Face à la crise de la viande qui secoue la commune urbaine de Labé ; une crise qui a récemment fait monter la tension entre bouchers et autorités, autour du prix du kilogramme, Guinéenews a sollicité les services d’un spécialiste pour décrypter la situation. Docteur Mamadou Khalifa Diallo, ancien directeur préfectoral de l’élevage de Labé, dénonce l’abandon massif de l’élevage, face à une véritable explosion démographique.
« C’est une situation vraiment déplorable, car l’objectif de tout programme gouvernemental est d’assurer les ressources nécessaires à sa population. La mission du ministère de l’Élevage est notamment de créer l’autosuffisance alimentaire en mettant les ressources à disposition des citoyens. Mais malheureusement, ces derniers temps, cela devient compliqué. À quoi cela est-il dû ? Premièrement, du fait que tous ceux qui devraient s’occuper de l’élevage l’ont abandonné au profit de l’informel en ville, où ils tentent l’aventure. Les anciens qui, par amour et tradition, restent avec les animaux en pleine brousse vers Gaoual, Koundara, Mali, Tougué et un peu Dalaba, ne peuvent pas nourrir tout le monde. De plus, la préfecture de Labé est connue essentiellement pour le négoce. Rares sont ceux qui y pratiquent encore l’élevage », soutient Docteur Khalifa.
Et de poursuivre : « Deuxièmement, il y a la surpopulation ; les ressources alimentaires sont deux, trois, voire quatre fois inférieures aux besoins de la population. Imaginez, lorsque je faisais les statistiques à une époque donnée, pour que le citoyen lambda de Labé dispose de suffisamment de viande, il fallait 3,5 tonnes par jour. À ce rythme, le citoyen se rend librement à la boucherie pour se procurer un ou deux kilogrammes. Une quantité qui est épuisée chaque jour au plus tard à 15 heures. Et s’il fallait approvisionner les grands hôtels, chacun ayant son propre boucher, il fallait compter deux ou trois taureaux supplémentaires conditionnés et expédiés directement aux établissements », précise l’ancien directeur préfectoral de l’élevage de Labé.
Pour produire ces 3,5 tonnes de viande dont parle Docteur Mamadou Khalifa, il fallait abattre entre 25 et 35 têtes. « Et il s’agissait de gros taureaux. Mais cela, c’était à notre époque. Dès qu’une telle crise se faisait sentir, j’écrivais régulièrement au directeur de l’élevage de Siguiri pour l’informer de la situation. Je sollicitais son aide pour nous ravitailler avec les zébus de Siguiri. Souvent, il rappelait l’existence du cordon sanitaire entre la Haute-Guinée et la Moyenne-Guinée. Mais comme il s’agit d’animaux destinés spécifiquement à la boucherie, les microbes n’ont pas le temps de survivre », ajoute le spécialiste.
Actuellement, selon nos informations, la boucherie de Labé ne parvient même pas à obtenir une tonne de viande par jour. Et aux dernières nouvelles, les zébus n’ont pas été importés en renfort. Conséquence : la crise continue de s’accentuer sur le marché.

