangoura comme directeur technique. Je pense que nous avions formé une bonne équipe, un centre qui recevait tous les jeunes journalistes et techniciens qui passaient à la RTG.

Par la suite, j’ai demandé l’assistance de certaines ambassades, notamment celle de la France, qui a financé les volets mobiliers, équipements et pour le matériel didactique.

Guinéenews : Vous êtes restée là pendant combien de temps ?

Hadja Madina Bah : J’ai dirigé ce centre pendant près de 7 ans.

Guinéenews : C’est là où vous aviez fait valoir vos droits à la retraite ?

Hadja Madina Bah : Non !

A suivre…

Entretien réalisé par LY Abdoul

 

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