Ce dimanche 31 mai 2026, l’image est aussi saisissante que révoltante : à Kenyen (Gbessia), un train d’une Compagnie minière est resté bloqué, net, face à une montagne de déchets ménagers qui recouvrait les voies. Pour les riverains, c’est la goutte d’eau qui fait déborder des caniveaux déjà saturés. En plein jour de double scrutin législatif et communal, la réponse des habitants est radicale : le boycott des urnes.
Dès l’aube, le fracas habituel du train s’est arrêté. Impossible de passer. Ce ne sont pas des feuilles mortes qui ont immobilisé le convoi de la Compagnie mais les restes de notre quotidien à tous : des tonnes d’ordures ménagères accumulées au milieu des rails, obligeant le conducteur à couper le moteur.
Sur place, l’air est lourd, presque irrespirable. Ce que l’on voit à Kenyen dépasse le simple problème de propreté urbaine : les caniveaux d’évacuation ont disparu sous des collines de plastique et de déchets en décomposition, baignant dans des eaux noires et stagnantes. Les habitants ne vivent plus dans un quartier, ils vivent autour d’un dépotoir. Pour eux, ce train bloqué est le symbole flagrant d’un abandon total des services publics.
La colère, contenue depuis des mois, a fini par tourner à la révolte politique. Dans la foule qui s’est massée près des voies, les regards sont noirs. On n’attend plus rien des promesses. Les coupables ont des noms : ce sont les chefs de secteurs et de quartiers, sourds aux SOS répétés de la population depuis des mois.
« On est laissés pour compte, c’est tout », lâche un père de famille, les pieds à quelques mètres de la litière de déchets. « Les ordures s’invitent jusque dans nos cours, nos enfants respirent ça tous les jours. Et on nous demande d’aller voter ? Pour qui ? Pour quoi faire ? »
L’ironie du calendrier rend la situation explosive. Alors que les bureaux de vote ont ouvert leurs portes ce matin pour les législatives et les communales, beaucoup ici ont décidé de croiser les bras. Puisque les autorités méprisent leur santé et leur sécurité au quotidien, les citoyens de Kenyen ont décidé, à leur tour, de snober les urnes. Dans cette partie de Conakry, la démocratie s’est heurtée aujourd’hui à la réalité de la rue.

