Le métier de blanchisseuse a longtemps constitué une source de revenus stable pour de nombreuses femmes. Cependant, avec l’avènement de la modernité et la démocratisation des machines à laver, ce secteur a connu de profondes mutations.
À Lola, Fanta, surnommée « la première blanchisseuse », incarne parfaitement cette transition. Depuis plus de dix ans, elle exerce ce métier avec passion et détermination, s’imposant comme une référence dans son quartier.
« Le samedi et le dimanche, les gens nous envoient leurs habits pour lavage », explique-t-elle avec un sourire chaleureux. Grâce à un travail méticuleux et une réputation bâtie sur le bouche-à-oreille, elle est devenue une figure incontournable du quartier.
« Les habitants me font confiance et n’hésitent pas à me confier leurs vêtements, séduits par la qualité de mon service », ajoute-t-elle avec modestie.
Comme beaucoup de femmes, Maningbé exerce ce métier pour soutenir son foyer.
« Nous faisons ce travail à cause du manque de moyens de nos maris », confie-t-elle.
Toutefois, les revenus restent variables : « Il y a des jours où l’on gagne plus, mais d’autres où l’on peut se contenter d’environ 30 000 GNF ». Elle évoque également les difficultés liées à l’accès à l’eau, qui compliquent parfois l’activité.
« Si l’État pouvait accompagner les femmes blanchisseuses, ce serait mieux », plaide-t-elle.
Malgré les mutations du secteur, la blanchisserie traditionnelle résiste encore face à l’essor des machines à laver. Pour Aïcha Bamba, une autre figure emblématique du métier, l’évolution est toutefois perceptible.
« J’ai plus de 20 ans d’expérience dans ce métier. J’ai même travaillé à Abidjan pendant deux ans », raconte-t-elle.
« À l’époque, l’activité rapportait beaucoup, on pouvait même refuser des clients. Aujourd’hui, la clientèle a diminué, car les machines à laver attirent de plus en plus de personnes », ajoute-t-elle avec une pointe de nostalgie.
Malgré cette baisse d’activité, Aïcha reste confiante : « même avec l’arrivée des machines, il y aura toujours une place pour nous ».
Selon elle, la qualité du service, le soin apporté aux vêtements et la dimension humaine du métier demeurent des atouts majeurs.
Cependant, le métier n’est pas sans difficultés. Eugénie, une autre blanchisseuse expérimentée, souligne les défis du quotidien :
« Il y a beaucoup de problèmes, surtout en saison sèche. Il arrive souvent de perdre des habits, et certains clients peuvent réagir violemment quand ils ne retrouvent pas leurs affaires », déplore-t-elle.
Malgré tout, elle reste déterminée : « ce travail nourrit ma famille et contribue à notre économie domestique. C’est un petit commerce qui ne disparaîtra pas de sitôt ».
Le métier de blanchisseuse, bien qu’ébranlé par l’essor des machines à laver, conserve une place importante dans le tissu économique et social de certains quartiers. Il dépasse la simple prestation de service pour devenir un véritable lien social, porteur de valeurs de solidarité, de tradition et de proximité humaine.
En définitive, des femmes comme Fanta, Aïcha et Maningbé incarnent une résilience face à la modernité, tout en s’adaptant aux évolutions technologiques. Si le métier évolue, il demeure un pilier essentiel, à la fois source de revenus et facteur de cohésion sociale.

