Suspendu depuis plusieurs mois, le procès d’Alpha Mohamed Kallo a repris devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). L’ancien directeur général de la Banque nationale d’investissement de Guinée (BNIG), détenu depuis quatre ans, est poursuivi dans une affaire présumée de détournement de fonds publics portant sur plus de 75 milliards de francs guinéens.
Dans cette procédure judiciaire, plusieurs autres personnes physiques et morales sont également mises en cause, notamment Ibrahima Tounkara, Maurice Eugène Alecaut, Afriland First Bank SA, la société EJICO SARL et Djoliba Pêche. Les prévenus répondent de plusieurs chefs d’accusation, dont le détournement de deniers publics, la corruption, le blanchiment de capitaux, l’enrichissement illicite, le faux et usage de faux, l’atteinte à l’égalité dans les marchés publics, ainsi que la complicité et le recel.
À la barre, Alpha Mohamed Kallo a rejeté l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. Le juge a rappelé que l’ordonnance de renvoi vise notamment le détournement présumé de deux montants distincts : 119 millions de francs guinéens et 75 milliards de francs guinéens.
L’ancien patron de la BNIG a contesté l’existence même du premier montant. S’agissant des 75 milliards de francs guinéens, il a expliqué qu’il s’agissait de financements accordés à des clients de la banque qui, selon lui, n’auraient pas répondu aux sollicitations de la nouvelle direction après son départ. Il estime ainsi être tenu pour responsable d’une situation qu’il affirme ne pas avoir provoquée.
Au cours des débats, la Cour a également évoqué des soupçons d’octroi de crédits à des personnes proches de l’ancien directeur général, notamment Sahada Tounkara et Noumouké Kaké. Là encore, Alpha Mohamed Kallo a nié toute irrégularité.
Revenant sur son parcours à la tête de la BNIG, il a indiqué avoir pris les commandes de l’institution en avril 2018, peu après sa création. Selon lui, la banque avait été mise en place pour faciliter l’accès au financement des jeunes entrepreneurs et des femmes exclus du système bancaire classique en raison des taux d’intérêt élevés.
Il a précisé que la BNIG disposait d’un capital social de 100 milliards de francs guinéens, auquel s’ajoutaient 700 milliards de francs guinéens sous forme de bons d’investissement mobilisés auprès des banques commerciales. D’après ses explications, l’État guinéen détenait 60 % des parts de la banque, la Banque centrale 30 %, contre 10 % pour Afriland First Bank.
Alpha Mohamed Kallo a également insisté sur le fait que l’attribution des crédits ne relevait pas d’une décision personnelle du directeur général, mais d’un comité d’investissement chargé d’examiner les dossiers sur la base des garanties définies par le conseil d’administration.
Interrogé sur sa situation financière, l’ancien directeur général de la BNIG a déclaré percevoir un salaire mensuel estimé à 128 millions de francs guinéens, avantages compris. Il affirme qu’au moment de son arrestation, son compte à la Société Générale contenait environ 100 millions de francs guinéens, mais qu’il est aujourd’hui vide. Il soutient également ne disposer d’aucun fonds sur son compte ouvert à Afriland First Bank.
Concernant son patrimoine personnel, qu’il dit avoir constitué grâce à ses activités professionnelles menées depuis les années 1980 entre la France, les États-Unis et la Guinée, il affirme être propriétaire de plusieurs établissements scolaires, dont l’université Conakry Le Prince, fondée en 2006 et aujourd’hui à l’arrêt, ainsi que de deux instituts professionnels toujours fonctionnels à Kissidougou et Guéckédou.
À cela s’ajoutent plusieurs biens immobiliers, notamment une villa à Taouyah, une résidence à Washington et une autre à Paris, ainsi que des plantations agricoles et du matériel roulant.
À la demande des avocats de la défense, l’audience a été renvoyée au 10 juin prochain.

