La visite gouvernementale censée apporter réconfort et espoir aux victimes de l’incendie du grand marché de N’Zérékoré a tourné court ce dimanche 21 juin 2026. Quelques minutes après le début du discours du ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), Ibrahima Kalil Condé, les commerçants sinistrés ont massivement quitté la salle de la maison des jeunes, exprimant leur rejet de l’annonce d’une reconstruction du marché.
Accompagné de la ministre de la Femme, de la Famille et de la Solidarité, Pauline Adeline Patricia Lamah, ainsi que d’autres responsables gouvernementaux et autorités locales, le ministre était venu transmettre, selon ses propos, le message du président de la République aux victimes du gigantesque incendie qui a ravagé le principal centre commercial de la Guinée forestière.
Mais l’atmosphère s’est rapidement tendue lorsque le ministre a évoqué les élections et remercié la population pour son soutien au chef de l’État. Dans la salle, des murmures ont laissé place aux huées. « Nous ne sommes pas là pour les élections ! », ont lancé plusieurs participants, tandis que d’autres tapaient du poing sur la table.
La situation a définitivement dégénéré lorsque le ministre a annoncé que le président Mamadi Doumbouya allait reconstruire le marché. Une déclaration qui n’a pas été accueillie comme un soulagement par de nombreux commerçants.
« Nous voulons travailler, pas attendre »
Craignant de longues années d’attente, comme dans d’autres villes confrontées à des sinistres similaires, les victimes ont préféré quitter la salle avant même la fin du discours ministériel.
« Nous avons tout perdu. Beaucoup de commerçants se sont endettés pour la Tabaski et leurs marchandises sont parties en fumée. Si l’État veut nous aider, qu’il nous apporte un soutien financier et nous laisse reconstruire nos places nous-mêmes », plaide Aïcha Traoré, dont le mari est paralysé et qui assure seule les charges de sa famille.
Même son de cloche chez Sékou Doumbouya, père de famille :
« Nous remercions les autorités pour leur initiative, mais nous ne sommes pas d’accord avec l’idée de reconstruire le marché à notre place. Nous avons des familles à nourrir. Nous ne pouvons pas rester des mois sans activité. Nous avons vu ce qui se passe à Siguiri, Kankan ou Macenta, où certains projets tardent encore à être achevés. »
Karim Kaba, également victime, insiste sur la nécessité d’une solution transitoire :
« La reconstruction est une bonne idée, mais il faut d’abord nous trouver un site provisoire. Beaucoup de femmes et de chefs de famille vivent uniquement de leurs activités commerciales. Elles ne peuvent pas rester à la maison sans revenus. »
Un soutien au président, mais des inquiétudes persistantes
Malgré la colère exprimée, plusieurs intervenants ont tenu à remercier le chef de l’État pour l’attention portée au drame.
Djibi Kourouma estime que le gouvernement a posé un acte fort en envoyant une délégation ministérielle. Toutefois, il déplore l’absence de réponses concrètes sur le relogement temporaire des commerçants.
« Le marché est en plein centre-ville. Si on nous demande de quitter les lieux pour des travaux, il faut nous indiquer où exercer nos activités. Il y a des orphelins, des veuves et des centaines de familles qui dépendent de ce marché », a-t-il souligné.
La Chambre de commerce appelle au calme
Face à la grogne des sinistrés, Issiaga Bérété, trésorier de la Chambre préfectorale du commerce, de l’artisanat et de l’industrie de N’Zérékoré, a tenté de rassurer les commerçants.
Selon lui, les annonces du gouvernement ont été mal interprétées. Il rappelle qu’une commission de recensement est déjà à pied d’œuvre pour identifier les victimes et que le projet de reconstruction devrait être réalisé progressivement.
« Les gens ont pensé qu’ils seraient tous déguerpis immédiatement. Ce n’est pas le cas. Le marché sera reconstruit par blocs afin de permettre la poursuite des activités commerciales », a-t-il expliqué, invitant les sinistrés à faire preuve de patience.
Après cette rencontre avortée et quelques échanges au gouvernorat, la délégation gouvernementale a regagné Conakry, laissant derrière elle des commerçants toujours sous le choc, mais surtout préoccupés par une question devenue centrale : comment survivre en attendant la reconstruction du principal poumon économique de la région forestière ?

