Une profonde émotion et un recueillement solennel ont marqué, ce jeudi, la cérémonie d’hommage organisée au Palais du Peuple de Conakry. Autorités gouvernementales, professionnels des médias, acteurs sociopolitiques, représentants de la société civile ainsi que proches d’El Hadj Diallo Souleymane se sont réunis dans la salle des congrès pour saluer la mémoire de l’illustre journaliste, décédé récemment à l’âge de 81 ans.
Ousmane Gaoual Diallo : « nous célébrons un symbole du courage et de la liberté »
Prenant la parole au nom du président de la République, du Premier ministre et du gouvernement, le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a salué le parcours exceptionnel du fondateur du Lynx.
« Aujourd’hui, réunis autour de son œuvre et de son héritage, nous célébrons non seulement un homme, mais également un symbole : celui du courage, de l’indépendance d’esprit et de la liberté de penser », a-t-il déclaré.
Le ministre a rappelé le rôle déterminant joué par le défunt dans l’émergence d’une presse critique et indépendante à partir des années 1990. « En fondant Le Lynx, vous n’avez pas seulement créé un journal, vous avez bâti une école de pensée et contribué à façonner une culture journalistique dont l’influence demeure encore perceptible dans notre pays », a-t-il souligné.
Évoquant l’héritage laissé par le journaliste, il a réaffirmé l’engagement du gouvernement à poursuivre les réformes visant à garantir un environnement favorable à une presse libre et pluraliste.
La HAC : « Diallo Souleymane a rempli son contrat avec le peuple de Guinée »
Au nom de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Elhadj Fodé Bouya Fofana a présenté les condoléances de l’institution à la famille du défunt et à l’ensemble de la corporation des médias.
« Diallo Souleymane, grand frère aîné, a rempli son contrat. C’est un homme accompli qui s’en va. Il a travaillé pour ce peuple, pour ses citoyens et pour la population de Guinée », a-t-il affirmé.
Pour le représentant de la HAC, cette journée d’hommage doit rester inscrite dans l’histoire du journalisme guinéen comme un moment de reconnaissance et de réflexion autour d’un homme qui a consacré sa vie à l’information.
Les associations de presse : « un baobab est tombé, toute la forêt tremble »
L’un des moments les plus émouvants de la cérémonie a été l’intervention d’Amadou Tham Camara, porte-parole des associations professionnelles de presse de Guinée.
Dans un discours chargé d’émotion, il a décrit la disparition du journaliste comme une perte immense pour la nation.
« Aujourd’hui, la Guinée pleure. La presse guinéenne pleure. Et nous pleurons tous, car ce n’est pas seulement la disparition d’un homme que nous déplorons, mais une page entière de notre histoire qui se tourne », a-t-il déclaré.
Comparant le défunt à un baobab, il a poursuivi : « Lorsqu’un baobab tombe, ce n’est pas seulement sa famille qui ressent la douleur. C’est toute la forêt qui tremble. »
Il a rappelé le courage du fondateur du Lynx, engagé dans un contexte marqué par des restrictions de libertés. « Procès, prison, menaces, intimidations, pressions… il a tout connu. Mais jamais il n’a cédé, jamais il n’a marchandé son indépendance », a-t-il souligné.
Il a également insisté sur son rôle de formateur auprès de plusieurs générations de journalistes. « Il était une école de rigueur, de courage, d’indépendance et de dignité », a-t-il ajouté.
La famille : « tu ne nous as pas délaissées, tu nous as habitées »
Au nom de la famille, Mariam Diallo, entourée de ses sœurs, a livré un témoignage empreint d’émotion sur l’homme derrière la figure publique.
« Vous connaissiez tous le Diallo Souleymane public. Nous, nous voulons vous parler de l’homme de famille », a-t-elle déclaré.
Elle a évoqué les sacrifices consentis par leur père dans son combat pour la liberté de la presse, tout en exprimant une profonde reconnaissance.
« Faire partie de ta famille est un privilège et un honneur absolu. Tu ne nous as pas délaissées, tu nous as habitées. Aucune minute de ta vie n’a été inutile », a-t-elle confié.
Les filles du défunt ont également salué les valeurs transmises par leur père : discipline, amour de la lecture, rigueur et esprit critique. « Chez nous, le dialogue était roi. Nous avions le droit de te contredire. Tu encourageais la contradiction et nous as donné l’espace pour exister », ont-elles témoigné.
Dans un hommage empreint de tendresse, elles ont promis de préserver cet héritage. « Tu as semé une graine, elle a germé et grandi. Nous veillerons à ce qu’elle devienne un arbre solide. »
Un héritage appelé à traverser les générations
Fondateur du journal Le Lynx, acteur majeur de la libéralisation de l’espace médiatique et artisan des réformes ayant renforcé la liberté de la presse en Guinée, El Hadj Souleymane Diallo laisse derrière lui une œuvre considérable.
Élevé au rang de Grand Officier de l’Ordre national du Colatier, il demeure pour plusieurs générations de journalistes un modèle d’indépendance, de courage et d’intégrité.
Alors que son corps doit être acheminé à Labé pour son inhumation, les nombreux hommages rendus ce jeudi témoignent de l’empreinte profonde laissée par « Le Gros Lynx » dans l’histoire politique, médiatique et démocratique de la Guinée.

