Élu député à l’issue des élections législatives dont les résultats définitifs ont été proclamés par la Cour suprême le 19 juin dernier, le président d’honneur du Bloc Libéral (BL), Dr Faya Lansana Millimouno, sera l’unique représentant de son parti à la prochaine Assemblée nationale. Dans cette interview accordée à Guinéenews, il revient sur le rejet des recours introduits par sa formation politique, livre sa vision du profil idéal pour présider le Parlement et dévoile les principaux combats qu’il entend mener au sein de l’hémicycle.
Après la publication des résultats définitifs des élections législatives le 19 juin dernier, la Cour suprême a annoncé l’installation des députés dans un délai de 30 jours. Avant cette échéance, Guinéenews est allé à la rencontre de l’honorable Faya Lansana Millimouno à son siège de Lambanyi.
Guinéenews : Lors de l’audience solennelle consacrée à la proclamation des résultats définitifs des élections législatives, la Cour suprême a rejeté tous vos recours. En tant que président d’honneur du Bloc Libéral, comment réagissez-vous à cette décision ?
Dr Faya Millimouno : Ça a été un moment très douloureux pour le Bloc Libéral. […] Quand nous avons écouté la Cour, nous avons pensé que c’était un affront. On n’a pas l’habitude de commenter les décisions de justice, mais lorsqu’un mensonge flagrant est proféré, il appartient, pour établir l’honneur, que la vérité jaillisse. C’est pour cette raison que, dans les jours qui vont suivre, le peuple de Guinée aura l’opportunité d’accéder à chaque élément de la requête du Bloc Libéral et à toutes les pièces qui accompagnent ou qui ont accompagné cette requête.
Guinéenews : Après la proclamation des résultats, la Cour suprême a annoncé l’installation des futurs députés dans un délai de 30 jours. Avec toute l’expérience politique que vous détenez, quel président idéal aimeriez-vous voir à la tête de l’Assemblée nationale ?
Dr Faya Millimouno : En fait, notre pays est devenu, sur le plan des valeurs et sur le plan des principes, très léger. Cela fait bientôt 70 ans depuis l’accession du pays à l’indépendance. Pendant ces 70 années, nous n’avons pas réussi à construire véritablement les institutions. […] Notre pays est tellement léger sur ce point aujourd’hui que le choix du prochain président de l’Assemblée est un grand défi.
Parce qu’il faut avoir quelqu’un qui tient compte des principes et des valeurs qui fondent une République. C’est vrai que cette législature sera composée de beaucoup de jeunes, de nombreuses personnes qui ne sont pas connues comme personnalités publiques. Mais ce ne sera pas facile de trouver quelqu’un qui soit attaché aux valeurs et aux principes. S’il n’y a pas un équilibre à ce niveau, cela deviendra encore plus difficile. Il faut quelqu’un qui puisse incarner certaines valeurs et qui, sans verser dans une opposition radicale, soit capable de freiner les abus de pouvoir qui se sont installés.
Guinéenews : Avant votre installation, avez-vous déjà des projets que vous comptez défendre une fois à l’Assemblée nationale ?
Dr Faya Millimouno : Bien entendu, nous avons des projets. Nous avons toujours eu des projets pour le peuple de Guinée. Je vous donne un exemple. Cela fait bien deux ans que nous faisons semblant de dormir pendant qu’on nous dit, le matin, à midi et le soir, que des dizaines de nos compatriotes, et non des moindres, parfois des leaders de la société civile, des enfants, etc., sont portés disparus. On fait comme si de rien n’était.
J’entends, avec des collègues qui seront d’accord avec moi, soumettre une motion pour qu’une commission parlementaire se penche sur la question. Parce que la justice, comme je l’ai dit dans l’une de mes tribunes, n’appartient plus aujourd’hui à la communauté nationale. La justice appartient désormais au plus fort.
Elle n’est plus là pour protéger le plus faible dans nos sociétés. À ce niveau-là, il faut que l’organe parlementaire, qui représente désormais le peuple de Guinée, se rende compte qu’un enfant qui se demande depuis deux ans où se trouve son père, une mère qui se demande depuis plus de deux ans où se trouve sa fille, son enfant, son frère, mérite qu’un début de réponse lui soit donné par l’organe parlementaire. Parce que la justice n’aura pas fait son travail.
Autre chose que nous avons en tête : moi, je suis éducateur. Je pense qu’il ne suffit pas de dire dans une Constitution que l’éducation est gratuite. Est-ce que l’éducation est gratuite aujourd’hui dans notre pays ? Je ne le crois pas. Et que peut-on faire à travers les lois qui seront votées ? Je l’ai dit pendant la campagne : il faut que l’État subventionne l’école privée dans notre pays.
Aujourd’hui, dans la ville de Conakry, si l’on retire l’enseignement privé, un enfant sur deux n’aura pas de place où étudier. Et ce n’est pas parce que les parents qui paient la scolarité de leurs enfants ont les moyens de le faire. Il existe des quartiers entiers dans la ville de Conakry où il n’y a aucune école publique, ni primaire ni secondaire. Si vous y vivez, vous êtes obligés de payer. En subventionnant l’école privée, l’État résoudra deux problèmes.
Premièrement, les enseignants qui sont au service de l’enseignement privé méritent de meilleures conditions de vie et de travail que celles qu’ils connaissent aujourd’hui.
Deuxièmement, cela allégera davantage le poids qui pèse sur des familles déjà très fragiles. C’est un agenda que je considère fondamental pour notre pays.
L’autre chose qui se confond avec ma vie, c’est le monde paysan. Je ne fais pas que de la politique. J’ai un champ, j’ai un tracteur. Je connais les conditions dans lesquelles travaillent ceux qui nourrissent la Guinée.
Nous n’avons pas besoin de continuer à produire des discours à Conakry pendant que, dans les champs, on continue encore à utiliser la daba. Il faut un véritable soutien au monde paysan à travers toutes les lois qui seront adoptées, notamment la loi de finances. Donc, nous avons un agenda très, très costaud. »
Guinéenews : Qu’en est-il du cas des partis politiques suspendus par le MATD ? Comptez-vous les défendre ?
Dr Faya Millimouno : Ce ne sont pas nécessairement des partis ou des individus qu’il faut défendre, c’est le principe même qu’il faut défendre. Je crois que, dans la Constitution qui a été adoptée, même si nous ne l’avons pas approuvée, le principe du pluralisme politique y occupe une place centrale.
Ou bien nous allons dans ce sens, ou bien nous empruntons le chemin de la pensée unique, celui du parti-État. Je ne crois pas que le vœu des Guinéens soit de retomber dans le parti unique, le parti-État tel que nous l’avons connu sous le premier régime.
Naturellement, ce sera l’un des combats que nous mènerons pour préserver le pluralisme politique dans notre pays. Et si cela doit conduire à la réhabilitation de partis dont la dissolution n’a pas été suffisamment justifiée, alors nous aurons fait œuvre utile. »
Guinéenews : Votre mot de la fin ?
Dr Faya Millimouno : Le mot de la fin, c’est qu’encore une fois, nous avons manqué notre opportunité. J’ai signé une tribune dans laquelle je me suis posé la question : comment nommer ce temps ?
Après cette période transitoire marquée par l’arrêt de la Cour suprême, nous devons nous demander ce que nous avons réellement gagné avec un coup d’État qui a été très coûteux pour le peuple de Guinée.
Qu’avons-nous gagné véritablement ? C’est vrai qu’il y a eu le troisième mandat d’Alpha Condé. C’est vrai qu’il y a eu la modification de la Constitution qu’Alpha Condé avait fait adopter à l’occasion d’une élection couplée à un référendum.
Mais qu’avons-nous gagné au final ? Je crois que le pays a globalement reculé. C’est ce qu’il faut retenir. Et il faut comprendre que, pour nous et pour les années à venir, la tâche devient encore plus lourde.

