Le compte à rebours est lancé. En septembre 2026. la production des plastiques à usage unique sera officiellement interdite en Guinée.
Deux ans après l’adoption du texte, les autorités se préparent à franchir une nouvelle étape dans la lutte contre la pollution plastique. Mais au-delà de l’ambition environnementale affichée, cette réforme soulève de nombreuses interrogations quant à sa mise en œuvre effective et à ses conséquences économiques.
Selon la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Djami Diallo, le décret portant interdiction des objets plastiques à usage unique en République de Guinée a été signé en septembre 2024. Et ce décret prévoit plusieurs dates butoirs .
« La première échéance concerne l’interdiction de l’importation des matières premières servant à la fabrication des objets plastiques à usage unique, six mois après la signature du décret. La seconde, prévue deux ans après la signature, correspond à l’interdiction de production sur le territoire national » a-t-elle rappelé
Pour la ministre, ce dispositif progressif vise à permettre aux acteurs du secteur privé de s’adapter.
La réforme est justifiée par les autorités par les impacts environnementaux du plastique. Djami Diallo souligne que la décision d’interdire les sachets plastiques en République de Guinée émane de l’urgence de protéger notre environnement et la santé des concitoyens .
« Ce sont des milliers de tonnes de déchets plastiques qui sont dans la nature, qui obstruent nos caniveaux, et ces déchets plastiques se fragmentent en microparticules qui contaminent l’eau, contaminent nos sols, les poissons, le bétail, et affectent la santé humaine », a-t-elle dit.
Le décret s’inscrit également, selon elle, dans une vision plus large des autorités. Elle affirme qu’il traduit les engagements internationaux de la Guinée en matière de lutte contre la pollution et de préservation de l’environnement.
Les produits concernés sont principalement les objets plastiques à usage unique.
Certaines exceptions sont prévues, notamment pour les emballages destinés aux secteurs médicaux, agricoles, militaires ou encore au ramassage des ordures. Les bouteilles d’eau aussi ne sont pas concernées.
Sur la mise en œuvre, le gouvernement dit avoir privilégié le dialogue avec les acteurs économiques. Djami Diallo indique :
« Dès le départ, nous avons privilégié une approche de dialogue, de concertation avec l’ensemble des acteurs concernés ».
Elle précise qu’une commission interministérielle a été mise en place et a rencontré les opérateurs économiques pour identifier les contraintes et explorer des solutions de substitution. Des échanges ont également été engagés avec la Chambre d’industrie, de commerce et d’artisanat ainsi qu’avec la Fédération nationale des artisans de Guinée.
Concernant l’accompagnement du secteur économique, la ministre explique que « ce changement qui intervient est important pour les opérateurs économiques et c’est pour cela que nous privilégions une approche d’accompagnement du secteur privé pour promouvoir les alternatives durables ».
Elle évoque notamment des incitations fiscales pour les emballages biodégradables, ainsi que l’installation de points d’eau dans les écoles et lieux publics.
Sur le contrôle, les autorités indiquent que des inspections sont déjà en cours
« A date, c’est une vingtaine d’entreprises qui évoluent dans l’illégalité, qui ont fait l’objet d’inspections et de contrôles avec d’importantes quantités de sachets d’eau qui ont été saisies. ces contrôles vont s’intensifier à partir de septembre 2026 » a précisé la ministre
Malgré ce dispositif, un autre défi demeure central qui est l’adhésion des populations.
La ministre reconnaît que la réussite de la réforme dépendra de la compréhension et de l’acceptation des citoyens.
Enfin, face aux inquiétudes exprimées par certains acteurs économiques sur les risques de pertes d’emplois ou de hausse des prix, la ministre met en avant les coûts déjà générés par la pollution plastique.
Selon elle, « le vrai coût, c’est celui de l’inaction », évoquant les inondations, les maladies et les pertes économiques dans plusieurs secteurs, dont le tourisme.
À quelques mois de l’échéance de 2026, la Guinée se trouve donc à un tournant. Entre ambition environnementale et contraintes économiques, la réussite de cette réforme dépendra moins de son annonce que de sa capacité à transformer durablement les pratiques de production, de consommation et de contrôle sur le terrain.

