Les résultats des élections législatives sont désormais connus. Si plusieurs personnalités de premier plan, parmi lesquelles les anciens ministres Kéamou Bogola Haba, Dr Ousmane Doré et l’ancien vice-président de l’ANAD, Diabaty Doré, n’ont pas réussi à se faire élire, d’autres figures politiques de premier plan, toutes candidates sur des listes nationales, feront leur entrée à l’Assemblée nationale.
Parmi elles figurent notamment le président du CNT, Dr Dansa Kourouma, les anciens ministres Jean Paul Cedy, Dr Makalé Traoré, Louopou Lamah, Alhousseiny Makanéra Kaké, Charlotte Daffé, Hadja Makalé Camara, Dr Ousmane Kaba, Ibrahima Abé Sylla et Aboubacar Sylla. S’y ajoutent plusieurs anciens candidats à l’élection présidentielle, dont Dr Lansana Faya Millimouno, Mohamed Nabé, Elhadj Bouna Keita et Abdoulaye Kourouma.
La mouvance présidentielle, regroupée autour du GMD, ayant largement remporté ces élections, il paraît difficile d’imaginer que le futur président de l’Assemblée nationale soit issu d’une formation politique n’ayant pas conclu d’alliance avec cette coalition.
À ce stade, trois noms se dégagent parmi les personnalités les plus souvent citées pour accéder au perchoir. Il s’agit de : Dansa Kourouma, Makalé Traoré et Jean Paul Cedy.
Dansa Kourouma
Le président du Conseil national de la transition dispose d’un avantage majeur : une solide expérience parlementaire acquise au cours des quinze dernières années.
En effet, Dr Dansa Kourouma a été secrétaire parlementaire et porte-parole du Conseil national de la transition de 2010 à 2014. Cette première expérience lui a permis de se familiariser avec les rouages de l’institution parlementaire, la communication institutionnelle ainsi que les mécanismes de rédaction et d’adoption des textes législatifs.
À la suite du changement de régime intervenu le 5 septembre 2021, il est nommé, le 22 janvier 2022, président du Conseil national de la transition par les autorités du CNRD. À ce titre, il dirige l’organe faisant office d’Assemblée nationale pendant la transition.
Sous sa présidence, plusieurs réformes importantes ont été engagées au sein de l’institution parlementaire.
Sur le plan administratif, le CNT a procédé à l’assainissement du fichier du personnel, à la bancarisation des salaires des fonctionnaires parlementaires ainsi qu’à une revalorisation de la grille salariale.
Sur le plan diplomatique, Dansa Kourouma a porté la voix de la transition guinéenne auprès de plusieurs instances parlementaires internationales, notamment au sein de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.
Sur le plan infrastructurel, son mandat a été marqué par le lancement, en mars 2024, des travaux de construction du futur siège de l’Assemblée nationale au Centre directionnel de Koloma.
Sur le plan législatif, trois grands chantiers ont particulièrement marqué sa gouvernance.
Le premier demeure l’élaboration et l’adoption de la nouvelle Constitution, considérée comme le texte majeur de la transition.
Le deuxième concerne les lois de cadrage économique et stratégique liées au programme Simandou 2040. La Loi-Plan 2026-2040 ainsi que la Loi-Programme 2026-2030 définissent en effet le cadre de référence destiné à orienter la transformation économique du pays et la gestion des revenus issus du mégaprojet Simandou au cours des quinze prochaines années.
Enfin, plusieurs réformes structurelles touchant directement les citoyens ont été adoptées sous sa présidence. Il s’agit notamment de la loi portant identification des personnes physiques, qui introduit le Numéro personnel d’identification (NPI) et jette les bases d’un registre national biométrique, ainsi que de la loi relative à la réforme de l’état civil en République de Guinée.
Cette expérience cumulée fait de Dansa Kourouma l’un des candidats les plus crédibles pour diriger la future Assemblée nationale.
Dr Makalé Traoré
Dr Makalé Traoré présente un profil singulier. Figure majeure de la vie politique, associative et du développement en Guinée, elle pourrait devenir la première femme à présider une Assemblée nationale élue dans l’histoire du pays. Le Parlement dirigé par feue Hadja Rabiatou Serah Diallo relevait en effet d’un contexte transitoire particulier et ne constituait pas une Assemblée nationale issue d’élections législatives ordinaires.
Sur le plan politique, elle a occupé les fonctions de ministre de la Réforme administrative et de la Fonction publique dans le gouvernement dirigé par Ahmed Tidiane Souaré sous la présidence du général Lansana Conté. En 2010, elle a également été directrice de campagne du candidat Alpha Condé.
Elle a par ailleurs siégé au Conseil national de la transition mis en place après la transition de 2010.
Fondatrice et présidente du Parti de l’Action Citoyenne par le Travail (PACT), elle a été candidate à l’élection présidentielle d’octobre 2020.
En mars 2022, lors du lancement des Assises nationales initiées par le président Mamadi Doumbouya, elle a été désignée porte-parole du Comité national des Assises. Ce processus a abouti à l’élaboration d’un rapport final contenant quarante-cinq recommandations destinées à favoriser la réconciliation nationale.
Son implication dans la gestion du dialogue politique constitue également un atout important. Nommée facilitatrice du Cadre de dialogue inclusif inter-guinéen aux côtés de Hadja Aïcha Bah et de Mme Guilao Joséphine Léno, elle a joué un rôle central dans la conduite des échanges entre les acteurs politiques et sociaux durant la transition.
Au-delà de son parcours ministériel, Dr Makalé Traoré bénéficie d’une image de femme de consensus, d’une expérience reconnue dans les processus de dialogue et d’une bonne connaissance des enjeux institutionnels. Des éléments qui pourraient peser dans le choix du futur président de l’Assemblée nationale.
Jean Paul Cedy
Jean Paul Cedy est principalement connu pour avoir occupé les fonctions de ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation du 13 mars 2024 au 22 janvier 2026 au sein du gouvernement dirigé par Bah Oury sous la présidence de Mamadi Doumbouya.
Sa mission ministérielle a pris fin à la suite de la démission du gouvernement intervenue après l’investiture du président de la République. Bien avant cette responsabilité, il avait également occupé les fonctions de secrétaire général du ministère de l’Information et de la Culture sous la transition dirigée par le capitaine Moussa Dadis Camara.
Avant son entrée au gouvernement, Jean Paul Cedy a construit l’essentiel de sa carrière dans le secteur éducatif.
En tant qu’enseignant, il a exercé pendant de nombreuses années comme professeur de lettres. Comme administrateur scolaire, il a dirigé plusieurs établissements de renom à Conakry, reconnus pour leur discipline et leurs performances académiques. Il a notamment été proviseur du Lycée Sainte-Marie ainsi que directeur général du Groupe scolaire Roland Pré.
Son profil présente plusieurs atouts dans la perspective de l’élection du président de l’Assemblée nationale. Outre son expérience administrative, certains observateurs estiment qu’il pourrait bénéficier de la prise en compte des équilibres régionaux et religieux qui ont souvent influencé la répartition des hautes responsabilités au sein des institutions républicaines.
Enfin, Jean Paul Cedy est généralement décrit par ses proches et collaborateurs comme un homme de travail, loyal et discipliné. Dans un système politique où la cohésion entre l’Exécutif et le Législatif constitue souvent un critère déterminant, ces qualités pourraient jouer en sa faveur.
Un choix éminemment politique
Au-delà des parcours individuels, le choix du futur président de l’Assemblée nationale dépendra avant tout d’arbitrages politiques au sein de la majorité parlementaire issue des élections législatives. Expérience institutionnelle, représentativité politique, équilibres régionaux, genre, loyauté envers le pouvoir exécutif et capacité à fédérer les députés constitueront autant de critères déterminants.
À l’heure actuelle, Dansa Kourouma semble disposer de l’expérience parlementaire la plus complète, Makalé Traoré pourrait incarner l’option du renouveau et de l’ouverture à la représentation féminine, tandis que Jean Paul Cedy apparaît comme le candidat susceptible de bénéficier des logiques d’équilibre et de confiance politique.
La décision finale appartiendra toutefois à la nouvelle majorité parlementaire et, en toile de fond, aux arbitrages du pouvoir en place, c’est-à-dire du Président Doumbouya, himself. Et ce peut même être des outsiders comme Aboubacar Sylla, Hadja Makalé Camara, Louopou Lamah, Charlotte Daffé, le tout dépendant des consignes de vote données.

