Le procès de l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, entre dans sa phase décisive devant la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières CRIEF. À l’issue des débats, le ministère public a requis une peine de dix ans d’emprisonnement ferme, une amende de 50 milliards de francs guinéens ainsi que la confiscation de l’ensemble des biens des prévenus.
Poursuivi aux côtés d’Amadou Diallo, ancien vice-président de la Cour constitutionnelle, et de Sidiki Sylla, ex-directeur administratif et financier de l’institution, Mohamed Lamine Bangoura est accusé de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité.
Détenu à la Maison centrale de Conakry depuis décembre 2022, l’ancien haut magistrat est impliqué dans un dossier portant sur plusieurs dizaines de milliards de francs guinéens. Selon l’accusation, les faits concernent notamment la gestion de 20 milliards GNF issus du budget de la Cour constitutionnelle, 15 milliards GNF destinés à l’organisation des élections de 2020, ainsi que 9 milliards GNF liés à de présumées rétrocommissions sur la location du siège de l’institution.
Lors de l’audience, Lancinet Kanko Kourouma, ancien greffier de la Cour constitutionnelle, a été entendu comme partie civile. Il affirme avoir été privé de rappels de salaire qui lui étaient dus et réclame près de 1,9 milliard GNF au titre des sommes impayées, ainsi qu’une indemnisation complémentaire pour le préjudice subi.
Face à ces accusations, Mohamed Lamine Bangoura a rejeté toute implication dans la gestion des rémunérations du personnel.
Dans ses plaidoiries, l’Agent judiciaire de l’État a estimé que les charges étaient suffisamment étayées. Il a reproché à l’ancien président de la Cour constitutionnelle de n’avoir pas fourni de justificatifs relatifs à l’utilisation des fonds publics mis à la disposition de l’institution.
L’avocat de l’État a également soulevé des interrogations sur certaines acquisitions immobilières attribuées à l’accusé, notamment un duplex à Nongo et un immeuble situé à Dakar. Il a demandé la condamnation des trois prévenus ainsi que le versement de 41 milliards GNF à l’État à titre de réparation.
Le ministère public a considéré que les infractions de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux étaient établies. En conséquence, il a requis pour chacun des prévenus : dix ans de prison ferme ; une amende de 50 milliards GNF ; la confiscation de l’ensemble de leurs biens ; le transfert de la gestion de ces biens à l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués.
La défense a, pour sa part, rejeté l’ensemble des accusations, invoquant l’absence de preuves matérielles. Selon ses avocats, aucun élément concret du dossier ne permet d’établir les infractions reprochées à leur client.
L’un des conseils de la défense a notamment souligné que les montants évoqués par l’accusation étaient considérables et qu’un détournement de cette ampleur n’aurait pu passer inaperçu au sein d’une institution comme la Cour constitutionnelle Cour constitutionnelle.
Avant la clôture des débats, Mohamed Lamine Bangoura a pris brièvement la parole pour une déclaration sobre : « Je m’en remets au jugement de Dieu. »
Après avoir entendu les différentes parties, la CRIEF a mis l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu le 27 juin 2026.

