À Kindia, la question de l’occupation des principales voies d’accès à la paroisse Sainte-Croix continue d’alimenter les tensions entre la communauté chrétienne et certaines commerçantes du grand marché. Située en plein cœur du centre-ville, cette paroisse historique voit, depuis plusieurs années, ses emprises, progressivement envahies par des étals de vente. Une situation que dénoncent les fidèles, qui y voient une entrave à la libre pratique du culte.
Le dimanche 21 juin 2026, à l’issue de la célébration eucharistique, plusieurs fidèles ont exprimé leur mécontentement devant l’édifice religieux. Munis de pancartes, ils ont appelé les occupantes à libérer les voies d’accès à la paroisse, dénonçant une occupation jugée anarchique et persistante, malgré les nombreuses démarches entreprises auprès des autorités locales.
Cette problématique qui perdure depuis plusieurs décennies, est devenue un véritable casse-tête pour les autorités administratives de la préfecture. Entre les revendications des vendeuses confrontées au manque d’espaces commerciaux et les plaintes récurrentes des responsables religieux, les tentatives de règlement se sont jusqu’ici soldées par des solutions temporaires, sans parvenir à mettre fin durablement au différend.
Interrogé sur la situation, le père Martin Camara, administrateur de la paroisse Sainte-Croix, rappelle l’importance historique du lieu de culte « L’église Sainte-Croix de Kindia est une église plus que centenaire. Elle totalise aujourd’hui plus de 127 ans d’existence. Depuis plusieurs décennies, nous constatons que ses accès sont occupés par des vendeuses, au point qu’il devient extrêmement difficile pour les fidèles et même pour les véhicules, d’accéder à la paroisse. Plusieurs démarches ont été entreprises par mes prédécesseurs auprès des autorités compétentes. À chaque fois, des engagements ont été pris pour réorganiser ou déplacer les marchandes, mais ces mesures n’ont jamais produit d’effets durables », explique-t-il.
Selon le responsable religieux, les tentatives de réorganisation des lieux se sont multipliées au fil des années sans succès. Il évoque notamment un incident survenu durant le Carême, alors qu’il se trouvait à Télémélé, incident qui avait fortement perturbé une célébration religieuse « Après avoir été informé des faits, j’ai saisi les autorités locales. Le préfet avait alors ordonné la libération de l’emprise centrale, afin que les femmes soient repositionnées de part et d’autre de la voie. Cette décision avait été exécutée par la commune, mais quelques semaines plus tard, les occupantes ont progressivement repris possession des lieux », affirme-t-il.
Face à cette situation, la paroisse avait obtenu l’autorisation de construire deux murs parallèles destinés à délimiter les espaces et préserver les accès. Un technicien communal avait même été mis à disposition, pour accompagner les travaux. Cependant, le projet a été interrompu à plusieurs reprises, en raison de divergences au sein de l’administration communale.
Le père Martin Camara indique également que plusieurs séances de concertation ont été organisées avec les vendeuses et les responsables communaux, afin de trouver un compromis acceptable pour toutes les parties « Nous avons accepté de réduire la hauteur du mur à sept briques afin de tenir compte des préoccupations des commerçantes. Plus tard, un consensus a été trouvé autour d’un mur d’environ un mètre surmonté d’une barrière métallique permettant aux vendeuses de rester en contact avec leurs clients. Un procès-verbal a même été signé et transmis à la commune. Malheureusement, nous n’avons jamais reçu de suite concrète à cette proposition », regrette-t-il.
Le religieux affirme par ailleurs que les travaux ont finalement été suspendus à la demande des autorités préfectorales, à l’approche des élections, avec la promesse d’une rencontre qui, selon lui, n’a jamais eu lieu « Cette succession d’arrêts et de reprises a fini par créer un sentiment d’impunité. Certaines occupantes ont estimé pouvoir agir à leur guise et le mur a finalement été détruit », déplore-t-il.
Au sujet de l’interpellation du père Martin Camara, lors des événements ayant suivi ces tensions, le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Kindia , a confirmé les faits. Il précise toutefois que la procédure a été abandonnée après le désistement des plaignantes et estime que le règlement du différend relève principalement des autorités administratives locales.
Du côté de l’administration du marché, un appel au dialogue est lancé. Aïssatou Sow, administratrice du marché de Kindia, plaide pour une solution concertée « Depuis toujours, l’église est implantée à cet endroit. Les commerçantes sont venues s’installer par la suite. Nous avons régulièrement veillé à libérer le passage les dimanches et lors des grandes célébrations religieuses. Aujourd’hui encore, nous appelons à la compréhension mutuelle. Nous allons poursuivre les efforts afin que les femmes quittent progressivement, le milieu de cette route », a-t-elle déclaré.
Pour l’heure, les démarches entreprises auprès des autorités n’ont pas permis d’obtenir leur version des faits. Toutefois, selon plusieurs sources concordantes, une rencontre élargie impliquant les différentes parties concernées devrait être organisée prochainement, afin de rechercher une solution consensuelle et durable à ce conflit qui oppose depuis de nombreuses années, la paroisse Sainte-Croix de Kindia aux commerçantes du grand marché.
En attendant l’issue de ces discussions annoncées, les fidèles chrétiens continuent de réclamer le respect des emprises de leur lieu de culte, tandis que les vendeuses défendent leur droit à exercer leurs activités dans un contexte marqué par l’insuffisance d’espaces commerciaux aménagés. Une équation complexe dont la résolution apparaît désormais comme une nécessité, pour préserver la cohésion sociale et garantir les droits de chaque partie.

