Par les temps qui courent, dans le Fouta, partir est presque devenu une norme. Chaque année, des dizaines pour ne pas dire des centaines de jeunes, quittent leurs familles, leurs terres et leurs repères pour tenter leur chance ailleurs. Vers les grandes villes du pays, celles africaines ou des horizons plus lointains. L’« aventure » s’impose comme un passage obligé pour une génération en quête d’opportunités. Lélouma n’est pas en reste.
Ici, les départs ne sont plus des exceptions, mais une tendance lourde qui place la préfecture en tête des zones les plus touchées par l’exode. Lire aussi : https://guineenews.org/2021/02/15/migration-irreguliere-depart-massif-des-jeunes-a-lelouma-en-ce-debut-dannee/
Dans les villages comme dans les quartiers, les absences se multiplient : des concessions sans jeunes, des champs sans bras valides, des familles suspendues aux nouvelles venues de loin.
Derrière cette dynamique migratoire se dessinent à la fois des espoirs de réussite et des réalités plus complexes. Car si certains réussissent à soutenir leurs proches depuis l’extérieur, beaucoup laissent derrière eux des communautés fragilisées, confrontées à un vide humain et économique grandissant. Pour en savoir davantage sur ce phénomène, Guinéenews vous plonge à travers ce grand dossier au cœur de ce paradoxe de la diaspora.
Quand l’absence construit et vide les localités
Dans de nombreuses zones rurales au Fouta, les signes de la présence de la diaspora sont visibles au premier regard. Des maisons modernes surgissent, ses nouveaux villages apparaissent, des lampadaires éclairent des villages et ou secteurs autrefois plongés dans l’obscurité, des points d’eau améliorent le quotidien des habitants d’une part. D’autres part, on assiste à la construction d’autres infrastructures de bases dans des nombreuses localités.
La diaspora, un véritable levier de développement local
Dans des nombreuses localités en zones rurales et parfois même en milieu urbain, la diaspora représente aujourd’hui un pilier économique essentiel. Les transferts d’argent permettent de soutenir les familles restées sur place, mais aussi de financer des projets communautaires.
Interrogé par rapport à cet aspect, Ousmane Diallo basé en Belgique depuis trente ans confié à Guinéenews que » je suis membre des différentes associations de la diaspora qui apporte leur aide à la réalisation de divers projets dans nos localités d’origine. Parmi les plus récents on peut citer la réhabilitation de l’hôpital de Lélouma centre en matière d’adduction d’eau et de l’électrification, ou la construction du pont de Thiaé Tormosso qui est d’ailleurs en cours. »
Des investissements visibles
Les constructions modernes témoignent de cet apport. Villas en dur, concessions rénovées, toitures en tôle : autant de signes d’une amélioration des conditions et du niveau de vie. Dans certains villages, ces habitations transforment même le paysage.
Accès aux services de base
La diaspora contribue également à la réalisation de forages et de points d’eau, l’installation d’éclairages publics, la réhabilitation d’écoles ou de centres de santé. « Nos parents qui sont à l’étranger nous aide énormément. Sans leurs appuis, nous n’aurions pas l’eau et l’éclairage ici », confie un doyen. Au-delà des infrastructures, les envois réguliers d’argent assurent aussi la scolarisation des enfants,l’accès aux soins, ou encore l’alimentation des ménages.
Dans certaines familles, ces transferts sont devenus la principale source de revenus. » C’est mon mari qui assure toute les dépenses à partir de l’Europe où il réside depuis plusieurs années maintenant. Sans son apport, on ne peut rien ou presque faire », rapporte une autre femme.
Une dépendance économique croissante
Cependant, cette aide financière n’est pas sans effets secondaires. Dans plusieurs localités, une forme de dépendance s’installe. Certains ménages attendent les envois d’argent pour subvenir à leurs besoins, réduisant parfois les initiatives locales. « On compte beaucoup sur ceux qui sont partis », reconnaît un habitant. Cette situation fragilise l’économie locale, peu diversifiée et souvent incapable de fonctionner sans cet appui extérieur.
Mais derrière ces transformations, une autre réalité s’impose : celle de villages de plus en plus éprouvés et écrasés parfois sous le poids de l’absence des jeunes.
La fuite des bras valides
Il suffit juste de faire un tour dans certaines localités à Lélouma et un peu partout ailleurs au Fouta pour comprendre l’ampleur de la situation.
Des villages en déséquilibres: On rencontre généralement que des enfants, des femmes et des personnes âgées. La désertification progressive des villages reste l’impact le plus marquant. Les jeunes, en âge de travailler, partent massivement vers les grandes villes ou à l’étranger, pour la recherche de meilleures opportunités.
« Mes enfants sont tous partis. Ils nous aident beaucoup, c’est vrai… mais le village n’est plus comme avant. Il y a des très belles maisons partout, mais pas des jeunes ou peu pour les habiter», regrette un père de famille resté au village. Dans le même sillage, notre interlocuteur basé en Belgique renchérit que « le départ massif des jeunes a un impact négatif, car cela représente avant tout une fuite de cerveaux et de bras valide pour le pays. D’autre part, nos villes et villages se vident, ce qui risque d’aboutir à long terme à la disparition de certains villages. Et puis sur le plan géostratégique, nous savons que développement et démographie sont intimement liés.»
D’autre part aussi, on assiste à la perte de nos compétences locales mais aussi et surtout la baisse drastique de la main d’oeuvre ou encore le ralentissement des activités économiques. La migration, au delà de l’économie a aussi d’autres répercussions sur le plan social et culturel.
Entre opportunités et défis, comment trouver l’équilibre ?
Ce n’est un secret pour personne aujourd’hui que la diaspora apparaît comme une force ambivalente: d’un côté c’est un moteur de développement local par excellence et de l’autre, c’est un facteur de déséquilibre démographique et économique.
Selon des nombreuses personnes interrogées, l’enjeu serait de mieux canaliser ces ressources là vers des projets plus importants et beaucoup plus productifs. Notamment dans la formation des jeunes, l’agriculture et ou l’entrepreneuriat afin de mieux capitaliser.
Bien que la diaspora transforme des villages mais à elle seule ne peut pas garantir un développement durable des localités. Créer des conditions locales attractives capables de retenir ou faire revenir les compétences devrait aussi figurer parmi les priorités. Car comme le dit un adage, c’est la présence humaine qui fait vivre un territoire.

