À l’occasion de la dédicace de son nouvel ouvrage intitulé « Parcours scolaire, conditions d’étude, de vie et de travail des étudiants guinéens », ce samedi 6 juin 2026, l’ancien ministre de l’Éducation nationale est revenu sur plusieurs défis qui continuent de fragiliser le système éducatif guinéen. Il a notamment évoqué les difficultés financières auxquelles sont confrontés de nombreux parents d’élèves.
L’ancien ministre de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation a révélé qu’au cours de son passage au sein du gouvernement sous la présidence d’Alpha Condé, il avait défendu une proposition visant à réduire les charges supportées par les familles. Selon lui, cette initiative avait reçu l’adhésion de l’ensemble des membres du gouvernement, à l’exception du Premier ministre de l’époque, ce qui aurait conduit à son rejet.
« Je suis quelqu’un qui est entré dans le gouvernement, j’y ai pratiquement passé une année. Je n’ai presque pas pris la parole en conseil interministériel, sauf dans de rares cas, notamment lorsque j’ai proposé des modifications du baccalauréat. J’avais avancé une idée que tous les membres du gouvernement avaient approuvée, sauf le Premier ministre. Et cela n’est pas passé », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette réforme reposait sur une meilleure répartition des responsabilités entre l’État et les communautés locales. L’objectif était que l’État se concentre sur la formation et la rémunération des enseignants, tandis que les populations locales prendraient en charge la construction des infrastructures scolaires.
Revenant sur son expérience gouvernementale, il a ajouté : « Ce que je voulais, c’était comprendre comment le système fonctionne, identifier les pesanteurs, les difficultés et les contraintes. Je crois que j’ai compris. »
Pour l’ancien ministre, l’amélioration du système éducatif passe avant tout par une meilleure gestion des ressources publiques. « Il faut augmenter le budget de l’éducation, mais surtout commencer par réorienter les dépenses vers l’essentiel. Quand un pays n’a pas beaucoup de moyens, il doit savoir faire des choix », a-t-il soutenu.
Illustrant sa vision, il a expliqué que les communautés sont souvent plus aptes à financer des investissements ponctuels que des charges permanentes comme les salaires des enseignants.
« Si j’étais resté au gouvernement, j’aurais proposé que la population construise les écoles. L’État, lui, recrute et paie les enseignants. Ce que la population ne peut pas faire, c’est supporter des charges récurrentes. En revanche, pour une école, chacun peut contribuer : 200 000, 1 million… et on construit. Une école réalisée par la communauté coûte trois fois moins cher qu’une école construite par l’État », a-t-il expliqué.
Par ailleurs, Pr Bano a attiré l’attention sur certains comportements des étudiants en matière de santé sexuelle. S’appuyant sur ses travaux, il a indiqué une baisse progressive de l’utilisation du préservatif chez les jeunes.
Selon lui, les données montrent une tendance préoccupante. « L’usage du préservatif est en baisse. Chaque année, la proportion d’étudiants qui l’utilisent diminue. Les garçons et les filles ne l’utilisent pas de la même manière. Les garçons ne l’utilisent que lorsque les filles le demandent. Les filles, elles, l’utilisent surtout dans deux cas : lorsqu’il s’agit de partenaires occasionnels ou lorsque le partenaire est beaucoup plus âgé », a-t-il expliqué, provoquant des réactions dans l’assistance.
À travers ces observations, l’universitaire appelle à un renforcement des campagnes de sensibilisation en matière de santé sexuelle et reproductive des jeunes, dans un contexte d’évolution des comportements et de baisse du recours aux moyens de prévention.
Enfin, l’ancien ministre a plaidé pour une redéfinition des priorités budgétaires et une implication accrue des communautés dans la construction des infrastructures éducatives, tout en laissant à l’État la responsabilité de la formation et de la gestion du personnel enseignant.

