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Journée mondiale de la liberté de la presse : en Guinée, une liberté sous pression économique

La Maison de la presse de Conakry a servi de cadre, ce dimanche 3 mai, à la célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse qui a pour thème «Façonner un avenir de paix». Une cérémonie solennelle réunissant journalistes, techniciens, patrons de médias, représentants de la Haute Autorité de la Communication (HAC) ainsi que des autorités politiques.

Dans son diagnostic, Aboubacar Camara le président du conseil d’administration de la maison de la presse a souligné les trois grandes composantes du paysage médiatique guinéen, toutes confrontées à des difficultés spécifiques.

La presse écrite, qualifiée de « mémoire en danger », subit de plein fouet la hausse du coût du papier et les difficultés de distribution. « Le coût de l’impression a triplé en trois ans (…) les kiosques disparaissent », a-t-il déploré, appelant à un plan de sauvetage incluant une fiscalité adaptée et un soutien à la diffusion.

Du côté de l’audiovisuel, pourtant moteur de la démocratisation de la parole depuis les années 2000, la précarité demeure préoccupante. « 90 % de nos radios vivent sans publicité institutionnelle viable », a-t-il souligné, évoquant des journalistes rémunérés en dessous du SMIG et des équipements vieillissants, malgré les enjeux liés à la transition vers la télévision numérique terrestre (TNT).

Quant à la presse en ligne, devenue incontournable dans l’information de l’opinion, elle évolue dans un environnement instable. « Fragile face aux coupures d’internet (…) fragile face à un modèle économique inexistant », a insisté le président de l’URTELGUI, alertant également sur les risques liés à l’intelligence artificielle, notamment en matière de désinformation.

Au cœur des revendications : la nécessité d’un soutien public structuré et transparent. « Une presse pauvre est une presse achetable », a martelé Aboubacar Camara, plaidant pour une revalorisation significative de la subvention annuelle accordée aux médias.

Présent au nom du Premier ministre, le ministre directeur de cabinet de la Primature, Dr Daouda Kamissoko, a réaffirmé l’engagement de l’État en faveur de la liberté de la presse. « La liberté d’expression et de la presse (…) sont des acquis fondamentaux. Elles sont préservées et garanties », a-t-il assuré.

Tout en reconnaissant les défis, il a insisté sur un journalisme responsable. « À l’ère des fake news (…) l’exigence de promouvoir une presse crédible, rigoureuse et responsable s’impose comme une évidence », a-t-il déclaré, appelant à un équilibre entre liberté et éthique.

Le représentant du gouvernement a également mis en avant les réformes engagées, notamment le projet de TNT, perçu comme « une avancée majeure » pour moderniser le secteur et élargir l’accès à l’information.

Face aux critiques et aux attentes, les professionnels des médias ont, de leur côté, pris des engagements. « Nous nous engageons à lutter avec plus de rigueur contre les fake news », a affirmé Aboubacar Camara, rappelant l’importance du respect du code de déontologie.

Dans un contexte marqué par l’émergence de l’intelligence artificielle, il a appelé à une utilisation « intelligente » de ces outils, sans substitution au travail de terrain : « Elle ne peut pas aller vérifier une rumeur sous la pluie (…) elle ne peut pas avoir de conscience. »

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