La dynamique de modernisation engagée par les autorités guinéennes dans le secteur public commence à dépasser les frontières nationales. Portée par la vision de refondation du président de la transition, Mamadi Doumbouya, cette transformation progressive de l’administration publique suscite aujourd’hui l’intérêt de plusieurs pays africains, notamment la Côte d’Ivoire et la République démocratique du Congo.
Au centre de cette réforme figure la création de la nouvelle École nationale d’administration (ENA) de Guinée, présentée comme l’un des instruments stratégiques du programme Simandou 2040. Bien au-delà d’un simple établissement de formation, cette future ENA est conçue comme un levier destiné à préparer une nouvelle génération de hauts fonctionnaires capables d’accompagner les ambitions économiques et institutionnelles du pays.
Intégrée à la Simandou Academy, l’initiative repose sur une approche qui lie directement la formation administrative aux besoins de développement national. Les autorités guinéennes entendent ainsi bâtir une administration davantage tournée vers la performance, la compétence et l’efficacité dans la conduite des politiques publiques.
Cette orientation a connu une étape importante le 15 avril dernier avec le lancement officiel du recrutement de la première promotion de l’ENA par Faya François Bourouno. L’objectif affiché est de renforcer durablement le capital humain de l’État afin de soutenir les grands projets de développement engagés dans le pays.
La Côte d’Ivoire mise aussi sur une ENA de nouvelle génération
Cette volonté de moderniser l’appareil administratif trouve désormais un écho dans plusieurs capitales africaines. En Côte d’Ivoire, les autorités ont récemment validé la délocalisation et la construction d’un nouveau campus ultramoderne pour leur ENA à Yamoussoukro.
Le projet prévoit notamment des infrastructures administratives modernes, des amphithéâtres de grande capacité et des espaces répondant aux standards internationaux des grandes écoles d’administration publique. Une orientation qui rappelle l’ambition guinéenne de faire de la Simandou Academy un pôle d’excellence capable de former l’élite administrative de demain.
En RDC, priorité à la performance et à la territorialisation
Même dynamique en République démocratique du Congo où les autorités multiplient les initiatives pour réformer la fonction publique. À l’occasion du dixième anniversaire de l’ENA de Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a demandé à son gouvernement d’élaborer un projet global de construction d’un nouveau campus.
L’objectif poursuivi est double : moderniser les infrastructures pédagogiques et permettre à l’institution de se déployer progressivement dans les différentes provinces du pays afin de renforcer la présence de cadres administratifs qualifiés sur l’ensemble du territoire.
Dans la même logique, le vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a récemment annoncé une réforme axée sur la culture du résultat et de la performance.
« Nous n’allons plus rémunérer les numéros matricules, mais rémunérer le travail accompli… Nous allons attribuer des primes en fonction des performances de chaque agent », avait-il déclaré en février dernier.
La mise en place annoncée d’un système d’évaluation des compétences et des performances pour conditionner les avancements rejoint ainsi les principes de performance et d’efficacité mis en avant dans le processus de refondation administrative engagé en Guinée.
Une nouvelle tendance africaine
À travers les initiatives observées en Guinée, en Côte d’Ivoire et en RDC, la réforme de la fonction publique apparaît désormais comme l’un des grands chantiers stratégiques de l’émergence africaine.
En articulant la formation des hauts fonctionnaires autour d’un vaste projet économique et industriel comme Simandou 2040, la Guinée tente d’imposer un modèle reposant sur le développement du capital humain, la professionnalisation de l’administration et la recherche de performance.
Par son ambition et sa structuration, cette approche commence progressivement à servir de référence à d’autres États africains engagés dans la modernisation de leurs institutions publiques.

