Au lendemain de l’annonce de l’exclusion du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) de l’intersyndicale de l’éducation par le Syndicat national de l’éducation (SNE) et la Fédération syndicale des professionnels de l’éducation (FSPE), son président, Aboubacar Soumah, sort de son silence. Dans cet entretien exclusif accordé à Guineenews, il conteste la légitimité de cette décision, rejette tout mot d’ordre de grève et plaide pour la poursuite des négociations avec les autorités. Lisez in extenso l’interview !
Guinéenews : comment réagissez-vous à l’annonce de votre exclusion de l’intersyndicale de l’éducation par le SNE-FSPE ?
Aboubacar Soumah : nous avons appris, via les réseaux sociaux, la tenue de cette assemblée à la Bourse du travail. Dans le même message, il était indiqué qu’une décision devait y être prise en vue de déclencher une grève. N’ayant pas été associés à cette initiative, alors que nous faisons partie de l’intersyndicale, nous n’avons pas jugé utile d’y répondre.
Toute décision au sein d’une unité syndicale doit être prise avec l’implication de toutes les composantes. Or, nous n’avons été informés ni de près ni de loin. Dès lors, nous ne nous sommes pas sentis concernés.
D’ailleurs, nous avions anticipé en organisant notre propre assemblée générale le jeudi précédent, au siège du SLECG, en présence des médias. Nous y avons expliqué les raisons de la non-reprise des négociations en février, les dispositions prises depuis la signature du protocole d’accord, ainsi que les avancées enregistrées. Nous avons également présenté les conclusions des commissions mises en place.
Guinéenews : quelle est la position du SLECG par rapport l’idée de grève avancée par le SNE et la FSPE ?
Aboubacar Soumah : pour nous, il n’est pas question de déclencher une grève à ce stade. Nous avons même demandé aux enseignants de ne pas suivre ces mots d’ordre, car cela n’en vaut pas la peine.
Les responsables syndicaux doivent savoir à quel moment engager une grève. Cela requiert une formation et une bonne maîtrise des règles du syndicalisme. On ne peut pas prendre des décisions hâtives dans le seul but de se faire remarquer, au risque de semer le désordre et de violer la loi. Une grève déclenchée en dehors des procédures légales est une grève sauvage.
La grève doit rester l’ultime recours, utilisée uniquement lorsque toutes les voies de dialogue ont été épuisées. Or, ce n’est pas le cas actuellement. Par conséquent, la grève annoncée par le SNE et la FSPE ne nous concerne pas.
Guinéenews : qu’est-ce qui explique le retard dans la reprise des négociations et la signature du statut particulier des enseignants ?
Aboubacar Soumah : nous étions dans une période de moratoire qui a pris fin le 13 avril. Après la signature du protocole d’accord, les négociations devaient reprendre en février. Mais entre-temps, les élections du 28 décembre sont intervenues.
Le Conseil national du dialogue social (CNDS) a alors demandé à l’ensemble des syndicats — SNE, FSPE et SLECG — d’accorder un délai de 100 jours au président de la République afin de lui permettre de s’installer avec son gouvernement et de prendre connaissance des dossiers. Ce délai a expiré le 11 avril. Il convient donc désormais de relancer les discussions.
D’ailleurs, avant même l’annonce de leur mot d’ordre de grève, le CNDS avait déjà convoqué les différentes parties pour mettre en place des commissions chargées de veiller à l’exécution des protocoles d’accord non encore appliqués. Il n’y a donc pas de blocage. Les engagements pris sont en cours d’exécution.
À titre d’exemple, les paiements prévus ont été effectués à la fin du mois de février. S’agissant des anciens contractuels, la commission chargée de leur intégration est déjà opérationnelle.
Guinéenews : le SNE et la FSPE ont-ils compétence pour vous exclure ?
Aboubacar Soumah : c’est nous qui avons initié la création de l’intersyndicale de l’éducation. Ils ne peuvent donc pas nous exclure.
Le mouvement a été lancé par le SLECG. Par la suite, nous avons travaillé avec la FSPE à l’élaboration d’une plateforme revendicative soumise au gouvernement.
La FSPE représentative est celle dirigée par Salifou Camara, légalement élu et présent sur l’ensemble du territoire. Cette frange est avec nous.
Par conséquent, ceux qui prétendent nous exclure n’ont ni qualité ni compétence pour le faire. Ils ne représentent qu’une minorité dans cette configuration. Le SLECG, pour sa part, est implanté dans toutes les écoles du pays, de Kassa à Yomou. Il n’existe pratiquement aucun établissement où nous ne sommes pas présents.
Guinéenews : les 100 jours proposés par le CNDS étant arrivés à terme, quelles actions comptez-vous entreprendre pour relancer les négociations ?
Aboubacar Soumah : des dispositions ont déjà été prises pour rendre opérationnelles les commissions chargées de poursuivre les négociations, notamment celles relatives à l’intégration des anciens contractuels, aussi bien à Conakry qu’à l’intérieur du pays.
Il s’agit désormais de relancer officiellement les discussions, ce que nous allons demander dès cette semaine.
Le président du Conseil national du dialogue social est déjà à pied d’œuvre. Il a saisi le gouvernement et des démarches sont en cours pour une reprise effective des négociations. Il est très engagé et prend régulièrement des initiatives pour rapprocher les différentes parties.
Il n’y a donc pas de blocage. C’est pourquoi nous appelons les enseignants à rester en classe et à continuer d’assurer les cours. Rien ne justifie, à ce stade, le déclenchement d’une grève, d’autant plus que les négociations sont en cours.
Entretien réalisé par Doré Mohamed pour Guinéenews

