En termes de décongestionnement des routes et marchés de la capitale, Conakry, il y a rarement eu une action aussi marquante que celle du déguerpissement, intervenu au début de cette année. Cette opération engagée par les autorités, a été diversement appréciée par les citoyens. Parmi ceux qui l’ont directement subie, on a noté deux opinions, absolument divergentes. Nous n’allons pas revenir là-dessus. Il y a ceux qui n’ont pas apprécié la démarche, pour des motifs divers et variés. Ils ont dit, entre autres mots : « tout a été cassé. Nous avons tout perdu, dans cette opération. Nous n’avons pas été prévenus à temps utile, pour vider tranquillement nos magasins ou enlever nos objets, au bord de la route. Comment allons-nous faire maintenant ? Nous n’avons pas où aller. Pensez à nous et à notre famille, surtout à nos enfants qu’on doit nourrir, habiller, soigner et envoyer à l’école. Nos maris n’ont pas de travail, certains sont déjà morts. Nous sommes des veuves, sans ressources, avec toutes ces charges sur nos têtes. » Beaucoup, de plaintes, de jérémiades, de circonspections et aussi, de récriminations et de colère, ont été émises par les victimes du déguerpissement. Rien de tout cela n’a freiné le mouvement qui a été concrètement reconnu comme étant un acte d’utilité publique.
Tout le monde, à ce jour, constate, de visu, l’intérêt et la portée de cette action. Les rues sont nettement dégagées de leur trop-plein. Les marchés sont aérés, débarrassés des vendeurs, assis à même la route et des ordures constamment entassées sur la chaussée. Il n’y a plus d’embouteillages ou d’accidents à ces différents niveaux. Ce qui réjouit les usagers qui circulent librement, maintenant. Ce qui assainit et embellit la ville. Ce qui préserve aussi, la santé et la sécurité des citoyens.
Jusque-là, tout va bien. Mais, il ne faut pas oublier que la nature a horreur du vide. Il a été dit de définir un projet d’aménagement des endroits déguerpis. On a parlé de verdure, de fleurs, de bande ou piste cyclable, etc. Pour le moment, rien de tout cela n’a été fait, à notre connaissance. Et voilà que maintenant, les citoyens, habitués qu’ils sont, au manque de suivi ou disons-le, au laxisme coutumier qu’on qualifie chez nous, de feu de paille, commencent à revenir, petit à petit, à certains endroits, auparavant, déguerpis ou qui sont inappropriés pour s’installer.
Nous pensons qu’il faut réagir, dès maintenant. Quand on a affaire à un seul réfractaire, c’est facile à faire. Mais, dès lors qu’on attend que le nombre de personnes s’élève à dix voire plus, le problème prend une autre dimension. Son ampleur va mobiliser un grand effectif d’agents pour sa gestion. Avec les problèmes qui peuvent s’en suivre. Voyons un peu ce qui se passe le long de cette rue. Sur les deux côtés, anciennement déguerpis, les gens reviennent petit à petit. Il y a affluence de vendeurs et même, des femmes qui font la vaisselle. Quant aux véhicules en stationnement abusif, ils sont nombreux. Il y en a même qu’on répare pour des pannes sérieuses, à la vue du vieux palan sur le trottoir qui sert à descendre un moteur.

